jeudi 25 août 2016

La maternité : construction sociale sous la contrainte


" La question [est] de savoir si la "sexualité" n'est pas pour les femmes une expression individuelle, subjective, mais une institution sociale de 
violence ". Monique Wittig 1980.

Rapt de jeunes filles dans des villages africains, simulation d'enlèvements dans des régions du Moyen-Orient, initiation à la sexualité par le viol, voire le viol en réunion chez certains peuples premiers, mariages des fillettes, interdiction de la contraception et de l'avortement, -même dans nos pays dits évolués ce droit durement acquis par les femmes peut à tout moment être remis en cause-, injonction à la maternité partout, une femme célibataire sans enfant servant de repoussoir à toutes les autres puisqu'elle aurait forcément raté une vie d'épouse et de mère selon les critères patriarcaux, "devoir conjugal" imposé (le viol dans le mariage n'est reconnu que de façon récente dans une petite poignée de pays), les abondants mythes sur l'enlèvement des Sabines, d'Europe ou d'Orithye (ci-dessous) et leurs représentations dans nos musées, la prohibition des armes pour les femmes dans toutes les sociétés humaines (voir le billet précédent sur Jacqueline Sauvage), leur interdisant de fait de se défendre : proies d'abord, accablées d'enfants ensuite, elles ne peuvent pas courir ni s'enfuir ; ajoutez l'excision qui a eu cours dans toutes les sociétés, dont le but est de faire que les femmes n'aient pas d'appétit pour les rapports sexuels (douloureux) ou en tous cas de bien les calmer, vous avez la démonstration que la phrase de Wittig ci-dessus est exacte. L'espèce humaine est, par rapport à d'autres espèces de mammifères, peu prolifique selon les anthropologues, si nous avons réussi à peupler la terre, c'est par la contrainte faite aux femmes. A la schlague.

Enlèvement d'Orithye par Borée - Attribué au florentin Cosimo Ulivelli, peintre baroque du XVIIème siècle - Musée de Dole

"Le domptage meurtrier des femmes pour en faire des corps-outils de reproduction" : voici quelques proverbes. De Virginie (USA) "garde-les nu-pieds et enceintes" ; du sud de l'Italie "pour garder la femme à la maison, cache ses chaussures et engrosse-la" ; dans la campagne toscane "Un an la mamelle, un an le gros bide, ça va bien la coincer". Donc, "immobiliser les femmes pour les faire engendrer, les féconder pour les immobiliser". In Paola tabet : La construction sociale de l'inégalité des sexes.

Mais si elles cèdent, elles ne consentent pas !

" A l'inverse du discours masculin qui se déploie sur le mode de la glorification et même de la vantardise, c'est sur le ton de la complainte que se déroule le discours féminin. En dépit de la tendresse qui entoure son enfance, la petite fille s'instruit vite du sort qui l'attend après son mariage : son rôle, sa raison d'être même sera de fournir à la lignée de son mari progéniture et main-d’œuvre. Le mariage qui lui est présenté comme une rupture brutale (et on la convainc que tel est le cas) entre une enfance choyée et une vie de production et de procréation forcenées. Des chants mélancoliques lui enseignent la douleur d'être séparée des siens, livrée en échange de quelques vaches, promise à une vie lointaine et dure dont aucun de ses frères n'ira la libérer. Elle apprend que de son bonheur nul ne se souciera. 
Aucune compensation ne viendra éclaircir l'horizon de la jeune fille, si ce n'est la perspective bien lointaine d'établir un jour ses enfants et, satisfaite du devoir accompli, de se décharger des tâches domestiques sur ses belles-filles et de jouir tranquillement du respect général. ; cela revient, pour l'épouse, à ne s'épanouir que lorsque cesse sa vie biologique de femme. Aussi voit-on des mariées en pleurs. On va même dans certaines régions, jusqu'à leur bander les yeux au moment de partir en cortège nuptial, pour les désorienter et ainsi les empêcher symboliquement de revenir chez elles. " In L'anatomie politique - Nicole-Claude Mathieu

Vous me direz sans doute que ceci n'a plus cours chez nous aujourd'hui ? Que le mariage est devenu une sympathique fête de famille un peu vulgaire, mais bien inoffensive ? Détrompez-vous : la pression sociétale à la maternité à toujours cours, et nous ne valons que par le nombre d'enfants produits ; et la culture du viol nous rappelle sans cesse que nous arrivons de là, nous les femmes. Cela pèse sur notre histoire collective et c'est profondément inscrit dans notre psychisme. Et il faut marteler qu'élever des enfants dans une société où la richesse produite est comptabilisée selon les critères marchands du travail posté masculin, généralement destructeur, fait que la maternité contribue à l'affaiblissement économique des femmes, qu'elles y sont exploitées, puisque l'élevage d'enfants, tout en étant valorisé et présenté comme l'aboutissement d'une vie de femme, est un dû, issu des corvées et du servage, il doit être fait BENEVOLEMENT !

Culture de la contrainte et du viol : les musées et jardins publics (sans parler des productions de pop culture : cinéma, BD... ) servent d'omniprésents rideaux de scène de théâtre pour nous rappeler la
menace :

Enlèvement d'Orithye par Borée - Musée des Beaux-Arts de Rennes par François-André Vincent, Tableau peint au XVIIIème siècle.

Rappelons toutes ces scènes violentes d'enlèvements de Sabines, d'Europe, les razzias des émirs d'Orient, où les femmes sont enlevées et partagées entre chefs et soldatesque selon des critères de jeunesse et de beauté : il y en a au moins un par musée ! Les mythes sont centrifuges et rapportent des histoires vraies. Une anecdote sur Rennes et ce tableau qui fait partie de sa collection permanente du musée des Beaux Arts : en 2014, lors d'une visite, je tombe sur une salle dédiée à l'art contemporain où, avant la porte, un avertissement met en garde les parents d'enfants en bas âge sur certaines "scènes explicites" pas forcément destinées à ceux-ci ! Je rentre dans la salle et (effectivement ?) il y a un grand tableau figuratif moderne à la peinture acrylique représentant une femme à la renverse, avec sur le visage et le cou des taches blanches translucides : le titre précise que c'est une "éjaculation faciale". Bon. Mais des enfants jusqu'à 15 ans savent-ils distinguer une éjaculation faciale, dans un musée de surcroît, et sont-ils censés même connaître l'expression ? Sauf à avoir été mis en présence de pornographie, ce qui peut être le cas, j'ai des doutes. Après visite de la salle, je sors en tournant à droite et j'arrive en face de cet enlèvement d'Orithye, et là, pas d'avertissement spécial sur la violence de la scène. Étrange, non ? Dans la même salle, il y a des descentes de croix du corps supplicié du Christ, des quantités de femmes à loilpé, peintes par des hommes, de préférence entourées de mecs habillés, ce qui représente la disponibilité sexuelle, mais motus. C'est de l'aarrrrrt !

Bah, au jardin des Tuileries, une des promenade favorite des nounous parisiennes, on peut voir ça :

toujours la même Orithye, qui est toujours enlevée par Borée ! Par Eugène Atget - XIXème siècle

Que dire à une petite fille intriguée par la scène et qui pose des questions, m'a demandé une de mes abonnées Twitter ? Eh bien, c'est le moment où jamais de faire preuve de pédagogie : dites-lui que c'est un vilain monsieur qui s'attaque à Orithye et que, d'ailleurs, on peut voir qu'elle n'est pas d'accord et se débat. Et que c'est exactement comme cela qu'il faudra qu'elle fasse si, on ne sait jamais ça pourrait arriver, un vilain monsieur qu'elle ne connaît pas voulait l'emmener quelque part où elle ne veut pas aller : elle crie très fort, appelle au secours, griffe, mord et se débat. C'est mieux d'en faire une Zazie dans le métro avertie et offensive, qu'une fille crédule, prête à suivre le premier néfaste venu, je trouve. Mais je sais que pas mal vont trouver pas bien du tout de les effrayer avec la simple évocation des habitudes de prédations masculines largement tolérées par la société : après tout elles DEVRONT s'en trouver un présentable de mec un jour. Vous voyez, la boucle est bouclée, le piège se referme.

mardi 16 août 2016

Libérez Jacqueline Sauvage !

Après deux procès d'Assises où Jacqueline Sauvage est finalement condamnée à 10 ans ferme pour le meurtre de son mari qui la violentait -avec peine incompressible de 5 ans, la légitime défense n'est pas reconnue par le Tribunal-, une pétition réclamant la grâce de la condamnée qui recueille plus de 435 000 signatures, puis une grâce partielle (liberté conditionnelle sans période de sûreté) accordée par le Président Hollande, finalement, le JAP (Juge d'application des Peines) rejette sa demande de libération et décide du maintien en prison de Madame Sauvage le 12 août 2016, après que la commission d'évaluation ait conclu à sa capacité à récidiver et donc l'ait déclarée dangereuse. Notez que le Parquet de Melun était favorable à sa libération. Il a d'ailleurs fait appel.

Photo : Karine Plassard
 
Après 48 ans de sévices par le "prince charmant", sur elle et ses filles, le cogneur n'étant plus de ce monde, on se demande la sécurité de qui Madame Sauvage pourrait bien menacer ! Contrairement même à ce que pense une de mes lectrices farouchement anti-chasse comme moi, je ne la vois même pas recrocher dans un fusil de chasse pour tuer une bécasse ! D'ailleurs, je ne le lui conseillerais pas. Mais bon, les fantasmes de la société sur les "femmes violentes", le tabou universel des armes pour les femmes -abondamment documenté par les anthropologues femmes justement- dans le but de les contraindre aux services sexuels et à la reproduction forcée : Jacqueline Sauvage tue avec un fusil de chasse, ce qui est mal porté pour une femme, la littérature abonde d'empoisonneuses diaboliques, le poison est moins phallique ; rajoutez les réflexes corporatistes de la Justice désavouée par l'opinion publique (succès de la pétition) et le Président de la République, tout cela fait sens et peut expliquer le jugement du 12 août.

Mais ce qui explique surtout, c'est l'éternel angle mort où se trouve la violence contre les femmes, ce point aveugle de la société : elles auraient dû porter plainte, s'enfuir du domicile (étrange comme c'est la victime qui doit se punir en abandonnant son chez elle, pas le cogneur !) en laissant tout derrière elles. Les exemples abondent-ils que des femmes meurent justement d'avoir osé quitté le violent qui ne supporte pas l'affront fait à son égo, qu'il tue tout le monde : enfants, compagne, voire belle-famille et voisins qui tentent de s'interposer, avant de se donner la mort ? Mais rien n'y fait. Et puis, ces affaires sont évoquées sous tant de formules euphémisantes et romantisées selon le storytelling des journalistes : "drame familial", "drame de la séparation", "crime passionnel", "différend familial", formules qui banalisent et excusent les violences faites aux femmes. Il arrive couramment que la terreur machiste d'époux évincés fasse plus de victimes qu'un terroriste djihadiste : voyez-vous les plateaux de télévisions envahis non stop d'experts pendant des jours pour évoquer le crime, ses conséquences traumatiques, et proposer des solutions ? Voyez-vous Bernard Cazeneuve arriver sur les lieux pour afficher sa solidarité avec les victimes ? Sûrement non. Le terrorisme machiste sert pourtant aussi à cela : à montrer aux récalcitrantes qu'elles agissent à leurs risques et périls, que les cogneurs ont les moyens de les faire rentrer dans le rang, avec l'appui de la justice et de la société encore ! Sinon, elles le paieront de leur mort et de celle de leurs enfants et proches. Alors comment comprendre dans ces circonstances l'étonnement du tribunal sur le fait que Jacqueline Sauvage ait supporté la violence maritale pendant des décennies ?

Comparons également les libérations conditionnelles d'un Bertrand Cantat condamné à 8 ans de prison par un tribunal lituanien pour le meurtre de Marie Trintignant, et libéré par un JAP français à la moitié de sa peine, car il donnait toutes garanties de non dangerosité et de
réinsertion ? Sa première épouse, sans doute elle aussi victime de sa violence s'est suicidée, mais la société regarde ailleurs. Autre cas, celui sud-africain cette fois, d'Oscar Pistorius, condamné à cinq ans de prison pour le meurtre de Reeva Steenkamp, libéré quelques semaines plus tard. Décision tellement choquante que là aussi, le Procureur a fait appel. Et il n'y aurait pas de double standard ?


La grande tolérance de la société aux injustices et aux violences faites aux femmes a plus qu'assez duré ! Justice pour Jacqueline Sauvage. Que la justice entende enfin les victimes !
On ne lâche rien.
Nouvelle pétition pour la libération totale de Jacqueline Sauvage - Signez et partagez. Merci.

Liens : Sur l'invention journalistique "crime passionnel" justifiant le meurtre conjugal par des époux/amants frustrés.
Tout est bon pour justifier ou romantiser la boucherie : Storytelling de journalistes Il était une fois le "crime passionnel"
Pétition à Jean-Jacques Urvoas sensibilisant les magistrats aux propos minimisant les violences aux femmes - A signer. 

lundi 8 août 2016

La faim - Martin Caparros

Ce livre de 800 pages est un travail de 8 ans de voyages et d'interviews de femmes (surtout) du Monde Tiers, de pays africains en sous-nutrition endémique, aux bidonvilles de Mumbai, Dacca, Madagascar, aux villes ruinées de la Rust Belt étasunienne et leurs SDF qui se nourrissent dans les poubelles, ou bénéficient de l'aide alimentaire, et il a été financé par une bourse espagnole. Martin Caparros est un journaliste et écrivain argentin, donc nourri aux côtes de bœufs des pampas (plaines herbeuses) de son pays. Mais les pampas en Argentine, c'est fini : elles ont été transformées en champs de culture de soja pour nourrir les vaches laitières européennes et les poulets et porcs chinois. A tel point que la consommation de viande en Argentine est en train de chuter ! Le comble pour un pays de viandards invétérés.


La faim : une histoire humaine. Passer de chasseurs cueilleurs occupés 90 % de leur temps à chercher leur nourriture, à agriculteurs sélectionnant leurs graines, -je devrais dire d'agricultrices car même Caparros ose que l'agriculture est une invention de femmes- semant, constituant des réserves, inventant la cuisson (sans doute par hasard, en laissant tomber quelque chose dans un feu) puis la cuisine et les rites de table, pour enfin arriver à l'invention de cette merveille, le pain :
" Faire du pain est le résultat de milliers d'années de recherches, un périple extraordinaire. Planter des semences, en récolter les plantes, moudre les grains, les transformer en pâte, lui donner une forme, l'enfourner : quatre ou cinq technologies  d'une extrême complexité -quatre ou cinq découvertes éblouissantes- combinées pour que les humains méditerranéens produisent leur aliment le plus emblématique. A telle enseigne que, dans l'Iliade et l'Odyssée, Homère dit souvent "mangeurs de pain" pour parler des humains ".

Quand le pain vient à manquer, tremblez puissants, les peuples font des révolutions : 1789 en France et les Printemps arabes en 2011 pour ne citer que ces deux-là. La faim est donc une construction sociale comme le fait de passer trois fois par jour à table. La peur de la famine hante l'histoire humaine, et les famines détruisent les sociétés car elles détruisent la cohésion sociale : en cas de famine aigüe on mange d'abord les animaux de compagnie, puis les cadavres animaux et humains frais, puis on déterre les morts, on abandonne les enfants et on finit par manger les bébés, les filles en premier ! Ces phénomènes ont été constatés dans les cas historiques de famines aigües volontairement organisées : dans les années 30 en Russie soviétique, les koulaks affamés par Staline, et dans le ghetto juif de Varsovie, affamé par les nazis. La faim est une arme puissante. Les étapes de la faim sont les suivantes telles que constatées par les ONG internationales : monotonie alimentaire, malnutrition, dénutrition plus ou moins sévère, puis famine. On meurt rarement de faim, mais en général d'affections opportunes, la faim affaiblissant l'organisme.

Les causes de la faim : elles vont des sécheresses aux mauvaises récoltes, causes généralement dues à la nature, de surpopulation entraînant la destruction de l'environnement (Pascuans...), guerres, génocides, obstacles à l'organisation de la distribution alimentaire, puis dans notre monde moderne d'abondance, de causes économiques : mondialisation, appropriation des terres, ruine des petits producteurs du Sud par les généreuses subventions octroyées dans l'hémisphère Nord : l'agriculteur le plus subventionné au monde est le paysan américain, pays le plus libéral mais qui concurrence mortellement les agricultures des pays du Monde Tiers. Le paysan indien rêve de se réincarner en vache européenne écrit Caparros : 2,70 dollars par jour pour se nourrir contre 20 centimes de dollar pour le paysan hindou.

" La viande est puissante. Manger de la viande est un déploiement féroce de pouvoir. La  viande est la métaphore parfaite de l'inégalité " écrit Caparros, pas végétarien pour un sou, puisqu'il ne croit qu'aux protéines animales. La Révolution Verte (accroissement très important des gains de productivité grâce aux progrès dans la sélection des semences et à la mécanisation de l'agriculture) des années soixante a produit des excédents : on a imposé sur les tables américaines et européennes de la viande nourrie au grain (les bovins sont des herbivores, rappelons-le) au moins deux fois par jour. Une catastrophe. " Aujourd'hui, la majeure partie de la production mondiale obéit à ce modèle. Et le cheptel d'augmenter. Si on prend les vaches, rien que les vaches -écrit Caparros- : elles étaient 700 millions dans le monde il y a un demi siècle ; aujourd'hui, elles sont 1,4 milliards. Une vache pour cinq personnes ; plus de viande bovine que de viande humaine en train de manger la planète. Chaque année 7 milliards de poulets voient le jour dans les élevages brésiliens, un par habitant sur la planète et ils les exportent. Mêmes chiffres aux USA et en Chine, sauf qu'eux les mangent eux-mêmes. Au cours des dernières décennies, la consommation de viande a augmenté deux fois plus que la population, la consommation d’œufs trois fois plus. Ces chiffres doubleront d'ici 2030.
" L'élevage occupe déjà 80 % de la surface agricole du globe, 40 % de la production mondiale de céréales, 10 % de l'eau de la planète. Trois milliards de gens utilisent les ressources de 7 milliards. La viande est un étendard et une proclamation : le monde ne peut être utilisé ainsi que si nous sommes un petit nombre à l'utiliser. Si tous veulent l'utiliser pareillement, cela ne peut pas fonctionner. L'exclusion en est la condition nécessaire -et jamais suffisante. ".

Subventions massives à l'agriculture et à l'élevage dans l'hémisphère nord, plus les injonctions du FMI vendu à la croyance libérale de la "concurrence pure et parfaite", que les lois du marché arrangeront tout (foutage de gueule puisque le libéralisme ne s'applique qu'aux plus pauvres), tout cela provoque la ruine des petits producteurs du Monde Tiers qui n'arrivent plus à vivre de leur terre, -notamment les femmes, peu outillées et sans accès aux prêts bancaires pour investir-, cela donne une fuite massive vers l'illusion des villes et clochardisation qui va avec. Du coup, les terres deviennent libres pour l'appropriation (land grab) par des gros consortiums investisseurs, ou carrément des pays tels la Chine et son milliard d'habitants qui a ruiné ses terres cultivables en les polluant et en les surexploitant. L'absence de cadastre et de titres de propriétés dans le monde Tiers font le reste. 25 000 PERSONNES MEURENT DE FAIM OU DE MALNUTRITION CHAQUE JOUR SUR LA PLANETE. Et c'est un crime organisé, voulu, provoqué, un GENOCIDE QUOTIDIEN.

Les ONG (oènegés écrit Caparros) en ont fait leur fond de commerce. Une ONG luttant contre la faim, c'est un peu comme une super usine d'incinération de déchets : ça appelle le déchet sinon elle arrête de fonctionner. Le zéro déchet ne l'intéresse pas : il met tout le monde au chômage et il ferme la belle usine. L'oènegé contre la faim a besoin d'affamés pour faire rentrer l'argent des donateurs/trices dans les caisses et continuer à faire son business. D'ailleurs, une belle famine, avec bébés atteints de l'affreux kwashiorkor (ventre gonflé, oedèmes, membres allumettes, œil éteint) est pain bénit, les dons affluent. Une belle catastrophe dite naturelle aussi d'ailleurs. Mais y a-t-il encore des catastrophes "naturelles" sur la planète ?

Dans un chapitre, l’irascible Caparros se paye aussi "Mademoiselle Agnès" comme il l'appelle : Mère Thérésa de Calcutta, en cours de béatification et en odeur de sainteté au Vatican. C'est bien normal, les mourants tirés de la rue à qui on donne une paillasse, mais pas de soins, en Inde, lui doivent beaucoup. Et les comptes de sa congrégation n'ont jamais été publiés.
" Est-ce un hasard si parmi les dizaines et les dizaines de gens que j'ai interviewés, il n'y a eu pratiquement aucun athée ? Si -presque- tous avaient une religion, croyaient en un dieu qui expliquait et justifiait leur vie de merde ? Nous pensions nous être débarrassés des religions. Leur retour est un des coups les plus durs de ces dernières années. Puisqu'il n'y a plus de lendemains radieux sur terre, que reviennent ceux du ciel. Nous sommes revenus au futur le plus ancien : celui qui ne change pas. "

La faim est genrée. C'est Caparros, pourtant pas féministe du tout, qui le dit. Six filles/femmes pour dix mal nourris ou carrément dénutrits. D'ailleurs les personnes interrogées par le journaliste sont en majorité des femmes qui passent 90 % de leur temps et de leur budget à se procurer de la nourriture. Elles se couchent le soir avec l'angoisse de trouver comment nourrir le lendemain les enfants qu'on leur colle dans le ventre. Mariages forcés, viols, tromperie par un amoureux qu'elles épousent pour se retrouver en position de 3ème épouse chez un polygame qui ne leur a rien dit, mais "ce n'est pas grave, il ne me bat pas" ! Sic. Un exemple malgache de la toxicité du patriarcat à l'égard des femmes cité par Caparros : Sophie, une représentante d'AICF (Action Internationale Contre la Faim) cherche le moyen de faire arriver l'eau dans un village malgache pour y cultiver des légumes et des arbres fruitiers sur une terre aride, et améliorer, diversifier ainsi la ration alimentaire journalière. Elle étudie évidemment le fonctionnement "ancestral" de cette société traditionnelle et autoritaire. Et tombe sur la question suivante : comment s'assurer que l'argent qu'elle se prépare à leur donner soit bien utilisé pour ce projet par le chef de famille, et pas à acheter des zébus ? Car en effet, les zébus jouent un rôle important dans cette société patriarcale. Ils ne les mangent pas, ils ne les font pas travailler, ils n'allument pas le feu avec leurs bouses séchées, qui ne servent pas non plus de fertilisant. Ils boivent juste un peu de son lait quand la vache fait un veau, c'est à dire pas toute l'année.
Non, le zébu sert à mesurer la richesse d'une famille : " les étables sont remplies de monceaux de merde pour faire étalage de leur puissance ", s'énerve Caparros. Le zébu sert à afficher le statut social et aussi de réserve de richesse. Il est échangé contre une épouse, il est sacrifié lors de fiançailles ou d'un mariage, il paie les matériaux pour se construire un caveau pour des funérailles. Et, bien entendu, LES FEMMES SONT EXCLUES DE LA GESTION DES ZEBUS ! Enorme problème pour Sophie : comment faire pour que l''argent d' AICF n'aille pas acheter des zébus. Hallucinante irresponsabilité des hommes.

Une écriture visuelle, un auteur en colère, 800 pages qui se lisent comme un roman, un voyage sur les lieux les plus déshérités de la planète, sur des montagnes de déchets où des gens gagnent leur vie et leur
nourriture : La Faim est un texte qui secoue, dénonce impitoyablement le sort fait à un milliard d'humains mal nourris -le chiffre est en débat, car en plus, les données actuelles remontent à une erreur de la FAO des années 90, quand ils ont tenté de compter. On ne sait donc pas si le nombre d'affamés monte ou diminue. Un milliard de gens en trop, jetables, dit Caparros, dont l'économie impitoyable n'a pas besoin. Mais attention, tout de même, pour l'instant, les rustines des ONG, l'aide alimentaire quand elle arrive, la résignation de gens trop occupés à trouver leur pitance font que rien ne bouge dans l'indifférence générale au sort qui leur est fait. On peut les nourrir. La terre produit en surabondance de la nourriture pour 12 milliards d'humains, pour le moment. Gaspillage au nord, dénutrition au sud, combien de temps avant que ce milliard de gens se révoltent ? Car la faim conduit aux révolutions généralement violentes. L'histoire nous l'a montré.

Liens - Sur la souveraineté alimentaire : Déclaration de Nyéléni - Mali 2007 - La Via Campesina
Sur l'exode rural et le bidonville global : Le pire des mondes possibles - Mike Davis

Capitale du Bangladesh, Dacca : 154 km2, 15 millions d'habitants (2010), densité 45 508 habitants au km2. Population en croissance de 4,2 % par an - Population en 1872 : 69 212.
" Dacca ou l'échec : à Dacca il n'y a ni éclairage public  ni nettoyage de l'espace public ni ordre public visible. Se rendre d'un lieu à un autre peut prendre des heures ou devenir, tout à coup, impossible. Les coups de klaxons, les bruits, la chaleur, la poussière, les rues défoncées, les voitures qui vous agressent, les immeubles au bord de l'effondrement, les rivières et les ruisseaux putrides, les odeurs, les odeurs terrifiantes, les montagnes d'ordures. Plus une société est pauvre, plus l'accès à certains services est fermé : des dispositifs dont tout le monde bénéficie en Norvège sont le privilège d'un petit nombre dans l'Autre Monde. Le nettoyage de l'espace public -l'idée que c'est un territoire de tout le monde, dont tout le monde doit prendre soin- est également réservé aux pays riches : ici, les riches ont leurs propres espaces, ils les gardent -fermés.
Dacca est un échec parfait et, en même temps, un grand exemple du succès des villes : un aimant qui attire des gens de plus en plus nombreux et, ce faisant, bascule dans le désastre. Le succès des villes de l'Autre Monde entraîne leur hécatombe : elles vivent en perpétuelle crise de surpopulation  -de désir, d'attraction, d'espoir- le mécanisme propre aux crises du capitalisme. 
Ici aussi, la plupart des arrivants échouent dans les gigantesques slums -bidonvilles, villamiserias, poblaciones, chabolas, favelas, callampas, cantegriles- qui saturent la ville, Kamrangirchar, le plus grand de tous, est une île sur la rivière Buringanga ".

* Les citations du livre sont entre guillemets et en caractères rouges. J'ai remplacé "hommes" par humains, il n'y a pas de raison. Et mon clavier ne comporte pas les accents sur le i et le o de Martin Caparros.

dimanche 31 juillet 2016

Masculinité toxique : déni des hommes libéraux

Cette semaine je vous propose avec son accord cet article de @MayorWatermelon, environnementaliste radical, pro-féministe, selon son profil Twitter. Les tueries de masse individuelles (Andreas Lubitz), d'extrême-droite -Anders Breivik-, les actes terroristes dijhadistes : Paris, Orlando, Nice, Munich, Saint-Etienne du Rouvray..., pour ne citer que les plus récents, sont perpétrés par des hommes à 99 %. Prenant conscience de l'horreur, des mouvements libéraux aux USA, mais aussi en Europe, -souvent masculinistes- souhaitent restaurer l'image du masculin en promouvant une "masculinité saine". Cet article leur répond.

Mass killers don't have a warp view of masculinity -liberal men do " - texte original en anglais.
" Les tueurs de masse n'ont pas une vision pervertie de la masculinité, mais les hommes libéraux, oui.


Il y a quelque chose de mauvais chez les hommes, quelque chose d'évidemment, indéniablement, tragiquement mauvais.
 
Il y a quelque chose qui nous conduit à violer, battre, acheter et vendre des femmes. Il y a quelque chose qui nous conduit à transgresser, puis à en rire, et à atteindre l'orgasme à travers cette transgression. Il y a quelque chose qui nous conduit à nous tuer les uns les autres, à exécuter nos partenaires et nos enfants.

Quelque chose nous conduit à brûler des cités entières, à lâcher des bombes, à déclarer des guerres et envahir les nations, à conquérir des terres libres et les faire nôtres. Et il y a quelque chose qui nous emmène dans des salles de cinéma, des centres commerciaux, des écoles élémentaires, avec des fusils en bandoulière.

Nous avons concocté tant de raisons pour faire ce que nous faisons : la Religion, la politique, la maladie mentale, la nature humaine, une folle fierté. Pourtant les femmes pratiquent aussi des cultes, votent, tombent malades, partagent également l'entière expérience humaine, tout ça sans pour autant décider de tuer des étrangers dans une ultime explosion de violence.

Les femmes commettent peut-être un dixième de tous les meurtres, et moins d'un dixième d'un pour cent de toutes les tueries de masse. Quand on enlève du panel des tueurs toutes les femmes qui tuent en situation de légitime défense des agresseurs étrangers ou des partenaires, le chiffre descend encore. Nier la nature spécifique des atrocités masculines est se duper soi-même.

Il y a une psychologie, pas une biologie, qui accompagne ces crimes ; nous ne tuons pas pour ce que nous sommes, mais pour qui nous sommes. Un système de croyances sur le monde, une collection de désirs et de fantasmes déterminent la signification de la masculinité beaucoup plus que la densité osseuse ou la forme génitale. Cette idéologie est la même, que ces crimes soient commis en privé contre une épouse ou une amie, ou fièrement contre le reste du monde vivant.

Le droit, la rage, la brutalité, le désir pathologique de franchir les frontières de l'Autre définit aussi bien Christophe Colomb et Andrew Jackson*, que Ted Bundy* ou Eric Harris*. Ces actes sont unis par un ensemble de traits, liés ensemble à travers l'histoire. Il y a un mot pour ce qui ne va pas chez les hommes. Il y a un tas de mots, bien sûr. Mais il y a un seul mot qui signifie tous les autres.

Le mot pour ce qui est mauvais chez les hommes apparaît momentanément dans toutes les tueries de masse, mais il est toujours accompagné. Ce mot est masculinité, et ses addenda sont nombreux dans le discours public : Confus. En crise. Défectueux. Perverti. Un article récent proclame que les hommes tuent sur des parkings d'universités parce qu'on leur enseigne une "vision défectueuse de la masculinité". Un autre se lamente sur la façon dont l'Amérique nourrit "des conceptions toxiques de ce qu'est être un homme".

Ce qu'implique l'omniprésence de ces adjectifs est clairement que la violence masculine a ses racines dans une incompréhension fondamentale de la nature de la virilité, pas de la virilité elle-même.

Il y a sûrement pas mal d'hommes dont la compréhension de la masculinité est tragiquement une illusion -malheureusement, ce sont ceux qui écrivent tous ces éditoriaux, pas ceux qui tirent dans les écoles. Les hommes qui tuent ou violent au hasard, ceux qui battent leur femme et leurs enfants à mort ne se trompent pas sur la masculinité. Leur violence psychotique, leur vide émotionnel, leur cruauté aveugle, montrent qu'il la comprennent parfaitement -mortellement bien.

Répondre au rejet par une femme en tirant sur neuf étrangers puis sur soi-même, c'est exprimer le diktat d'une masculinité dans sa forme la plus concentrée : exigez ce que vous voulez. Utilisez la violence pour le prendre. Détruisez ce que vous ne pouvez avoir. C'est l'idéologie de la virilité. Il n'y a rien de défectueux, confus ou imparfait à son propos. Et ce n'est pas non plus une forme toxique de quelque chose de bénin ailleurs.

La vraie confusion toxique de ce que signifie la masculinité se trouve chez les réformateurs, ces hommes qui espèrent remplacer dix mille ans de psychologie de la domination par une "masculinité saine" composée de gentillesse, de compassion, de leadership et de désir de disposer. Il n'y a aucun moyen de façonner une psychologie sex-spécifique à partir d'une décence humaine de base. Ces traits se sont manifestés à travers l'histoire par les hommes comme par les femmes ; mais la violence de hasard et les explosions de rage sont généralement du domaine des hommes.

Il n'y a jamais eu besoin d'un mot pour décrire la psychologie d'un homme adulte sain et fonctionnel en dehors de c'est une "bonne personne". Il y a eu, cependant, un très pressant besoin de créer un mot pour les qualités dont les hommes ont besoin pour garder leur pouvoir sur les femmes.

La plupart des traits qui définissent la notion libérale de "masculinité saine" ne peuvent être débarrassés de leurs racines patriarcales. Il n'y a rien de sain dans la notion que les hommes sont les uniques pourvoyeurs, défenseurs ou leaders. Historiquement, l'association hommes et protection accompagne l'association femmes et propriété, tout comme le rôle de mâle leader existe avec le parallèle de la femme disciple.

Ces interprétations supposées éclairées de la masculinité reposent sur et perpétuent un système de division genrée où les hommes maintiennent un contrôle tacite sur les femmes. La vision réellement progressiste qu'aucun comportement n'est valable plus ou moins en fonction de son appareil génital, n'a aucune place dans le réformisme néo-romantique de la virilité moderne.

La notion libérale de "masculinité saine" est soit un détournement, soit un mensonge. Détourner la masculinité en un terme vide non distinguable
d' "humain décent" peut être a-historique ou dénué de sens, ou le fait d'un patriarcat bénin qui confirme la stratification sexuée au cœur du pouvoir mâle. Mais ce que cela ne peut être, c'est un antidote à la psychologie militarisée de la domination qui conduit aux atrocités masculines allant des tueries de masse aux génocides.

Il y a quelque chose de mauvais chez les hommes -quelque chose d'évidemment, d'indéniablement, de tragiquement mauvais. Cependant ce n'est pas particulièrement perçu comme mauvais par les hommes en ce sens que les explosions de violence font beaucoup pour maintenir et renforcer la main de fer du pouvoir que nous avons sur les femmes. Le concept de "masculinité saine" permet aux hommes libéraux de partager ce pouvoir incontesté tout en prenant leurs distances par rapport au sale travail requis pour le maintenir.

Célébrer une masculinité saine, c'est célébrer une version aseptisée du massacre, quelque chose qui nous accorde l'entrée dans un club exclusif, sans exiger de sacrifice. Un homme pourrait être tendre, faire l'amour avec douceur, pleurer occasionnellement, le tout dans le confort de l'idée que pendant qu'il pleure, réconforte et baise, d'autres hommes hurlent, battent et violent, pour s'assurer que son pouvoir reste incontesté ?

Si nous voulons sérieusement mettre un terme aux tueries de masse, et dans une moindre mesure au viol et à la violence conjugale, nous ne pouvons pas nous permettre de nous exonérer de ces crimes en utilisant les mots "toxiques", "confus", ou "perverti". La masculinité en elle-même est toutes ces choses bien sûr, invariablement toxique, invariablement confuse, et invariablement pervertie. Mais si la compréhension que les hommes violents ont de la masculinité est chez eux bien repérée, ceux qui fantasment une masculinité purgée de la violence et de la cruauté, ceux-là se trompent désespérément de projet.

La société ne nous enseigne pas des idées toxiques à propos de la virilité. Elle nous apprend une idée toxique appelée virilité -une idée dont quantité de réformes ne pourront faire l'économie. "
@MayorWatermelon

*Respectivement, après Colomb découvreur de l'Amérique, donc colonisateur précurseur, 7ème Président des Etats-Unis, tueur en série et tueur de masse.

dimanche 24 juillet 2016

Végane contre Cro Magnon #Round1

J'ai trouvé cette amusante quoique didactique vidéo sur Twitter. Jihem Doe (@JihemDoe), un végane a déniché, on ne sait comment, dans les profondeurs du Net, un CroMagnon plombant expliquant pourquoi il n'est pas "vegan" (prononcer végan en nasalisant pour faire couleur locale authentique) et comment les "végans" lui cassent les couilles, en atteignant comme il se doit le caricatural point Godwin qu'on ne présente plus : vegan = nazi. Jihem Doe, sur sa chaîne Youtube, démonte point par point ses arguments pendant le temps de cuisson de son boulgour (?) et en faisant surtout un gros boulot de montage d'images et de sons. C'est argumenté, efficace, enlevé et très drôle. Et c'est parfait pour l'été. Enjoy.



PS : En ces périodes de férias qui se perpétuent malgré l'état d'urgence car, "il est important que nous conservions notre art de vivre" SIC, ai-je entendu sur Itélé à propos de Bayonne, je dédie cette image aux villes taurines qui dérogent aux lois de la République et à la démocratie (73 % des français sont contre), une honte qui se perpétue à cause d'une tolérance à la loi pour cause de tradition machiste.
Stop à l'exception,
Stop à la cruauté,
Stop aux pratiques de la virilité,
Stop au machisme,
Stop à la torture des animaux.

"Les animaux sont des êtres sentients" Traité d'Amsterdam - 1997 - Ratifié par la France en tant qu'extension du Traité de Rome.

samedi 16 juillet 2016

La maison des hommes

"Ô pourquoi Dieu Créateur sage qui peupla les plus hauts cieux d'esprits mâles, créa-t-il cette nouveauté sur la terre, ce beau défaut de la 
nature ? Pourquoi n'a-t-il pas tout d'un coup rempli le monde d'hommes comme il a rempli le ciel d'anges sans femmes ? Pourquoi n'a-t-il pas trouvé une autre voie pour perpétuer l'espèce humaine ? Ce malheur ni tous ceux qui suivront ne seraient pas arrivés..."
John Milton - Le Paradis perdu

Ségrégation sexuelle, exclusion des femmes, entre-soi masculin :
Je vous propose cette semaine un texte de Kate Millet, tiré de La politique du mâle, texte dans lequel elle évoque la ségrégation sexuelle imposée aux femmes par la société patriarcale. Dans nos sociétés "modernes", cela perdure dans les cérémonies de bizutage/initiation (prohibées par la loi) dans certaines écoles et corps militaires, et via des agressions sexuelles (partis politiques, pompiers : une affaire récente à Halifax) envers les femmes qui tentent de faire carrière dans des corporations masculines et qui se font ainsi rappeler qu'elles n'y sont pas légitimes, sauf à en accepter les immuables "traditions" humiliantes de la maison des hommes. Laquelle est, comme les armes et les outils, taboue pour les femmes.

" Typiquement le mythe patriarcal postule un âge d'or qui aurait existé avant l'arrivée des femmes ; en même temps, ses pratiques sociales permettent à l'homme de se libérer de leur compagnie. La ségrégation sexuelle est si répandue qu'on la rencontre partout. Dans les patriarcats contemporains, presque tous les groupes puissants sont composés d'hommes. Mais ceux-ci forment aussi d'autres groupes qui leur sont réservés à tous les niveaux. En règle générale les groupes de femmes ont un caractère auxiliaire, imitent les objectifs et les méthodes des hommes, s'occupent de choses peu importantes et éphémères. Il est rare qu'ils fonctionnent sans recourir à l'autorité masculine : les groupes religieux font appel à l'autorité supérieure d'un membre du clergé, les groupes politiques à celle de législateurs mâles, etc.

Là où il y a ségrégation sexuelle, les différences de comportement imposées par la culture deviennent très flagrantes. Cela est particulièrement vrai de ces organisations exclusivement masculines que l'anthropologie désigne généralement sous le nom de "maisons des hommes". Dans les sociétés primitives, la maison des hommes renforce l'expérience communautaire masculine au moyen de danses, de conversations, de divertissements et de cérémonies religieuses. C'est aussi un arsenal où sont entreposées les armes des mâles.

David Riesman a remarqué que les sports et quelques autres activités offrent aux hommes une solidarité et un soutien que la société ne prend pas la peine de fournir aux femmes. La chasse, la politique, la religion et le commerce peuvent jouer un rôle ; le sport et la guerre sont toujours le grand ciment de la camaraderie masculine. Les spécialistes de la culture dite de la maison des hommes, de Hutton Webster et Heinrich Schurtz à Lionel Tiger, sont souvent des patriotes du sexe, dont le but est de justifier l'apartheid que cette institution représente. Shurtz croit qu'un esprit grégaire et un désir de plaisirs fraternels pris au milieu de leurs pairs chassent les hommes loin de la compagnie inférieure et restrictive des femmes. Persuadé qu'un "lien instinctif" d'espèce mystique existe chez les mâles, Tiger exhorte néanmoins le public à préserver du déclin, grâce à un effort organisé, la tradition des hommes. Celle-ci a une autre fonction moins sympathique qui passe souvent inaperçue : elle est le centre du pouvoir dans un état d'antagonisme sexuel.

En Mélanésie, la maison des hommes joue plusieurs rôles : c'est à la fois un arsenal et l'endroit où ont lieu les cérémonies d'initiation rituelles réservées aux hommes. Son atmosphère n'est pas très éloignée de celle qui règne dans les institutions militaires du monde moderne : odeurs d'efforts physiques, de violence, de tueries, de pulsions homosexuelles. C'est là qu'on procède aux scarifications, qu'on fête les chasseurs de têtes, qu'on fait assaut de vantardises. Là qu'on "endurcit" les jeunes gens sur le point de devenir adultes. Dans la maison des hommes, ces garçons occupent une situation si inférieure qu'on les appelle souvent "les femmes" de leurs initiateurs, ce terme de "femme" impliquant à la fois leur infériorité et leur état d'objet sexuel. Ceux qui n'ont pas encore subi les épreuves suscitent l'intérêt érotique de leurs supérieurs, relation que l'on rencontrait aussi dans l'ordre des samouraï, dans le clergé oriental et dans le gymnase grec. La sagesse primitive décrète que pour inculquer au jeune l'éthique masculine, il faut d'abord l'intimider en lui imposant un statut de tutelle, celui de la femme. Ce commentaire d'un anthropologue s'applique aussi bien à la pègre de Genet, ou à l'armée américaine de Mailer : "Il semblerait que les brutalités sexuelles exercées sur le jeune garçon et l'effort fait pour le transformer en femme rehaussent le désir de puissance du guerrier plus âgé, satisfont son hostilité à l'égard du concurrent mâle qui s'achemine vers la maturité, et enfin, quand il l'introduit dans le groupe des hommes, renforce la solidarité masculine par le biais de cette tentative symbolique dont le but est de se passer des femmes". Il est courant dans le patriarcat que les mâles les plus faibles soient assimilés aux femmes. Comme tout processus secret, l'initiation, une fois subie, crée des disciples qui en seront toujours les ardents défenseurs et qui infligeront avec joie leurs souffrances passées au nouveau venu.


Il existe un terme psychanalytique pour désigner le ton adolescent qui imprègne la culture dite de la maison des hommes : c'est "l'état phallique". Citadelles de la virilité, ces institutions renforcent les caractéristiques du patriarcat les plus fortement orientées vers le pouvoir. L'anthropologue et psychanalyste hongrois Géza Roheim souligne le caractère patriarcal de cette organisation dans les tribus pré-alphabétisées qu'il a étudiées : il parle, en définissant leurs pratiques communautaires et religieuses, d'un "groupe d'hommes unis dans le culte d'un objet qui est un pénis matérialisé et excluant les femmes de leur société". Le ton et la culture dite de la maison des hommes sont sadiques, orientés vers le pouvoir, homosexuels de façon latente, fréquemment narcissiques dans leur énergie et leurs mobiles. Il est clair que le pénis y est considéré comme une arme, souvent mise en parallèle avec les autres. La pratique qui consiste à châtrer les prisonniers est en elle-même un commentaire sur la confusion culturelle qui s'établit entre l'anatomie et le statut d'une part, l'armement de l'autre. L'aura qui entoure la camaraderie masculine en temps de guerre provient en grande partie de ce que l'on pourrait appeler "une sensibilité dans le style de la maison des hommes". Ses aspects sadiques et brutaux  se déguisent en gloire militaire et adoptent une forme particulièrement écœurante de sentimentalité masculine. Cette tradition est très présente dans notre culture, et l'on peut considérer l'intimité héroïque d'Achille et de Patrocle comme sa première formulation dans la littérature occidentale. Il est possible d'en suivre le développement à travers l'épopée et la saga jusqu'à la chanson de geste. Elle fleurit encore dans le roman et le film de guerre, sans parler de la bande dessinée. "  Kate Millet

Édition de poche Points Actuels- Pages 63 64 65 - Les caractères gras sont de mon fait.

jeudi 7 juillet 2016

Introduction au carnisme - Melanie Joy

Il y a quelques temps, le mari d'une amie enceinte annonçait la prochaine naissance à ses collègues de travail ; après l'avoir félicité,ceux-ci sachant qu'il est végétarien* lui posent la question qui leur brûle les lèvres : "Et bien sûr, ta femme et toi allez imposer à votre bébé votre mode d'alimentation végétarien ? Réponse du futur père : "Exactement, on va faire comme vous qui imposez sans questionnement à vos enfants la violence de la viande, nous on va le nourrir sans violence. Quand il/elle sera adulte, elle choisira, nous lui aurons donné tous les éléments de réflexion."


" Le carnisme est le système de croyances qui nous conditionne à manger certains animaux ".
Le carnisme est une idéologie invisible dominante et inquestionnable, une norme qui maintient la société sous son emprise par tous moyens à sa disposition : politiques, lobbying, mensonges à répétition qui font à force,comme on le sait, une vérité, un processus naturaliste, une construction sociale qui se fait passer pour naturelle. A tel point que toute personne qui la conteste est désignée comme "extrémiste irrationnelle", impliquant qu'en face on n'a que des "modérés rationnels". La logique serait de leur côté. Tout comme Aristote, grand logisticien, se référant à la biologie, "soutenait que les hommes étaient naturellement supérieurs aux femmes, et que les esclaves étaient biologiquement conçus pour servir les hommes libres", selon la norme de son temps.

" Tout ce qui est sans nom, qui n'est pas dépeint en images [...] tout ce qui est mal nommé en tant que quelque chose d'autre, est rendu difficile a appréhender, tout ce qui est enfoui dans la mémoire par l'effondrement du sens dans une langue inadéquate ou mensongère -cela deviendra non pas seulement tacite, mais indicible ".
Adrienne Rich - Poétesse et essayiste féministe

De la même façon que le féminisme s'est dressé contre l'idéologie patriarcale "idéologie dans laquelle la masculinité est plus valorisée que la féminité" et "qui existait depuis des milliers d'années avant que les féministes ne la nomment", en rendant visibles ses mécanismes oppresseurs et sa rhétorique, le mouvement social des végétariens* se dresse contre l'exploitation des animaux et son aboutissement : le carnisme.  En faisant cela, les deux mouvements rendent visibles des constructions sociales qui toutes deux se présentent benoîtement comme "naturelles" : les hommes mangent de la viande, c'est "normal, naturel et nécessaire", ils en ont besoin pour se res-taurer, les femmes sont "complémentaires" des hommes puisqu'elles font les petits, tout cela est donc "naturel", le tour est joué, circulez, il n'y a rien d'autre à voir ! Évidemment, en rendant visible l'oppression, les deux mouvements déclenchent de l'hostilité et la résistance de la forteresse assiégée !

Le carnisme, idéologie violente, invisible et antidémocratique, norme et matrice sociale, fonctionne sur des mythes

Le mythe des protéines animales, seules aptes selon la croyance carniste à reconstituer la masse musculaire est de ce fait soutenu par les hommes (mâles) qui l'associent à leur puissance musculaire alors même que l'on sait qu'il existe des champions olympiques végéta*iens. Et mythe à l'intérieur du mythe, "paradoxe à l'intérieur de toute idéologie violente : on doit continuer à tuer afin de justifier tous les meurtres déjà commis".
Mythe de la prolifération animale : si on arrête de les manger, les animaux vont "envahir" la planète ! Si, je vous jure, je le lis et l'entends ! Si on arrête de manger de la viande on arrête de faire se reproduire les MILLIARDS d'animaux d'élevage : l'envahissement vient de la production des animaux d'élevage pour la viande.
Mythe économique : si tout le monde devient végéta*ien, que vont devenir les milliers d'emplois générés par l'agro-industrie ? Figurez-vous que les végéta*iens mangent trois fois par jour eux aussi, et qu'il s'agit de réorienter l'agro-alimentaire vers d'autres productions végétales et de transformation des végétaux en substituts et plats cuisinés. Nous ouvrons un large champ de recherche à la R&D -Recherche et Développement-.
Mythe du libre-arbitre : nous naissons, vivons, mourons dans un monde carniste qui n'offre aucune alternative. "Les normes nous maintiennent dans le rang en nous montrant le chemin à suivre et en nous enseignant comment être adapté. Le chemin de la norme est celui de la moindre résistance". "En pratique et d'un point de vue social, il est bien plus facile de manger de la viande que le contraire. La viande est disponible partout, alors que les alternatives sans viande doivent être activement recherchées" et peuvent être difficiles à trouver. Le libre-arbitre est un trompe l’œil avec choix quasi inexistant.
Sauf à voir son steak comme un animal mort.


The Matrix : "Blue pill, red pill, you choose, Neo !". Comme la Matrice patriarcale, la Matrice carniste, système de pensée, construction sociale basée sur des mensonges ou une vérité dissimulée -essayez de rentrer dans un élevage hors-sol ou un abattoir pour voir-, nous maintient au sein d'un système aliénant invisible, donc inquestionnable.

Pour la mieux voir, on peut évoquer les victimes collatérales du carnisme, les premières victimes étant les animaux (pour celleux qui auraient vécu jusqu'ici dans un caisson hyperbare, allez voir le site de L214 pour savoir ce qui leur arrive vraiment dans l'industrie de la viande), l'holocauste auquel nous les soumettons : des milliards (10 milliards chaque année rien qu'aux USA sans compter les poissons jamais comptés individuellement, mais en tonnage) d'animaux élevés, maltraités puis envoyés à l'abattoir JEUNES, puisque nous ne consommons que des animaux jeunes. Puisque pour certain.es les animaux sont fait pour "être mangés, autrement, ils perdent tout intérêt" voici les autres victimes du carnisme :
- Les ouvrières et ouvriers des abattoirs : conditions de travail dangereuses et insalubres, rendements maximum exigés, sous-traitance au moins-disant social, travailleurs déplacés, violations des droits humains. Dommages psychologiques : engourdissement de l'empathie pour pouvoir continuer à tuer, avec les PTSD (syndromes post-traumatiques) non soignés qui s'ensuivent, car ils sont exposés sans arrêt à des situations de violence infligée aux animaux qui les obligent à dissocier leur personnalité.
- La planète et l'environnement : fortes émissions de GES contribuant au changement climatique, destructions de forêts primaires et dégradation des terres, destructions de paysages et déplacements de communautés autochtones, intrants polluant les cours d'eau et nappes phréatiques, la Bretagne paie ainsi un lourd tribut au carnisme en produisant des algues vertes enlevées l'été aux frais de tous les contribuables.
- La santé humaine : menace de virus provenant d'élevages concentrationnaires ayant franchi la barrière des espèces, résistance aux antibiotiques, épidémie mondiale d'obésité, cancers et autres maladies dites "de civilisation".
- La démocratie : syndicats d'éleveurs lobbies alors même que leurs effectifs baissent de 25 % tous les 10 ans, conflits d'intérêts, le lobby laitier et de la viande qui vont dans les écoles "évangéliser" les élèves et les maintenir dans la croyance carniste, syndicaliste-ministre, tel Luc Guyau, président de la FNSEA devenu ministre de l'agriculture pour ne citer que ce seul exemple. Aucun végéta*ien n'est représenté à l'Assemblée Nationale ni au Sénat.

S'ouvrir à la compassion envers tous les êtres vivants, sortir de l'engourdissement (numbing), refuser la dissociation de la personnalité, voir enfin les angles morts, devenir un témoin, PRENDRE PARTI, sortir des sentiers imposés du carnisme, sortir de la neutralité morale qui n'existe pas : "La neutralité aide l'oppresseur, jamais la victime" selon Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix, "toutes les révolutions ont été rendues possible par un groupe de personnes qui ont choisi de se porter témoin et d'exiger que les autres se portent également témoins".

" Un jour, nos petits-enfants nous demanderont: "Où étais-tu pendant l'holocauste des animaux ? Qu'as-tu fait pendant ces crimes terrifiants ? Nous ne pourrons pas leur offrir la même excuse une seconde fois -dire que nous ne savions pas ".
 -Helmut Kaplan.

Ce billet n'est qu'un court résumé : lisez le livre de Melanie Joy !
Chapitre 1 : Aimer ou manger ?
Chapitre 2 : Le carnisme : "Ainsi va le monde"
Chapitre 3 : Les choses telles qu'elles sont vraiment
Chapitre 4 : Dommages collatéraux : les autres victimes du carnisme
Chapitre 5 : La mythologie de la viande : justifier le carnisme
Chapitre 6 : De l'autre côté du miroir : le carnisme intériorisé
Chapitre 7 : Se porter témoin : du carnisme à la compassion.

oOo

La forteresse assiégée se défend

Jeudi 30 juin, à l'appel du Collectif 269 Life, une nuit debout devant 30 abattoirs (sur 260 environ en France) a été organisée via les réseaux sociaux, et annoncée par un communiqué de presse dans la presse quotidienne régionale (PQR). En réaction immédiate le lobby de la viande, curieusement représenté par un syndicat agricole minoritaire la Coordination rurale, décide de s'inviter à cette nuit debout, pour faire bon poids face aux défenseurs des animaux avec le slogan "Touche pas à mon entrecôte". Décidément, ce slogan publicitaire né dans les années 80 aura été détourné par quelques combats d'arrière garde dont le désormais célèbre "Touche pas à ma pute" des anti-abolitionnistes de la prostitution.  Personnellement, j'ai participé à cette nuit debout devant l'abattoir SVA - Intermarché de Vitré. Aussi, arrivée dans les premières sur les lieux, je constate avec surprise que la Coordination Rurale occupe déjà en force le rond-point face à l'entrée de l'abattoir, et que les gendarmes sont également là, craignant la castagne ! C'est du moins ce qu'illes m'ont dit quand je les ai interrogé.es, après m'être garée à côté de la voiture bleue d'Europe 1 : j'apprendrai le lendemain que c'était François Coulon, correspondant pour l'Ouest, dont je n'ai pas reconnu la voix, qui était en face de nous une bonne partie de la soirée. Étaient là également Ouest-France, un représentant d'Interbev et un officier des Renseignements Généraux ! Les autres militant.es de 269 Life sont arrivé.es les dernières vers 21 H avec leurs paniers de fleurs, leurs bougies et leurs affiches représentant des animaux écorchés, des pièces d'abattoirs : de dangereuses terroristes, comme tout le monde a pu constater ! Les végéta*iens, difficiles à compter, mais dont on pense qu'illes sont entre 3 et 5 millions en France, représentés nulle part et surtout pas aux Parlement ni au Sénat, font PEUR ! C'est la conclusion qu'il faut tirer de cette expérience.

Les Coordination rurale nous ont enfumé.es avec leurs barbecues de saucisses grillées, la lecture du communiqué de 269 Life a été interrompue deux fois par des motards (à gros engins entre les jambes) qui sont venus faire rugir leurs moteurs en sur-régime et polluer le rond-point avec leurs gaz d'échappement, mais hormis ces dénis de prise de parole et de droit à respirer un air pur, il n'y a pas eu de violences. Au fond, on était plutôt flatté.es d'avoir dérangé autant de monde. Evidemment, le lendemain, Europe1 diffusait un "reportage" d'une minute et demie bien orienté carniste, et le philosophe "maison" Raphaël Enthoven nous traitait d'anthropomorphistes -SIC- en convoquant le ban et l'arrière ban du gratin de la philosophie viandarde patriarcale. Souhaitons à Raphaël Enthoven (moi je ne parie pas) une aussi longue notoriété que celle de Pythagore, philosophe - mathématicien antique ET végétarien !


Pour voir les photos incluses dans le tweet, chez moi, il faut cliquer une fois puis une autre fois pour pouvoir dérouler les images en format plus lisible.

* J'emploie le mot végétarien pour désigner l'ensemble des végétaliens et végétariens, ou je mets une * : végéta*iens.
Les citations tirées du livre sont en italique.

samedi 2 juillet 2016

Ainsi soit-elle - RIP Benoîte Groult

Le féminisme n'a jamais tué personne, le machisme, lui, tue tous les jours ".
Benoîte Groult - 1920 -2016


Benoîte Groult vient de disparaître à 96 ans : romancière, journaliste, et féministe française, elle n'a toutefois jamais été adhérente au MLF. A la demande générale d'une de mes lectrices blogueuse :D, La ligne 13, déplorant que les nouvelles générations de femmes ne la connaissent pas, j'ai cherché dans ma bibliothèque personnelle et j'y ai trouvé deux de ses livres : Ainsi soit-elle et Le féminisme au masculin, parus respectivement en 1975 et 1977. Ces livres sont toujours disponibles en édition de poche.

Ainsi soit-elle fait l'inventaire des torts causés aux femmes depuis le début du patriarcat (autant dire depuis la nuit des temps), des injustices infligées par les sociétés humaines à la moitié de leur population, à travers citations littéraires, description de traditions inamovibles, et une solide documentation basée sur des exemples tirés de la vie de tous les jours. Benoîte Groult y dénonce pour la première fois publiquement la pratique de l'excision. Ce livre est évidemment plus facile à lire que Le deuxième sexe, et même s'il comporte quelques anachronismes puisqu'il a 40 ans, il tient toujours la route et permet de se forger une conscience politique féministe, puisque contrairement à la pensée répandue que les femmes auraient tout gagné, le féminisme n'est pas un combat d'arrière-garde.
A lire ou relire, et faire lire, donc.
Dans Le féminisme au masculin, deux ans plus tard, elle rend gentiment hommage -ne nous fâchons pas avec les hommes- à ces quelques mâles précurseurs (notez que ce mot ne prend pas de féminin !) qu'étaient Poulain de la Barre, Condorcet, Stuart Mill, Saint-Simon et Charles Fourier qui, à contre-courant des préjugés de leur époque, promouvaient l'éducation des filles et l'égalité, conditions de tout progrès humain. Le livre ne fait que 183 pages, à ne pas reprocher à l'autrice, c'est juste que ce sont des oiseaux rares, des exceptions confirmant la règle ! Encore aujourd'hui, ces gars-là restent des curiosités anthropologiques ayant fait peu d'émules !

Alors qu'on te pensait éternelle, tu nous manques déjà Benoîte Groult, bretonne de cœur. Espérons que Clohars-Carnoët, ville du "Finistère, [t]on artère coronaire, celle qui mène droit au cœur " va vite donner ton nom à une de ses rues, ils te le doivent bien : Ainsi soit-elle y a été écrit, et dans ta belle préface, tu rends un superbe hommage à la Bretagne, terre de ton enfance et d'un de tes maris Paul Guimard, ton "chez toi" : "Je pars chez moi écrire un livre dont le sujet ennuie d'avance bien des gens..." ainsi commence Ainsi soit-elle.
" Comment peut-on être breton ?*
Comment peut-on être une femme ?
Car la féminitude est aussi une patrie ". Benoîte Groult

*Morvan Lebesque 

mardi 28 juin 2016

Contrôle des femmes, impensé de la violence masculine

Malgré les tueries de masse à répétition dont sont affligés les USA, le contrôle des armes et des gens qui les possèdent est apparemment impossible. Il me paraît intéressant de partager cet écran récupéré sur les réseaux sociaux lors de la tuerie d'Orlando par un terroriste islamiste. Evidemment, il décrit en pastichant ce par quoi passent les femmes qui veulent une IVG dans certains états US, mais il rappelle aussi la fragilité des lois concernant les femmes partout et nous appelle à la vigilance sur nos droits. Des obscurantistes ragaillardis par le retour du religieux se verraient bien nous le retirer. Ils font du lobbying en ce sens : reprendre le contrôle du ventre des femmes les démange.



"Et si nous traitions chaque homme qui veut acheter une arme comme chaque femme qui veut une IVG : période obligatoire d'attente de 48 H, permission parentale, un certificat d'un médecin prouvant qu'il comprend ce qu'il va faire, visionnage d'une vidéo montrant les effets de la violence des armes, et un bâton à ultrasons enfoncé dans l'anus (juste comme ça). Fermons tous les magasins vendant des armes dans tous les états sauf un, faisons-le voyager des milliers de miles en prenant sur ses congés payés, et séjourner une nuit dans une ville inconnue pour acheter son fusil. Faisons le traverser une ribambelle de gens montrant des photos de leur proches tués par armes à feu, des gens qui le proclament meurtrier et le supplient de ne pas acheter cette arme. 
Ce serait plus sensé de faire tout cela avec les jeunes gens qui veulent une arme plutôt qu'avec des jeunes femmes qui veulent un avortement..."

" Les utérus des femmes, plus contrôlés que les armes ! "


Contrôler les femmes, c'est leur grande affaire depuis la nuit des temps. En revanche, contrôler la violence masculine, c'est mission impossible : risque d'émasculation. Cette violence, mélange de rage, de frustration et de sentiment de perte, n'est même pas désignée comme telle, ni comme nuisible à la société. Et comme on ne peut pas lutter contre un impensé, contre un innommé, nous allons subir la violence machiste encore et encore.

Lien pour éviter les faussaires qui mésinforment sur le sujet : Mon corps, mon droit, le site gouvernemental pour tout savoir sur l'IVG.

jeudi 23 juin 2016

Avant comme après le 26 juin : NDDL, c'est toujours NON !

Actualisation 26 juin : les habitants de Loire-Atlantique ont dit oui au transfert ! Back to the sixties.


Le 26 juin, les habitants de Loire-Atlantique sont appelés à voter pour ou contre le transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique existant Sud Loire à Nantes, vers le site de Notre-Dame des Landes (NDDL). De projet inter-régional, d'intérêt national, le vieux projet d'aéroport à NDDL datant du siècle dernier (des années 60, pour accueillir le Concorde) se voit donc rétrogradé en projet départemental, ce nouveau contour convenant mieux au pouvoir qui le soutient. Les sondages leur indiquent en effet que les habitants de Loire-Atlantique seraient favorables au transfert. Piteux.



Comme ce blog a suivi et soutenu le combat des zadistes lors des différentes tentatives d'évacuation dès octobre 2012, combat, je le rappelle, soutenu au début par les seul.es blogosphère et réseaux sociaux, les médias nationaux n'en soufflant mot, je soutiens le NON, alors que je pense que ce référendum est une parodie de démocratie. Au nom des pourtant timides décisions signées lors de la COP 21 à Paris en 2015, au nom de la biodiversité et des espèces endémiques (végétales et animales) qui habitent là, au nom du climat, contre la terraformation que l'espèce humaine inflige à la planète, au nom de la nature que l'hybris patriarcale épuise irresponsablement et sans frein, et plus immédiatement, en tirant les leçons de l'expérience des inondations provoquées par la vitrification des terres, puisque nous transformons depuis des siècles des zones humides et des marais éponges en toiles cirées propices au ruissellement :

Le 26 juin, il faut voter contre ce projet mortifère. 
NON au transfert de l'aéroport de Nantes à Notre-Dame des Landes.



Photo aimablement transmise par @cloudin_bluesky

Si vous ne résidez pas en Loire-Atlantique mais estimez votre avis légitime pour cette consultation, vous pouvez participer jusqu'au 25 juin à la votation citoyenne organisée par Agir pour l'Environnement.