lundi 18 septembre 2017

Le sang des femmes


A paraître le 20 septembre, cette réédition mise à jour sur les menstruations : tabous et réalités. Écrit par une médecin (médecienne ?), la docteure Hélène Jacquemin Le Vern : c'est très factuel et didactique, en deux parties. Une première partie sur les règles à travers les âges et les cultures humaines, les mythologies et les injonctions (patriarcales), les fantasmes. Et partie 2 : le sang menstruel (qui n'est pas du sang, puisqu'il ne coagule pas) au cours de la vie des femmes. Règles, contraception, troubles et maladies, grossesse, aménorrhée, et enfin, ménopause (qui n'est pas une maladie contrairement à certaine dramatisation médicale), tout est abordé. C'est très "tiret à la ligne", sans prétention littéraire, et c'est très bien. A mettre entre toutes les mains de 11 à 60 ans. Pour en finir avec les mystifications, les dramatisations, et les fantasmes.

oOo

En faisant des recherches sur Françoise d'Eaubonne (Fd'E), je suis tombée sur cette archive de Médiapart pour le dixième anniversaire de sa disparition en 2005. L'auteur de l'article se remémore son dernier roman paru en 2003, L'évangile de Véronique, donnant très envie de le lire. Je l'ai trouvé sur MarketPlace d'Amazon, leur plateforme de revendeurs. Le mien, en très bon état, m'a été envoyé par une boutique d'association humanitaire à destination des enfants. Un "évangile de lumière" : un chef d’œuvre féministe. Par l'ampleur du récit et son érudition, il m'a rappelé Les Guérillères de Monique Wittig, c'est dire !


Je mets cette lecture sous le même titre, car c'est aussi une affaire de sang, le sang des femmes et le sang du Christ. Véronique (Vera Icona) a-t-elle existé ? Mystère. " Une tradition gnostique identifie Sainte Véronique à l'hémoroïsse guérie par le Christ peu avant le calvaire ", écrit Françoise d'Eaubonne. Peu importe, puisqu'elle est le prétexte pour l'anarchiste d'inspiration chrétienne qu'est Fd'E à écrire un évangile de femme, témoin distant, hors du cercle des apôtres et de la famille, puisqu'elle ne rencontre le Christ que trois fois. Véronique souffre de ménorragie ou hyperménorrhée : règles abondantes et prolongées, une affection très commune. Sauf que Véronique est juive, donc "impure" en période de règles selon la tradition hébraïque misogyne, et les siennes ne s'arrêtent pas. Le Christ, par un simple contact avec son manteau va la guérir involontairement. Véronique est tisserande artisane. Elle tisse des pièces de lin sur commande. Elle est amie avec Marie de Magdala, qualifiée de "prostituée" par les quatre évangiles canoniques : Fd'E en fait une femme libre, qui a des amants, elle est dans le premier cercle des fréquentations du Christ qui l'apprécie bien. La deuxième rencontre ce sont les marchands du Temple et la grosse colère de Yaésou, moment où Véronique pense que s'il continue comme ça, il va énerver le Sanhédrin ! Enfin, la troisième rencontre, c'est lors de la montée vers le supplice, où par un pur geste de compassion, Véronique éponge le visage ensanglanté du Christ avec un voile de lin. C'est la seule fois où ils se voient en face. Véronique ne fait bien sûr pas partie des "saintes" femmes qui témoignent de la résurrection du Christ : elle est même plus que dubitative. Elle est amie avec une "domina" romaine qui n'y croit pas non plus, et qui lui donne même une explication plausible de ce qui se serait passé ! A 70 ans, proche de la mort, Véronique repensant au Christ se dit qu'il est peut-être quelque part, au même âge qu'elle. Ceux qui l'inquiètent, ce sont Simon Pierre et sa dureté envers les femmes, un certain Paul, ex percepteur de l'occupant romain, converti prosélyte qui répand partout la doctrine du Christ, et l'ecclesia en devenir dont elle soupçonne qu'elle va perpétuer la tradition juive haineuse de la "race des femmes".
C'est beau, c'est magnifiquement écrit, c'est érudit, c'est féministe. Et c'est épuisé chez l'éditeur ! Mais qu'est-ce qu'on attend pour rééditer cette auteure fabuleuse qu'était Françoise d'Eaubonne ?

Et je reviens au Sang des femmes de Hélène Jacquemin Le Vern. A propos de l'hémorroïsse, dans la première partie du livre, voici ce qu'elle écrit comparant la tradition juive et la "révolution" christique/chrétienne :
" Face aux prescriptions bibliques qui régissaient la vie de la communauté juive où il a pris naissance, le ministère de Jésus est placé sous le signe de la transgression. L'épisode de l'hémorroïsse raconte l'histoire d'une femme atteinte d'hémorragies génitales rebelles depuis plusieurs années, guérie après avoir délibérément touché le vêtement du Christ. Cette femme a sciemment transgressé la loi d'impureté judaïque, ce que Jésus à reconnu devant la foule comme un acte de foi, plaçant ainsi la foi au-dessus de la Loi. Jésus n'a pas ajouté d'interdits sexuels précis aux prescriptions de l'Ancien Testament. Il a même supprimé la suspicion juive de l'impureté des femmes. "

Quoiqu'il en soit, tordons de coup aux fantasmes. les règles ne sont rien d'autre qu'un signe de bonne santé et une promesse de vie : votre corps fonctionne bien, il est prêt pour une éventuelle grossesse, il n'y a pas d'obligation, c'est juste le rappel d'une potentialité. Il faut vraiment être vicieux comme des tenants de toutes obédiences patriarcales pour y voir un signe de mort et d'impureté.


vendredi 8 septembre 2017

Kate Millett - La virilité chez Norman Mailer


Kate Millett, - 1934-2017 - écrivaine, féministe radicale, auteure de La Politique du Mâle (1969) est décédée à 82 ans, le 6 septembre à Paris où elle fêtait l'anniversaire de sa compagne, la photographe Sophie Keir. Kate Millett est une féministe révolutionnaire des années 60-70, son oeuvre majeure, La politique du mâle (Sexual Politics, son titre en anglais) est une analyse du patriarcat à travers la littérature occidentale : DH Lawrence, Charlotte Brontë, Henri Miller, Norman Mailer, Jean Genêt. Thèse de doctorat* au départ, découverte par un éditeur en quête de textes féministes (le filon était extrêmement porteur en ces années-là), il est édité à destination du grand public, et devient en quelques semaines un succès phénoménal en librairies ; traduit en une trentaine de langues, Kate Millett passera les années suivantes dans des avions à parcourir le monde et donner des conférences sur sa thèse. Quand le succès retombera, elle le paiera d'une grave dépression.


Ne vous trompez pas, La politique du mâle est un appel aux armes, loin de la récupération et la dilution dans le libéralisme et la segmentation des luttes qu'on voit à l’œuvre aujourd'hui. "Nous, femmes, sommes un peuple assujetti qui vivons dans une culture qui nous est étrangère" écrit-elle. Et "à cause des circonstances sociales, les hommes et les femmes sont issus de deux cultures et leurs expériences de vies sont radicalement différentes".


Je vous propose un court texte sur l'obsession de la virilité chez Norman Mailer, tiré de La politique du mâle. Normal Mailer est un romancier américain dont l'oeuvre considérable examine et critique les travers de la société américaine. Mais selon Kate Millett, son obsession de la virilité frôle le pathologique. Voici ce qu'elle écrit sur Norman Mailer :

" Dans la guerre des sexes, les "pédés" sont des déserteurs. Etre homosexuel ou efféminé, c'est nier les propriétés regénératrices des "couilles de taureau" sacramentelles : "A quoi bon commander des femmes qu'il ne pouvait pas commander avant s'il ne sait pas écarter de force un autre homme et s'il ne veut pas apprendre ? " demande Mailer. Et il ajoute : "ce qui fige l'homosexuel dans son homosexualité, c'est moins la peur des femmes que la peur du monde masculin avec lequel il devra entrer en guerre s'il désire garder la femme". Ou, inversement, la peur qu'éprouverait l'homosexuel devant le mâle qu'il doit conquérir ou "féminiser".
Face à cet échec et mat auquel aboutit le désir et aux risques qu'il comporte, DJ et Tex mêlent leur sang et font un pacte : "Dès lors, ils furent frères jumeaux. Jamais plus ils ne seraient si près de devenir amants. Ils resteraient frères dans le meurtre". Car, ils l'ont compris, "Dieu est un fauve et non un homme". "Allez et tuez, ordonnait-il, que Ma volonté soit faite. Allez et tuez". Poussée par ses valeurs et ses convictions, par son opposition dualiste entre Dieu et le diable, l'homme et la femme, la virilité et la féminité, face aux périls jumeaux que sont le déclin de la domination masculine et la fascination dangereuse de l'homosexualité, la doctrine de Mailer -"mieux vaut tuer que brûler"- a conduit la sensibilité contre-révolutionnaire à un summum d'anxiété belliqueuse (et peut-être la vivons-nous aussi dans d'autres domaines, la pratique de la virilité entrant de plus en plus en contradiction avec la vie sur la planète). Le machismo s'affole : il se sent menacé par la possibilité d'une seconde révolution sexuelle qui, en oblitérant la peur de l'homosexualité, pourrait renverser l'édifice des catégories caractérielles (masculin et féminin) sur lequel repose la culture patriarcale. "

Cannibalisme hétérosexuel

" Mailer se fait beaucoup de souci pour ce sperme précieux qui va se perdre sur la capote anglaise, sur les draps, sur le mouchoir de l'onaniste, dans le rectum de l'homosexuel. Le chasseur-guerrier à la Mailer n'est jamais trop dégoûté pour obéir à la vieille maxime : "Mange le produit de ta chasse". Sa stratégie -"baiser pour gagner"- fait du coït un processus qui consiste à absorber le numa de l'autre, le vainqueur s'asseyant pour "digérer le nouvel esprit qui est entré dans sa chair". Cela justifie les frais de l'effort et rend la sexualité "nourrissante" ; Mailer l'idéologue recommande ce régime à base de chair, tant dans le didactisme de ses essais qu'en décrivant les festins très exagérés de ses héros fictifs.  "
Tweet vers un article hommage dans le New-York Times, écrit par Carol J Adams : le livre qui nous a faites féministes.
"L'amour est l'opium des femmes, comme la religion est l'opium des masses. Il maintient les femmes dans la dépendance."

Nous n'oublierons pas Kate Millett. Le combat continue.

* Ne pas se laisser rebuter par la thèse de doctorat. La politique du mâle se lit facilement, il est tout à fait accessible.

vendredi 1 septembre 2017

Au jeu de fléchettes, 100 % des perdantes ont tenté leur chance !

Ce billet, au titre détourné d'une publicité de la Française des Jeux rappelez-vous, m'est inspiré par une conversation récente avec une de mes praticiennes para-médicales : on se voit une fois par an les bonnes années, depuis longtemps, et du coup, on bavarde en nous racontant nos vies. Elle est divorcée depuis des années, non remariée, et ses enfants et petits-enfants (bien qu'elle soit jeune) vivent à l'autre bout du monde, dit en passant, pour celles qui croient que le mariage et la maternité sont une assurance contre la solitude.

Son opinion sur les hommes me paraît très représentative de ce que j'entends sans arrêt, dit par d'autres personnes qui n'ont pas de conscience politique féministe, ni de conscience de classe (98 % des femmes selon moi), et qui ont surtout lu des ouvrages de psychologie, mais aucun d'études et analyses féministes : si on fait le concours de la plus "sexiste" ou plus exactement misandre (puisqu'on m'en fait souvent le reproche, et qui est plus juste), je suis battue à chaque round.

Donc selon ma praticienne, qui je le précise a fait des études et a un diplôme, les hommes ne sont pas comme nous les femmes, ils ont des "pulsions" et des "besoins", ils se comportent "comme des animaux" (notez le spécisme au passage) et on n'y peut rien ! C'est comme ça. Mais il faut faire avec, au mieux. Ah bon ? Il faut juste "tirer le bon numéro", c'est tout, c'est une "loterie" où il y aurait des gagnantes et des perdantes. Bref, ils ont un chromosome qui merde, c'est la faute de la biologie !

Et c'est moi la misandre-sexiste. L'ennemie du genre humain. En restant calme, je dis que je ne crois rien de tel, que les mecs sont exactement comme nous, qu'ils n'ont aucune "pulsion", mais que la différence est dans la construction sociale, qu'ils ne reçoivent pas la même éducation, que la société est très tolérante vis à vis de leurs défauts et comportements irresponsables, tout en étant impitoyable avec les femmes, dévalorisées sans arrêt. Qu'il vaut mieux le reconnaître, le dire, le dénoncer. Que le système est pourri jusqu'à la moelle, et défavorable aux femmes d'un bout à l'autre, qu'il y a surtout des GAGNANTS et des PERDANTES. Et puis c'est quoi ce jeu de loto, de fléchettes ? Avec des principes pareils, c'est difficile de se tirer à la première claque. J'ai aussi entendu plusieurs fois des amies me dire qu'elles avaient "besoin d'être protégées". Alors là, ça devient grave. Et si jamais le mec cogne dès le lendemain du mariage ou quand elles sont enceintes (oui, c'est généralement le moment qu'ils choisissent) ? Et puis comme dit une de mes abonnées Twitter


Voilà ! La vérité sort de la bouche des ingénieures programmeuses informatique ! (elle est codeuse et travaille sur des algorithmes d'analyses de métadonnées, d'après nos conversations). Le contrat serait le suivant : je te sers de ménagère, en contrepartie tu me protèges de la prédation de tes brutes de congénères assoiffés de sexe et de sang :(( Super le deal, et flatteur pour les semblables du marié en plus.

Dernière précision : généralement lors du mariage -qui est l'échange d'une femme entre deux hommes, il faut le rappeler, toutes les études anthropologiques le démontrent- le père conduit sa fille à l'autel. Autel ? Ça vous rappelle quelque chose d'autre, autel, non ? Mais oui, sacrifice : les sacrifices (animaux, humains, celui du Christ supplicié, célébré/reproduit dans chaque messe) sont accomplis sur un autel. Au vu de l'analyse sémiologique, je dirais que l'ADN de l'institution est nettement plombé ! Il est temps d'arrêter les jeux de hasard sur des sujets aussi sensibles : si on veut tenter l'aventure, on le fait avec des provisions ; puisque l'arrière-plan est défavorable aux femmes, raison de plus pour garder la tête froide et préciser par contrat un certain nombre de choses non négociables. Ne pas travailler sans déclaration ni bulletin de salaire quand on est femme d'artisan ou de commerçant, par exemple. Et garder son nom, indispensable pour ménager l'avenir. Au minimum.

C'est vrai que c'est douloureux de prendre conscience et de faire face à la domination dans une histoire d'amour, mais je crois moi qu'une femme avertie en vaut deux, ou même trois. Et puis, on n'est absolument pas obligées de se marier ni de se reproduire : il y a plein d'autres aventures largement aussi originales et satisfaisantes à tenter. Un peu d'imagination, que diable.

Comme la prise de conscience politique et la conscience de classe s'acquièrent et se travaillent, je rappelle ma bibliothèque de six ouvrages pour acquérir les bases du féminisme matérialiste :

6 ouvrage in-dis-pen-sa-bles pour se faire une culture féministe










Les deux tomes de L'ennemi Principal de Christine Delphy chez Syllepse (sociologie)
Odyssée d'une Amazone de Ti Grace Atkinson chez Des Femmes (politique)
L'anatomie politique de Nicole-Claude Mathieu chez iXe (anthropologie)
La construction sociale de l'inégalité des sexes par Paola Tabet, et
La grande arnaque : sexualité des femmes et échange économico-sexuel chez L'Harmattan (anthropologie).

jeudi 17 août 2017

Thrillers & Polars noirs féministes : rape and revenge



Idéal pour bronzer à la plage ou pour traîner en ville à une terrasse de café, je vous propose quatre polars dont les héroïnes sont des femmes qui décident de mener l'enquête, soit pour leur propre compte, soit pour se venger après un viol ou du harcèlement, bref, des femmes qui trouvent que, décidément, trop, c'est trop ! Attention : noirs, grinçants et drôles, bien sûr.

Fuckwoman de Warwick Collins - 10/18 


A Los Angeles, Superwoman est à double face, comme le veut le code du genre, journaliste le jour et justicière la nuit, pratiquant les arts martiaux et la lutte, F-woman -en politiquement correct de la presse étatsunienne- s'attaque en solitaire aux violeurs en série et leur inflige les "derniers outrages" avec un pénis de buffle momifié. Elle tague ensuite les fesses de ses victimes avec des slogans politiques et féministes, pour leur apprendre. La police et un méchant psychologue sont à ses trousses. Il faut dire que ça fait tout drôle aussi :
" La vérité, c'est que je ne sais vraiment plus ce qui se passe dans cette foutue ville. On a une femme en liberté dans les rues, qui se fait appeler Fuckwoman, s'est spécialisée dans le viol des hommes soupçonnés d'avoir violé, et deux ou trois milliers de nos braves citoyens qui campent devant la mairie et braillent pour qu'elle soit élue maire ". Bref, c'est la merde. Pastiche de plusieurs genres littéraires, à lire pour avoir un aperçu de ce que pourraient devenir les relations femmes-hommes si ça continue comme ça.

#Jenaipasportéplainte par Marie-Hélène Branciard - Edition du Poutan




A la fin d'une manifestation pro-Mariage pour tous, une photographe de presse, Solün, trouve une victime salement amochée à qui elle porte secours. On suspecte un ou des violeurs en série, une commandante de police mène l'enquête de Paris à Dijon, aidée à son corps défendant par une armée de hackeuses géniales, de lesbiennes et geek solidaires qui utilisent les réseaux sociaux pour retrouver les prédateurs. Haletant, rapide, alerte, la puissance des médias sociaux permet de trouver les coupables, et... de venger les victimes. Le message est évidemment féministe en ce qu'il dénonce le viol, les agresseurs sexuels : aux mauvais traitements et injustices faites aux femmes répondent des méthodes non conventionnelles de résolution des enquêtes policières. Un peu rapide dans le style et le rythme, sacrifiant la profondeur des personnages, mais efficace et optimiste. Mon billet du 4 novembre 2016 lors de sa sortie.

Dirty week-end par Helen Zahavi - Phébus libretto


Bella vit à Brighton, station balnéaire anglaise, dans un sous-sol sans air et sans soleil. Petite, menue et fragile, on lui a appris à être une bonne perdante. Elle veut juste qu'on lui fiche la paix et qu'elle puisse lire tranquillement les petites annonces de journaux gratuits qui arrivent dans sa boîte aux lettres. Mais son voisin d'en face n'arrête pas de la mater derrière sa fenêtre en surplomb de celle de Bella. De plus, il la harcèle au téléphone, situation en somme assez banale pour les femmes, on a toutes vécu ça ! Sauf que, moins banal, Bella va chez le voisin et le tue avec un marteau.
Enhardie, et comme elle n'en peut vraiment plus, elle se lance " dans l'hygiène publique, l'enlèvement des ordures, la désinfection ". Et il y a du travail dans le secteur. Un roman noir british (c'est un compliment chez moi !) avec des notations très précises sur les multiples façons dont les hommes pourrissent la vie des femmes, pas du tout politiquement correct, mais tellement drôle et jouissif, que j'en avais fait un billet en Mars 2014.

Les ravagé(e)s par Louise Mey - Pocket


Alex Dueso, flicque et mère célibataire travaille à Paris, à la Brigade des crimes et délits sexuels -inexistante en France, elle est inventée pour les besoins du roman, vous pensez bien ; elle enquête sur des affaires de harcèlement sexuel. Or, voici que se produit une série d'attaques d'un nouveau genre : des hommes hétérosexuels sont attaqués, violés et torturés par des prédateurs redoutables. A tel point que les mecs n'osent plus sortir le soir. Documenté de statistiques précises sur les torts (harcèlement, agressions, viols) faits aux femmes habilement introduites dans les dialogues des protagonistes, le roman vous embarque et vous balade du début à la fin. C'est français : ne nous fâchons pas avec les gars (et là, ce n'est pas un compliment chez moi, du coup). Le lieutenant mâle est raide dingue de sa cheffe, et le plus fidèle soutien des femmes en détresse. Un saint à canoniser. Mais c'est divertissant et ça change bien des polars à la testotérone qu'on nous propose habituellement. Mais c'est le moins épicé des quatre, à mon goût. Toutefois Louise Mey est une autrice à suivre.

Bonnes lectures !

jeudi 3 août 2017

Visibilité, histoire et chaussures de tennis

Quand les femmes inventent une idée, elle est d'abord reléguée dans le tiroir "lubies de bonnes femmes", car pas crédible, nous les mecs, on est occupés à des choses sérieuses. En gros. Puis, 2ème phase, l'idée fait son chemin, trouve une légitimité, des lois sont votées. Enfin, 3ème phase : normalisation, l'idée s'impose dans le paysage, les lois s'améliorent et sont appliquées. Les mecs arrivent généralement en 2ème et 3ème phase : ils mettent en forme (la leur), prennent la tête des associations fondées par les femmes, industrialisent, s'attribuent le mérite et effacent les femmes de l'HIStoire. Confirmation de ce qui précède par cet article de Carol J Adams chez Unbound project, traduit et publié par mes soins en français avec leur accord : Visibility, History and Tennis shoes. L'article bien que non daté (!) est publié après 2015 d'après mes calculs selon l'iconographie. I did my very best. Donc, le voici en français :

" La figure spectrale de la vieille dame en chaussures de tennis revient périodiquement hanter la théorie et l'activisme pour le droit des animaux. C'était Cleveland Amory, fondateur de Fund For Animals (depuis absorbé par HSUS), qui était connu pour avoir dit "nous ne sommes plus des vieilles dames en chaussures de tennis désormais". Après la Marche pour les Animaux en 1990, de jeunes activistes mâles proclamant la même idée furent cités dans le Washington Post.

Considérons un moment ce compliment ambigu. On entend souvent "avant que le reste du monde découvre la question importante et légitime de l'oppression humaine sur les autres animaux, de petites vieilles dames l'avaient déjà fait". Sans doute que quand elles commencèrent leur activisme pour les animaux, elles n'étaient pas de petites vieilles ! Récemment, j'ai remarqué un fil de discussion à propos de l'auteure de la Politique sexuelle de la viande qui disait "oui, elle est vieille".

C'est quoi "vieille", en plus ? Des cultures peuvent révérer leurs plus vieilles membres en qualité de sages ou aïeules, la vieille femme sage, au sens des archétypes païens. J'aime le livre hommage à Jane Goodall (The Jane Effect, celebrating Jane Goodall - Trinity University Press) à l'occasion de son 80ème anniversaire. Moi aussi, j'ai eu la bonne fortune que de jeunes auteurs et artistes continuent à s'intéresser à mon travail. Cette semaine a vu la publication de The Art of Animal ; 14 femmes explorent The Sexual Politics Of Meat (Lantern Books).

L'aïeule fait partie de la Trinité mythologique des femmes (La Triple Déesse) reflétant les phases de la lune, incluant la Jeune Fille et la Mère (pas forcément littéralement). Je n'avais jamais pensé que cette association de la triple figure féminine s'appliquait à moi jusqu'à une conversation avec Jo et Keri à propos de The Unbound Project.

Carol J Adams en 1975, l'année où son premier article sur le féminisme et le végétarisme fut publié dans The Lesbian Reader - Crédit photo : Muriel S Adams.

J'étais une jeune fille de 23 ans, quand j'ai réalisé qu'il existait une connexion entre le féminisme et le végétarisme, entre la consommation de viande et le monde patriarcal. Pendant que la jeune fille imaginait ce qu'elle voulait dire et comment le dire, 15 ans avaient passé. Quand j'appris que mon manuscrit avait gagné le Women's Studies Award, et qu'il serait publié, j'étais mère littéralement, ayant juste donné la vie (le bébé était avec moi lors de la Marche de 1990 sur Washington) et j'étais aussi une mère métaphorique à la moitié de ma vie, période générative et créative : mon livre y culminait avec ma théorie dont la gestation durait depuis 1974.

En 2008, Wayne Pacelle, Directeur de The Humane Society of the United States (HSUS) figurait dans le New York Times Magazine. "Nous ne sommes plus une bande de petites vieilles en chaussures de tennis" disait Pacelle, paraphrasant son mentor Cleveland Amory, activiste pour les animaux. "Nous portons des chaussures à crampons". Par cette citation et avec cet orateur, nous avons la virilité affirmée pour le mouvement des animaux de trois façons -l'orateur mâle, la négation des (vieilles) femmes, et l'association des chaussures et du football, le tout structuré dans une représentation et une certaine forme de discours. 

Carol Adams avec le bébé Benjamin à la marche sur Washington pour les animaux en 1990 avec Marti Keel à sa gauche. Crédit photo : Bruce A. Buchanan.

La question de la virilité entre dans le champ politique du mouvement pour les animaux de toutes sortes de façons, et pas seulement de celles dont on discute des vieilles dames en chaussures de tennis. Nous y trouvons les tentatives des philosophes Peter Singer et Tom Regan d'articuler des théories qui rejettent toute émotion ou empathie comme bases légitimes pour une théorie éthique du traitement des animaux. Quand la définition de travail pour "humain" est "masculinité" et que la rationalité est valorisée comme une des qualités de la virilité, les femmes représentent ce qui est dévalorisé, le féminin, et ce qui lui est associé : le corps, les émotions et les animaux. Et si une partie de la résistance à l'exception humaine (l'idée que les humains sont différents et meilleurs que les autres animaux) était l'association étroite entre nos définitions de l'humanité associée à la masculinité ?

La mémoire historique est problématique et instable, influencée par des stéréotypes, incluant une binarité des genres rigide et mensongère qui privilégie les hommes et leurs mots, et qui protège la masculinité. Ainsi, nous réclamons des pères et pas de mères. L'histoire de l'activisme pour les animaux dit fréquemment que Peter Singer est le père du mouvement contemporain à cause de son livre de 1976, La Libération Animale. Cette proclamation ignore qu'un énorme travail de terrain et d'analyse a précédé l'apparition du livre de Singer. Kim Stallwood, avocat bien connu des animaux, date le début du mouvement contemporain pour les animaux de l'essai de Brigid Brophy en 1965 dans le Sunday Times, "Le Droit des Animaux". Personnellement, je le daterais d'une année avant, avec la publication de "Machines Infernales" par Ruth Harrison.

Quoiqu'il en soit, ils précèdent d'une décennie la publication de La Libération Animale. En datant le début du mouvement moderne pour les animaux de la publication du livre de Singer, les femmes (Harrison et Brophy entre autres) sont effacées de l'histoire. De plus, la précoce préoccupation féministe pour les animaux qu'on trouve dans leurs écrits avant 1972-1975 est négligée. Si nous datons le mouvement de libération animale de la parution du livre de Singer, ce que nous perdons ce ne sont pas juste les voix des femmes, mais aussi le rôle du féminisme et plus spécifiquement de l'écoféminisme qui crée la théorie intersectionnelle reconnaissant des connexions dans l'oppression. (Lori Gruen et moi donnons une histoire alternative dans le chapitre "Groundwork" dans "Ecoféminisme : intersections féministes avec les autres animaux et la Terre).

Qu'arrive-t-il quand un groupe supposé invisible essaie de rendre visible la question animale ? Qu'arrive-t-il quand des vieilles dames travaillent à donner une place conceptuelle aux animaux ? Et si nous trouvions sur la planète des activistes femmes qui déstabiliseraient la notion de "virilité" et l'exploitation des animaux ? Et si nous leur demandions de raconter leur histoire ? Peut-être que l'idée de la Triple Déesse et ses différents phases, jeune fille, mère et aïeule s'appliquerait, et que nous pourrions nous inspirer de ces différents modèles ?

Quand je suis devenue activiste pour les animaux, je n'étais pas une vieille dame, mais chaque année m'en rapproche. (Et quand quelqu'un.e me propose de porter mes courses véganes jusqu'à ma voiture, je suppose que je suis arrivée à ce point). Pourquoi le mouvement est-il si désireux de remplacer les vieilles dames ? Quand personne ne se préoccupait de la question, je peux vous dire que les vieilles dames, elles, s'en souciaient !

Nous savons que le mouvement anglais anti-vivisection du dix-neuvième siècle se serait effondré sans les femmes. Les femmes continuent à fournir la majorité des activistes pour les animaux. Vous commencez à y travailler à l'adolescence ou à la vingtaine et, avant que vous vous en rendiez compte, quelqu'un porte vos courses pour vous. Ce serait bien de ne pas être une vieille dame luttant pour les droits des animaux mais cela n'est pas en mon pouvoir. Aussi, laçons ces chaussures de tennis et continuons la lutte ! "

Carol J Adams


Crédit image : Vance Lehmkuhl
Carol J Adams est activiste et auteure de "La Politique Sexuelle de la Viande : Une Théorie Critique Féministe Végétarienne". Ses autres ouvrages continuent à explorer les connexions entre questions féministes et question animale en termes d'exploitation.

Deux liens :
Vegan feminist history 
Le mouvement anglais antivivisection et les suffragistes chez Frédéric Côté-Boudreau 
Je dédie la traduction de cet article à Jacqueline Gilardoni, petite dame de la protection animale en chaussures de tennis, fondatrice de l'OABA, Oeuvre d'Assistance aux Bêtes d'Abattoir, qui s'est pris pendant des années des portes d'abattoir dans le nez, avant d'arracher en 1964 la loi d'étourdissement préalable à la saignée, au Parlement français. Désormais, l'OABA est dirigée par un homme.

lundi 24 juillet 2017

Caliban et la sorcière

Caliban, fils de la sorcière Sycorax, est un personnage de La Tempête, une des dernières pièces de Shakespeare écrite vers 1610 : il est devenu la figure symbolique du colonisé. La sorcière, parce que la thèse de Federici est que l'accumulation primitive selon Karl Marx s'est aussi faite sur le corps des femmes et par son expropriation par les hommes et l'état.

Marx : " L'accumulation primitive (préalable à la montée du capitalisme) consiste essentiellement en expropriation terrienne de la paysannerie européenne et en la création du travailleur "libre" et indépendant, bien qu'il concède que : la découverte des contrées aurifères et argentifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive [...] ".

Mais selon Federici,
" Marx ne se demande pas pourquoi la procréation devrait être "un fait de nature" et non une activité sociale, historiquement déterminée, traversée par divers intérêts et rapports de pouvoir, pas plus qu'il n'imagine que les hommes et les femmes puissent avoir des intérêts différents à la procréation, une activité qu'il envisageait comme un processus indifférencié et neutre vis à vis du genre. "


Voici mon très bref résumé qui ne peut pas remplacer la lecture du livre : le salariat n'a pas toujours existé et les paysans, même les serfs, cette sous-classe, l'ont longtemps combattu. Pour l'imposer, il a d'abord fallu les exproprier des "communaux", en clôturant ces terrains (enclosures) qui appartenaient à un suzerain la plupart du temps, mais sur lesquels se nourrissaient paysans et serfs, hommes et femmes libres, au contraire de l'esclave qui est propriété de son maître, sauf de quitter la terre qu'ils cultivent. En terme d'usage, ces terrains communs appartenaient à peu près à tout le monde aux termes du droit de l'époque, et permettaient l'agriculture, la chasse, la cueillette contre corvées, partage du gibier ou des récoltes avec le propriétaire suzerain.

Partant des hérésies (Cathares, Bogomiles...) qui s'élèvent contre le pouvoir et la corruption de l'Eglise Catholique, où les femmes jouent un rôle non négligeable, en passant par la Réforme de Luther, Federici analyse historiquement la période qui va de la fin du Moyen Age (14ème siècle) à la fin des bûchers au 17ème siècle. Période qui va connaître une réforme économique sans précédent : expropriation des paysans des communaux par les possesseurs du capital, les terres sont encloses, donc interdites d'accès, d'où création d'une classe de sous-prolétaires misérables vivant de mendicité sur les routes, dont les femmes et leurs enfants seront les premières victimes. Le but est de leur proposer de louer leur force de travail à vil prix : un salaire. Le capital (l'argent) se concentre entre les mains des mercantilistes, comme on les appelle à l'époque. L'analyse de Marx sur ce qu'il appelle l'accumulation primitive s'arrête ici, il ignore le travail reproductif des femmes, bien qu'il ait abordé le sujet de la prostitution sous l'angle économique.

Pour Federici, outre le pillage des Amériques après leur "découverte" par Christophe Colomb, la décimation et la mise en esclavage des autochtones, auxquels elle consacre un long chapitre, il y a eu une autre accumulation, par les hommes et l'état : expropriation des femmes de leur corps, mainmise sur leurs capacités reproductives pour augmenter les forces de production. La chasse aux sorcières à servi à cela, c'est la thèse qu'elle défend dans ce livre.

Les philosophes théoriciens du libéralisme, Hobbes et Descartes, de leur côté, imposent une vision mécaniste de la nature désenchantée ; Descartes décrit le corps humain (et animal) comme des machines horlogères. Les études sur les animaux (en les frappant et battant), et les dissections de cadavres de suppliciés, vont démontrer le postulat de départ. Des femmes qui ont au Moyen Age des compétences médicales et pharmaciennes car elles sont sages-femmes, ont de fait un savoir donc un pouvoir économique, même s'il n'est pas au même niveau que celui des hommes. Dans le cadre de politiques natalistes menées sous la contrainte, il va falloir les en dépouiller. Elles donnent des conseils de contraception ? On va criminaliser la contraception et les méthodes abortives. L'accouchement se passe mal ? On ordonnera de sacrifier la parturiente à l'enfant à naître. On les transformera même en mouchardes dénonçant les infanticides réels ou supposés. Seront exterminées les vieilles femmes, les pauvresses, les médeciennes, les "pharmaciennes" qui connaissaient le pouvoir des herbes, et les sages-femmes. Leurs savoirs seront éradiqués et perdus. La science médicale masculine "rationalisée" prendra la place. La chasse aux sorcières touchera les femmes à 80 % dans toute l'Europe, elle durera trois siècles de tortures, bûchers, noyades, pendaisons. Aucun historien n'a jamais fait le compte exact du nombre de femmes exterminées, la chasse aux sorcières étant commodément renvoyée à l'obscurantisme médiéval, ce que conteste Federici pour qui elle fut un programme politique et économique. Sur une longueur de trois siècles, la répression commencera avec des tribunaux d'église pour se transférer vers des tribunaux d'états. A l'extinction des derniers bûchers (la machine totalement emballée aboutira à des accusations contre les enfants et les hommes, ce qui l'arrêtera), l'état sera alors devenu "mâle comme Satan", écrit Armelle Lebras-Chopard dans Les putains du diable.
" Le résultat de ces politiques, qui s'étendirent sur trois siècles, fut l'asservissement des femmes à la procréation. Alors qu'au Moyen Age, les femmes avaient pu employer diverses formes de contraception, et avaient exercé un contrôle incontestable sur le processus d'enfantement, leur utérus, à partir de ce moment-là, devenait un territoire public, contrôlé par les hommes et l'état, et la procréation était directement mise au service de l'accumulation capitaliste. "

La gravure ci-dessous : De humani corporis fabrica (Padoue, 1543) page de titre d'un célèbre manuel d'anatomie, illustrant le livre de Federici est d'une rare obscénité. Une femme qui a été pendue, est disséquée dans une faculté de médecine par et entourée d'hommes, avec quelques femmes spectatrices dans la partie supérieure de l'image ; voici ce qu'écrit à son propos Federici :
" Le triomphe du mâle, de la classe dominante, de l'ordre patriarcal à travers la constitution d'un nouveau théâtre anatomique ne saurait être plus complet. De la femme disséquée et livrée au regard du public, l'auteur nous dit que "de peur d'être pendue [elle] s'était déclarée enceinte", mais après que l'on eut découvert qu'elle ne l'était point, elle fut pendue. Le personnage féminin à l'arrière plan (peut-être une prostituée ou une sage-femme) baisse les yeux, probablement de honte devant l'obscénité de la scène et sa violence implicite."


Le capitalisme s'est présenté et se présente toujours comme l'inventeur et le chantre de la liberté (libéralisme) et de la libre entreprise ; en réalité il ne s'est imposé et ne s'impose toujours que par la contrainte faite aux corps (les femmes expropriées du contrôle de leur corps et de la reproduction) et aux personnes qu'il exproprie de leur accès à la terre. Le libéralisme globalisé actuel ne procède pas autrement : les ex-colonisateurs appuyés par le FMI et la Banque Mondiale, sous prétexte de "développement économique" et parce qu'ils ont besoin de terres pour, par exemple, nourrir des "bêtes à viande", où pour en extraire des minéraux rares, (phénomène connu sous le nom d'accaparement des terres) continuent après les avoir spoliés de leurs terres, à contraindre les paysans et autochtones du Monde Tiers à s'exiler vers des villes surpeuplées (bidonvilles, villamiserias, favelas,..) où il deviendraient de "libres entrepreneurs de leur force de travail" dans une économie informelle qui leur permet à peine de se nourrir. Les veilles recettes ont toujours cours. Et colonialisme pas mort. Les femmes elles, se verront proposer de travailler "librement" en vendant leur corps en morceaux (pornographie, prostitution) et leur capacité reproductive dans la GPA (maternité de substitution). La liberté de l'entrepreneur individuel, selon le Capital et ses servants. Enfin, Descartes et ses machines horlogères ont définitivement gagné la partie !

Caliban et la Sorcière - par Silvia Federici - Femmes, corps et accumulation primitive. Réédition en 2014, publié en 2004.
Silvia Federici, d'origine italienne, féministe, marxiste autonome, est professeure d'université en sciences sociales à New York.

Les citations de Federici sont en caractères gras et rouge.

vendredi 14 juillet 2017

Les Prairies Saint-Martin : la petite ZAD rennaise



C'est l'histoire et la fin d'une longue résistance : Les Prairies Saint-Martin avaient déjà échappé dans les années 70 à l'éventration et au bitume d'une "pénétrante" à 4 voies (les patriarcaux bétonneurs ont un de ces vocabulaires, je vous jure, lire ici la façon dont les hommes voient la ville) pour aujourd'hui céder devant un projet municipal de "parc urbain", voire de "marécage d'ornement", selon ses plus farouches opposants. Situées au nord est du centre ville, près du Canal Saint Martin, dans un méandre de l'Ille, ce sont 29 hectares de prairies humides traversées par un ruisseau bordé par une roselière, qui plus est à 20 minutes seulement à pied du centre ville Ouest. Elles sont enserrées par les métastases cancéreuses  l'expansion urbanistique de la ville, bordées par des programmes de logements construits ou à venir. Disons qu'elles reviennent quand même de loin : l'assèchement et la transformation en 4 voies. Il va de soi que le "parc urbain aménagé en zone semi-humide" est une moins horrible solution. Le projet d'une trentaine de millions d'euros est d'en faire "un poumon vert" en novlangue d'urbaniste qui se la pète, ce qu'elles étaient déjà : jardins familiaux (ce qu'elles étaient aussi, d'où la résistance), reconstitution de zone semi-humide (notez que la mairie de Rennes et ses élus sont à fond pour le projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, remarquable zone humide naturelle), et de biotope pour la faune et la flore endémique de ces endroits. Plus bien sûr, zone de délassement et de détente pour citadins stressés : "vergers, ruchers, observatoire, un parc pour découvrir la nature", selon la promesse de la ville. La nature reconstituée au bulldozer, habitants et squatteurs expulsés, vieux arbres fruitiers abattus, pavillons rasés. Mais c'est sûr que ce sera mieux rangé que maintenant ! Avec un peu de pas de bol, on risque même d'y trouver des arbres en pots. Rien ne vaut la main de Lome pour corriger les erreurs et le désordre de la nature qui, comme les femmes, sont vite incontrôlables si on n'y met pas bon ordre.

Les travaux ont commencé cette semaine. Nostalgia. Et pour mémoire :






Des expulsés qui ont laissé des épaves derrière eux !





Coupure d'eau pour les squatteurs en pleine canicule





Maisons promises à la destruction. Ça proteste (avec une faute de grammaire)














Espérons ce ce vieil arbre sera toujours là après les travaux


Mais pour les confitures de mûres, j'ai bien peur que ce soit la fin, ce roncier résistera-t-il ?

Pour mieux voir les photos, double-cliquez sur une et normalement, vous obtenez le mode diapositives :)

Pendant "l'embellissement des prairies", les mecs continuent à dégueulasser les berges du canal Saint-Martin en face, au nez et à la barbe des fluviaux installés sur la berge opposée : polystyrène, canettes de bière, boîtes de jus de fruit, barquettes de frites, ... glissent insidieusement à l'eau où ils tapisseront le fond ou flotteront en surface ; il suffira d'ouvrir quelques vannes, elles dévaleront la Vilaine jusqu'à la Roche-Bernard, où elles se jetteront dans l'océan. C'est pas possible, ils posent leurs détritus à l'endroit exact où ils ont fini de consommer. Voilà ce que c'est que les habituer à passer nettoyer derrière eux après avoir assuré l'intendance.

Liens :

Les Prairies, patrimoine industriel, artistique, écologique
Les Prairies Saint Martin chez Breizh Social Blog

Rien ne semble pouvoir freiner l'expansion humaine. La sixième extinction s'accélère : "anéantissement biologique", "extinction de masse", "défaunation" à lire sur cet article du Monde, la nouvelle a été reprise par tous les grands médias internationaux.
La triste histoire des rennes splendides et décadents de l'Ile Saint-Matthieu. Métaphorique de ce qui peut nous arriver ?

mardi 4 juillet 2017

Si nous étions libres, aurions-nous besoin d'amour ?

Je vous propose aujourd'hui un texte radical : il faut savoir, de temps en temps, se brûler un sein et aller bloguer depuis une tribu d'Amazones. Ti Grace Atkinson livre dans ce discours une réflexion sur l'amour et sa fonction politique pour l'oppresseur, le Patriarcat. Accrochez-vous, vents de force 11, avis de tempête. Et décapage de neurones assuré. En tous cas, séparatisme ou non, il décrit bien le dilemme auquel les femmes sont confrontées en permanence.

La FEMME POLITIQUE : fonction politique de l'amour

Discours prononcé le 21 février 1970 au Juniata College, Huntington, Pennsylvannia par Ti Grace Atkinson - Odyssée d'une amazone.

" Plusieurs femmes, pendant le week-end, ont manifesté une certaine réticence à considérer les hommes comme l'ennemi.  Je serais la dernière personne au monde à penser que cette réticence n'est pas naturelle. C'est tout ce qu'il y a de plus normal. C'est ce qu'on appelle, je crois, instinct de conservation.

D'autres femmes admettent sans aucun doute que la logique des hommes est notre ennemi de classe. Mais, par quelque heureux hasard, leur fiancé actuel est l'une des rares exceptions à la règle.  A moins que certaines femmes ne produisent une évidence politique vérifiable à l'appui de ce genre d'affirmation, cette position n'est qu'un compromis.
Et puis, il nous a fallu aussi digérer l'argument de la "rareté", avancé par un homme du Dakota : "La raison de la rapide croissance du Mouvement des Femmes, a-t-il dit, et de son apparente amertume à l'égard des hommes, ne provient pas du fait que les hommes oppriment les femmes. Non, le problème, c'est qu'il n'y a plus assez de vrais hommes (c'est à dire de suprématie masculine) pour toutes".

Il n'y a rien de très compliqué à devenir "politique". Une personne politique est un individu qui a un ensemble de croyances particulières et qui agit en accord avec ces croyances. Ce qui a rendu si difficile la politisation des femmes, ce sont les échappatoires qu'on a trouvées pour la deuxième partie de la définition : agir en accord avec un ensemble donné de croyances politiques.

Les hommes parlent aux femmes de guerre des sexes depuis l'origine des temps. Bien sûr, de notre point de vue, il s'est agi d'un massacre. Il est plus facile de comprendre ce que font les hommes, c'est à dire mentir, que de comprendre ce que font les femmes. Les hommes ont baisé les Indiens jusqu'à la mort, l'idiotie et la cécité. Ensuite les blancs ont présenté le "conflit" à leur manière en décrivant les hordes rouges à l'attaque des pieux pionniers, des femmes blondes et des enfants.

Mais la "pathologie" de l'oppression, en l'occurrence la division des classes masculine et féminine, est présente chez des femmes qui nient ce que les hommes eux-mêmes sont en train d'avouer. Pour s'accrocher à l'ennemi, il faut être prêt à y mettre le prix : sa propre vie. Entrer en relation avec un homme aussi dépouillé soit-il (complètement et publiquement) du rôle masculin, serait encore un risque. Mais s'unir à un homme qui a fait moins encore, c'est du suicide. Prouver sa conscience de classe c'est se couper des hommes, de ces unités de deux personnes face à face (par exemple le mariage et la maternité). Aucune amélioration significative de la situation des femmes ne sera possible sans cette décision.

Jusqu'à présent, le mouvement féministe a rassemblé des femmes qui voulaient surtout se plaindre. Mais ces plaintes n'ont rien de nouveau. Les femme se plaignent entre elles depuis des siècles, mais elles se traînent ensuite chaque jour dans leurs cuisines pour préparer les dîners de leurs maris. Cette pratique a développé au cours des siècles une sorte de personnalité multiple chez les femmes, dont chaque aspect est resté intact. Je peux illustrer hic et nunc ce que je viens de dire. La plupart des femmes ici présentes ont sans doute une alliance institutionnelle avec les hommes, le mariage ou bien
 l' "amour". Si vous ne l'avez pas, vous êtes probablement en train de la chercher.  Alors, comment pouvez-vous chercher une telle alliance et être en même temps ici ? Cette contradiction n'est pas seulement présente ici, mais dans tout le Mouvement. Les féministes les plus anti-mâles, celles qui disent que tout homme est l'ennemi -et pas seulement comme je le dis que ce n'est que la conduite ou le rôle du mâle qui sont inacceptables- se montrent pourtant en même temps dans la rue, la main dans la main avec l'ennemi même !


Personnellement, j'ai pris la décision de ne pas me montrer en public avec un homme, dans les lieux où l'on pourrait croire à une amitié entre nous. Puisque selon moi, c'est la conduite des hommes (à définir) qui est l'ennemi, il me faut, à l'appui de ma thèse, tout un dispositif de différentiation. Donc, faire une exception à ma règle serait admettre : "cet homme s'est publiquement et tangiblement (donc c'est significatif), désolidarisé du rôle masculin, du mieux qu'il peut. Les journaux prétendent que cet acte assez modeste du point de vue politique fait de moi une séparatiste. Techniquement, une séparatiste est une personne qui préconise un état séparé pour un groupe particulier de gens. Je n'ai jamais fait cela... jusqu'ici. Quant à moi, je crois que je suis simplement cohérente. C'est le moins qu'on puisse faire pour sa propre estime.

Un des traits les plus frappants de ce Mouvement est qu'il ne préoccupe pas vraiment le gouvernement. Mais pourquoi l'inquiéterait-il ?
Nous les femmes, je vous le concède, nous exprimons des idées assez "radicales". Mais nous n'avons pas fourni de preuves qu'il existe le moindre rapport entre ce que nous disons et ce que nous pensons faire.  Actuellement, nous sommes ridicules et drôles. La contradiction, après tout, est le "cœur" de la comédie.

Nous devons essayer de comprendre cette anomalie. Nous, femmes, nous devons nous demander pourquoi nous aimons faire couple avec les hommes. Il faut commencer à comprendre la fonction politique de l'amour. Réfléchissez à l'importance de l' "amour " dans cette structure politique qu'on appelle "religion". "Aimez votre prochain". Bien sûr, c'est un hasard, dira-t-on si les religions les plus puissantes, comme la religion catholique par exemple, sont surtout composées de pauvres. Et si les pauvres n'aimaient pas leurs frères ? Et s'ils voyaient leurs "frères" comme la classe ennemie, et s'ils se révoltaient ?

Avez-vous jamais réfléchi au rapport entre l'amour et la violence ? La violence est la transgression commise sur la personne d'autrui ou son individualité. L'amour n'est-il pas une transgression de l'individualité ? Céder ce qui, autrement, nous serait pris par la force ? L' "amour" est-il la réponse de l'esclave à l'esclavage ? Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi il n'était plus nécessaire d'enchaîner la deuxième génération d'esclaves ? Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi tant de prédicateurs prêchent la non-violence et le "aime ton ennemi" ? Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les églises étaient détruites dans toutes les révolutions ?
Si nous étions libres, aurions-nous besoin d'amour ? "

Ti Grace Atkinson (Féministe radicale)
Odyssée d'une Amazone
Editions Des femmes 


Liens :
Red stocking Manifesto (en anglais)
"Le genre est une fiction sociale" : John Stoltenberg Sexualité masculine -ce qui rend sexy la possession d'autrui.

dimanche 25 juin 2017

Camille (et Auguste) à travers correspondances, carnets, articles de presse...

Camille Claudel : 1864 - 1943 - Sculptrice française "Art nouveau"
Auguste Rodin : 1840 - 1917 - Sculpteur français
Paul Claudel : 1868 - 1955 - Ecrivain, diplomate français

" Il est bien rare que la vocation artistique soit une bénédiction "
Paul Claudel - Mémoires improvisés - 1951


C'est la vie et l'itinéraire d'une artiste par des correspondances, articles de presse, extraits de carnets intimes, présentés bruts et chronologiquement, choisis et réunis par Isabelle Mons et Didier Le Fur, qui présentent un beau travail. Pour commencer, le titre choisi par l'éditeur n'est absolument pas représentatif de l'ouvrage, qui dit la vie de Camille Claudel à travers ses échanges épistolaires avec Rodin, son frère Paul, sa mère Louise-Athanaïse, son galeriste, ses soutiens féministes, notamment le journal La Fronde, des critiques d'art, ses clients, dont le ministère des Beaux-Arts, mauvais payeur comme il se doit. Relances d'impayés, sollicitation de mécènes, soucis de fins de mois et de trésorerie d'employeure devant payer ses ouvriers et son fondeur, ses achats d'onyx et de marbre ; ses joies de rencontrer des amies artistes, de partir en vacances, ses ennuis de santé, ses sautes d'humeur, et finalement sa maladie psychique, puisqu'il faut dire qu'elle était gravement paranoïaque, certaines lettres délirantes en attestent. A 49 ans, en 1913, d'abord internée à Ville d'Avray à la demande de sa famille, elle est ensuite envoyée dans un hospice psychiatrique à Montdevergues (Vaucluse) où elle meurt des conséquences de la dénutrition en octobre 1943. Emmurée vivante pendant 30 ans, disparaissant aux yeux de la société, certains qui l'appréciaient se demandant ce qu'elle est devenue, sa mère interdira même au Directeur de l'hôpital de la laisser sortir de la correspondance vers l'extérieur pour ne pas salir la réputation de sa famille. Son frère cadet Paul Claudel, très absorbé par sa carrière de diplomate et d'écrivain ne sera pas très assidu auprès de sa sœur, malgré de fréquents appels au secours. Certaines de ces lettres sont déchirantes. Auguste Rodin, une grande passion mutuelle pendant 10 ans, qui la soutient financièrement alors qu'elle ne veut plus le voir, ne quittera jamais Rose Beuret, sa femme -non épousée mais qui lui donne un fils, et assure l'indispensable intendance : les lettres de Rodin à Beuret sont accablantes, il lui demande de repasser ses chemises en lui donnant d'approximatives dates de retour à la maison ! Et Paul Claudel, fervent chrétien converti tardivement, qui sollicite un curé de sa connaissance pour lui demander si un "exorcisme à distance" de sa sœur serait possible. On se pince un peu, venant d'un si brillant esprit.

Camille Claudel fut une artiste reconnue, exposée, recherchée, achetée, de son vivant, sa fin atroce l'a fait glisser dans l'oubli. Une partie de ses œuvres seront réunies au Musée Rodin dans les années 50, puis un livre et un film la tireront de l'oubli. Tant mieux. Ce nouveau livre apporte originalement sa contribution. Allez voir les œuvres de Camille Claudel, artiste exceptionnelle, qui a désormais son musée et ses expositions dédiées.


Voici le portrait qu'en fait la journaliste Gabrielle Réval, à propos du Salon des artistes femmes en 1903 :
Mademoiselle Claudel sourit, ses yeux se tournent vers moi : deux yeux magnifiques, d'un vert pâle qui évoque les jeunes pousses des forêts. Ces yeux surprennent par leur clarté, ils ont un charme virgilien, puisqu'ils évoquent tout de suite la fraîcheur des bois. Mais au moment même où le regard vous attire, un geste instinctif de l'artiste semble arrêter l'élan de sa sympathie, et l'on reste avec cette impression bizarre d'une nature profondément personnelle, qui vous attire par sa grâce et vous repousse par sauvagerie. Tout le caractère de Mademoiselle Claudel est dans ce retrait un peu farouche. "

Paul Claudel analyse l'oeuvre de sa sœur Camille en 6 sculptures qu'il considère prémonitoires de son destin. Voici ce qu'il écrit dans son journal après le 25 septembre 1943 :
Réflexion sur la sculpture de ma sœur, qui est une confession toute imprimée de sentiment, de passion, du drame intime.
- La 1ère oeuvre, l'Abandon, cette femme qui s'abandonne à l'amour, au génie. - 2. la Valse, dans un mouvement spiral et une espèce d'envol, elle est emportée dans le tourbillon de la musique et de la passion. - 3. La Vague, les trois baigneuses qui se tiennent par la main et qui attendent l'écroulement de l'énorme vague au-dessus d'elles. - 4. L'Age mûr, l'oeuvre la plus déchirante. L'homme, lâche, emporté par l'habitude et la fatalité mauvaise, cette jeune femme à genoux derrière lui et séparée qui lui tend le bras. - 5. La Cheminée. L'abandonnée qui regarde le feu. - 6. La dernière oeuvre, Persée. Le héraut regarde, dans un miroir qu'il tient de la main gauche, la tête de Méduse (la folie !) que le bras droit lève verticalement derrière lui. - Dans mon dernier voyage, j'ai été frappé de ce large visage, cet énorme front dégagé et sculpté par l'âge . Avons-nous fait, les parents et moi, tout ce que nous pouvions ? Quel malheur que mon éloignement continuel de Paris ! "

L'Abandon (Sakountala) 1905



La Valse (1905)


Voici ce qu'écrit de La Valse Léon Daudet, écrivain et journaliste manifestement transporté par cette sculpture : " Un haut et large esprit a seul pu concevoir cette matérialisation de l'invisible. Et qu'est-ce que l'art, en somme, si ce n'est une prise perpétuelle, inassouvie, de l'humanité sur le mystère, le mystère, réservoir inépuisable et sombre de toutes les beautés possibles. Et maintenant les corps des valseurs vous parlent, puisqu'ils vous arrivent traduits par cette enveloppe mobile. Voici ce qu'ils m'ont semblé dire de la voix pénétrante, inextinguible des chef-d'oeuvres. Pris de dégoût pour la vie plate et la planète morose, nous sommes partis vers les espaces dans une danse d'amour et d'espoir. Nous tournons comme tournent les mondes et les esprits à travers les mondes, et notre valse suit celle des atomes. Pauvres atomes que nous sommes, petites poussières dans la tempête ! Mais jusqu'à ce qu'un choc définitif nous sépare, joignons-nous par l'ouragan même, vivons, pivotons bien serrés, et que notre spire éperdue concorde à celle de l'univers. "

 La Vague (1897)


L'âge mûr ou la Destinée (1899)


La Cheminée (1905)


Persée et la Gorgone (1902) sculpture monumentale visible à La Piscine à Roubaix


Camille Claudel déclinait ses œuvres en plusieurs versions : bronzes, plâtres, onyx, marbre.

Liens
Ouverture en mars 2017 du Musée Camille Claudel à Nogent sur Seine
Le site du Musée
La fiche Wikipedia de Camille Claudel
Les extraits du livre sont en caractères rouges


Les Causeuses - Camille Claudel - Plâtre - 1895