mercredi 18 janvier 2017

Némésis

Je vous propose cette semaine un billet du blog de Volu Bilis : la biographie de Némésis, Grande Déesse primordiale d'avant le patriarcat qui a certainement inspiré le dieu des religions révélées (petit copier-coller revanchard) lors du grand Renversement où les déesses-mères ont été chassées des spiritualités humaines pour cause de faillite à nous protéger contre les catastrophes naturelles, et ont été remplacées par des dieux mâles, éruptifs et de colère : Jupiter puis Yahvé. Si Némésis n'est pas passée dans le langage en français, elle hante celui des anglo-saxons qui répètent à l'envi que tel ou telle va trouver sa némésis. Mais place à Volu Bilis.

Némésis - Alfred Rethel - 1837

" Némésis est une fille comme je les aime... Son nom vient du grec nemeinn qui signifie "répartir équitablement". Le surnom qu'on lui donne dans certaines tragédies antiques, Adrastée, signifie "celle à laquelle on ne peut échapper" ; on la surnomme aussi l'implacable.
Bref, une bonne copine à moi. Si vous la croisez, c'est plutôt mauvais signe, c'est pas une rigolote.

Cette -discrète- déesse de la mythologie grecque personnifie la vengeance divine, non pas cataclysmique et aveugle, mais juste et source d'équilibre. En quelque sorte, elle distribue les bons et les mauvais points. Elle punit tout particulièrement l'hybris, la démesure humaine masculine, celle qui consiste à se croire l'égal des dieux, le truc qui a poussé Prométhée à voler le feu de l'Olympe. Mais pas seulement : elle fesse les enfants désobéissants, venge les crimes d'infidélité ou massacre le trop grand bonheur des nantis. Ses attributs sont le sablier et la tige de mesure, la roue de la fortune, la balance, l'épée et le fléau..., elle est parfois ailée, ou montée sur un chariot tiré par des griffons (c'est quand même plus facile pour harceler de remords le quidam trop avantagé).

Némésis - Georghe Tattarescu - 1853

Elle punit Aura, une nymphe orgueilleuse qui avait mis en doute la virginité d'Artémis. Il est "amusant" de voir que les textes que j'ai trouvé affirment que le châtiment n'a pas été aussi cruel que l'aurait voulu Artémis, qui voulait la voir changée en statue par Némésis... or sa punition consista a être violée par Dyonisos, lui retirant la virginité dont elle était si fière.

D'ailleurs, Némésis se fera surprendre à son tour par Zeus qui courait tous les jupons du monde et au-delà. Elle repoussa longuement le dieu tout-puissant en prenant diverses formes animales, malheureusement Zeus en était tout aussi capable qu'elle. Feignant un jour d'être un cygne pris en chasse par Aphrodite, il se réfugia auprès de Némésis qui avait elle-même pris l'apparence d'une oie... blanche donc, puisqu'elle l'accueillit sous le tendre duvet de ses ailes avant de s'endormir. Suite à l'union qui ne manqua pas d'avoir lieu, elle pondit un œuf qui fut ensuite remis à Léda, femme de Tyndare. Il en sortit Hélène ainsi que Pollux. Ne vous étonnez pas, en suivant le lien, de lire que Léda est aussi considérée comme la victime de Zeus, c'est apparemment la famille tuyau-de-poêle, ces dieux de l'Olympe.

Némésis elle-même est née de parents inconnus. Parfois, elle n'a pas de père : quand elle naît, selon les versions de Nyx, la Nuit, ou d'Anankè, la Nécessité, le Destin, ou encore de Dikè, la Justice, elle naît alors par parthénogenèse, une reproduction uniquement féminine ; d'autres fois, elle n'a pas de mère -elle a alors pour père Océan ou même Zeus. Ce flou artistique est peut-être dû au fait qu'elle est l'une des déesses les plus primitives, avatar de la Grande Déesse originelle. Cette primauté lui vaut de n'être pas soumise aux lois des dieux de l'Olympe et donc de pouvoir agir en toute autonomie.

Plus tard dans la mythologie latine, elle devient la patronne des gladiateurs. Ces hommes (et ces femmes) tâchaient de mériter leur gloire et leur fortune, ou encore de se racheter une conduite dans la douleur, un truc qu'elle devait kiffer !

Dès l'Antiquité, en encore aujourd'hui, le nom commun némésis désigne désigne la vengeance et la juste colère, et par extension, l'ennemi.

Mais, ce n'est pas tout. En 1984, un chercheur de l'Université de Berkeley, Richard A Muller, utilise son nom pour désigner une étoile hypothétique compagne de notre cher soleil. Hypothétique, car elle n'a jamais été observée ni même détectée.




On soupçonne son existence à partir de la périodicité des grandes extinctions des espèces vivantes de la Terre, dont on l'accuse sans détour. Elle serait une toute petite étoile, plus légère, moins brillante que le Soleil, forte d'une période de 26 millions d'années. Lorsqu'elle est au plus près du soleil, elle fout un bronx monstre dans le Nuage d'Oort, où se trouve un grand nombre de comètes, ce qui provoque la ruée de ces corps célestes dans notre système solaire, et donc potentiellement sur notre planète. Ainsi seraient morts les dinosaures.

Quoique en cherchant un peu vous trouverez des allumés qui vous expliquent qu'elle est très réelle et très proche et serait responsable de l'inversion des pôles et des dérèglements climatiques, je vous rassure son existence est très contestée et, si tant est qu'elle existe, elle serait aujourd'hui logiquement à son apoastre, c'est à dire à son point le plus éloigné du soleil. La vengeance (avec un V comme Volu), c'est pas pour tout de suite."

PS par Hypathie  : pas pour tout de suite, sait-on jamais, à force de la tenter, les arbres ne montant pas au ciel, il vaut mieux recommander la prudence. Nous sommes tout aussi triomphants sur la planète que l'étaient les dinosaures, juste au moment où ils ont rencontré leur némésis.

Le billet écrit par Volu Bilis est par ici en suivant ce lien.

mardi 10 janvier 2017

Les poches sont politiques

" Les hommes ont des poches pour ranger des choses, les femmes ont des poches pour la décoration " Christian Dior

"Les hommes s'occupent à faire des choses, les femmes sont occupées à être regardées, qui a besoin de poches ?"
Au début tout le monde porte des sacs, la poche cousue sur le vêtement est une technologie avancée. Des sacs genre tote-bags, des pochons tissés ou en peau de bête au bout de bâtons, ou en bandoulière, sans doute pour transporter des bébés, de la nourriture, et des armes. Puis les sacs, ou bourses de toile (qui évoquent bien un petit sac), vont prendre toutes sortes de tailles et être accrochés à une ceinture, perdus dans des plis de vêtements amples pour éviter les vols ou d'être détroussé -le mot implique bien le déshabillage imposé- pour vous piquer votre monnaie d'or ou d'argent : se faire détrousser au coin d'un bois ! L'expression est restée dans le langage. Tout le monde a des bourses ou des aumônières accrochées à la ceinture ou au poignet. L'aumônière est portée aussi bien par les hommes que par les femmes. Puis à la Renaissance, les aumônières pour hommes disparaissent au profit de poches dans les vêtements, et, pour les femmes, par des châtelaines où elles accrochent leurs parfums, pièces, carnets... car les vêtements perdent en volume. Pas commode du tout l'aumônière, les femmes continuent à être encombrées de choses qui pendent. 



Au XVIIIème siècle, les hommes ont des poches cousues sur leurs vestes et pantalons, alors qu'à la même époque les femmes cachent sous leurs bustiers et paniers de lourds sacs décorés contenant tout ce qui peut leur servir : sels, carnets, clés, monnaie, montres, peignes, bref les mêmes choses qu'on trouve aujourd'hui dans les sacs à main de femmes.


Le réticule, ancêtre du sac à main, s'impose définitivement à la
Révolution : les mètres de tissus des robes d'avant disparaissent au profit d'une robe plus étroite, culminant en colonne, la ceinture sous les seins avec  l'Empire. Plus moyen d'y dissimuler des sacs dans les plis des vêtements. Le sac apparent, extérieur, s'impose aux femmes. Les vêtements des hommes ont eux définitivement adopté les poches cousues dans leurs pantalons et vestes. Or la Révolution française redéfinit les termes de propriété, de droits, de privé et de public. Les poches des femmes deviendraient des espaces privés où elles pourraient transporter ce qu'elles veulent : une arme pour se défendre, un pamphlet séditieux, après tout la Révolution peut aussi donner des idées aux femmes, et même pour un révolutionnaire, c'est dangereux ! Moins elles peuvent transporter de choses dans des poches, moins elles ont de liberté. Les hommes ne font que des demi-révolutions, le contrôle des femmes reste leur priorité, la révolution oui, mais pas pour tout le monde. Qui cuirait le dîner ?


A la fin du XIXème siècle souffle un vent de liberté : les corsets qui serrent la taille sont abandonnés pour des tenues plus rationnelles, des blouses et des robes déstructurées, des bloomers, même des pantalons qui favorisent le mouvement, notamment à bicyclette. Les poches abondent dans les vêtements, ceux des hommes peuvent en avoir jusqu'à 15. En 1899, le respectable New york Times proclame que plus on est civilisé, plus on a besoin de poches ! Le mouvement féministe, les Suffragistes, les Blue Sockings (bas-bleus), les femmes diplômées qui revendiquent les mêmes droits que les hommes renoncent aux vêtements étroits à la mode et se pavanent les mains dans les poches. D'autant que le costume de la suffragette en a plein, 7 ou 8 parfaitement visibles, et accessibles par sa propriétaire. Et commence à apparaître l'inquiétude qu'elles peuvent y cacher des choses secrètes, privées, voire dangereuses. Pour les hommes : rien n'est plus dangereux qu'une femme libre qui transporterait dans ses poches une arme pour se défendre ! 

Image du film "Les suffragettes" - Sarah Gavron - 2015

Insidieusement, les choses vont évoluer en faveur du sac : les couturiers hommes dessinent des vêtements de plus en plus étroits avec des poches minuscules à but décoratif, où il est impossible de rien glisser. Le sac, d'outil (in)commode est passé au statut d'accessoire de mode : il est donc devenu désirable. Les femmes l'assortissent à leur tenue et aux occasions ; elles y mettent leur vie : photos de famille, papiers d'identité, tube de rouge à lèvre, spray de défense, chéquier, mouchoirs, tranquillisants, téléphone, éventuellement pied de biche (c'est mon cas quand je voyage en voiture, on ne sait jamais, une serrure qui se bloque ou la clé qui tombe du mauvais côté, sans compter que si un quidam vient vous emmerder, il est dissuasif, celles qu'on a essayé de tuer sur les routes ou aires d'autoroutes comprendront !).

Vous l'avez compris, les femmes sont en-com-brées ! D'enfants, de paniers à provisions, de poussettes, de sacs A MAIN. C'était le but de la manœuvre : l'encombrement sied aux femmes. Il les empêche de courir et de courir vite, il les entrave, elles avancent ainsi moins librement dans la vie. Petite pochette pour le soir, elle ne peut rien contenir, même pas un trousseau de clés qui la déformerait, vous devenez dépendante des autres pour le ranger ; gros, il devient lourd et vous ne trouvez plus rien dedans, l'objet que vous cherchez est descendu au fond quand vous en avez le plus besoin. Pendant que les hommes se déplacent les mains dans les poches, "les femmes portent dans leur sac le poids de la famille". Et bien sûr tout ça est voulu, construit socialement. A nom de quoi les femmes devraient-elles transporter sur elles dans un sac leur vie privée, familiale et celle de leurs enfants, ou même une trousse de maquillage, alors que les hommes s'en dispensent* ? Parce qu'ils comptent sur nous pour faire mules pour transporter leurs affaires ? Les poches sont décidément politiques. Sortir les mains dans les poches -plusieurs grandes poches pouvant contenir une trousseau de clés, un mouchoir, et un petit livre, voire un spray d'autodéfense, est un acte d'émancipation. Mains libres, tout dans les poches, le nez au vent, éventuellement un chien sur les talons, la liberté et la légèreté, quoi ! Vivent les poches.


Ces 2 images trouvées sur Pinterest

Liens : Mon billet s'inspire librement de cet article en anglais :
The politics of pockets
Libération : Le sac, témoin de la place de la femme dans la société.
Chez Womenology : Le sac à main : révélateur du quotidien des femmes.

* Les hommes peuvent porter aussi des sacs : mon père allait au travail aux champs avec sa musette contenant son casse-croûte ; les ouvriers ont des besaces et des gamelles contenant leur repas ; les hommes d'affaires ont des attachés-cases et des mallettes d'ordinateurs ! Tous très relatifs à la fonction. Mais, avec l'avènement du métrosexuel, voici le sac pour homme (pas à main, quelle horreur, il ne doit surtout pas émasculer le viril) : sac de sport, sac à dos, sac polochon qui peut passer pour un sac de sport, et même cabas ! A lire cet amusant article de 2006 à propos des précautions employées pour ne surtout pas faire chochotte avec un sac quand on est un mec. D'ailleurs si vous êtes un homme à sac (à dos, polochon...) et que vous passez par ici, laissez-moi un commentaire pour me dire ce que vous y mettez, c'est intéressant. Merci d'avance.

vendredi 6 janvier 2017

Notre Dame des Landes : On veut garder notre grosse éponge !

J'ai trouvé sur Twitter ce petit film tourné au printemps 2016 par l'association Yemanja dans le bocage de Notre-Dame des Landes. A 20 Km au nord de Nantes, ce morceau de terre d'environ 1800 hectares à été conservé depuis les années 50 par le département de Loire-Atlantique qui a racheté les terres des paysans au fur et à mesure de leurs départs en retraite, dans le but d'y construire une piste d'aéroport pour le Concorde. C'est beau, c'est magnifique. Personne n'y a touché, les talus et les haies d'arbres y sont toujours, les paysans restants et les zadistes se contentant d'y vivre sans agresser le milieu. Ce morceau de terre est irremplaçable et si on le touche on ne le retrouvera jamais, dit Françoise Verchère, opposante au projet : ni le paysage, ni ses habitants animaux, insectes, végétaux..., ni les services qu'il nous rend ; la biodiversité y est exceptionnelle, il nous sert de grosse éponge contre le ruissellement des eaux sur les toiles cirées qui nous entourent et de garantie contre les inondations. Alors oui, on veut garder notre grosse éponge, ses haies, ses arbres et ses petits habitants : oiseaux, grenouilles, tritons, libellules, campagnols et ragondins !
C'est beau et vivant le bocage de Notre-Dame des Landes. Voici neuf minutes de bonheur :




Plus que jamais : non aux expulsions, non à l'aéroport ! Aménagez Nantes-Atlantique, la Bretagne et le Pays de Loire n'ont pas besoin d'un aéroport de plus. Le Concorde est mort. Gardons cette merveille, arrêtez de bétonner, arrêtez de vitrifier la nature et d'empiéter sur le territoires des autres espèce. L'abandon, c'est maintenant. 

Lien : Léo Leibovici : Notre-Dame des Landes : un site écologique unique

dimanche 1 janvier 2017

Bonne année 2017

En 2017, suivez les sorcières, elles indiquent le chemin ! Vu l'année virile qui se profile avec tous les burnés fraichement ou anciennement élus, mais toujours en train de montrer les muscles, ça me paraît une bonne prophylaxie : un peu de paganisme dans toutes les bondieuseries ambiantes et concurrentes ne nuit pas :)



J'emprunte avec sa permission cette image à ValKPhotos, artiste photographe à suivre sur les médias sociaux : Flickr, Valk agrégateur, SeenThis. Elle fait régulièrement des reportages sur la ZAD de Notre-Dame des Landes.

Je vous encourage à aller lire cet intéressant article, un peu tunnel, sur Le Partage, site français du mouvement Deep Green Résistance (écologie profonde) : Réflexion sur notre situation écologique planétaire ; mais pas une seule fois, il ne mentionne le patriarcat, cette construction sociale qui infeste toutes les sociétés humaines, des "civilisés" aux "primitifs" entre lesquels il n'y a pas où glisser l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette ! Le site est "contre la civilisation, contre l'état, contre le progressisme", mais apparemment, pas contre le patriarcat qui en est le grand ordonnateur ! Les maux qui y sont décrits sont la croyance au progrès, le saccage des ressources et de la biodiversité par les populations humaines, l'industrialisation et le marketing, la récupération des idées les plus nobles pour les dévoyer et en faire de l'argent et du profit, mais il n'y voit pas l'ombre des méfaits du patriarcat, cette construction sociale parasite.

J'aime beaucoup cette citation de Virginia Woolf, tirée de son Journal : tout ce dont elle a dit avoir besoin, la solitude (sauf l'ultra moderne dans la multitude), l'espace, l'air (surtout pur), les champs vides, et l'existence des animaux. Ils nous manquent déjà cruellement, 70 ans après. Qu'elle accompagne votre année.


o0o

PS qui n'a rien à voir. Je profite de ce billet pour dire à mes trois cents abonné.es Facebook où j'ai ouvert un compte en juillet 2016 -si jamais illes passent par ici- que le grand Oracle du big data m'a bloqué mon compte une première fois au motif que je DEVAIS avoir une page plutôt qu'un compte (ah bon, c'est lui qui décide, pour prix de mon remplissage de ses tuyaux ?) et la deuxième fois parce que JE DOIS mettre mes vraies coordonnées : nom, prénom, adresse, téléphone, et ENVOYER une PIECE d'IDENTITE pour confirmer tout ça ! C'est la règle d'airain de FB, sauf que depuis que j'en parle autour de moi, évidemment, tout le monde est sous un pseudo, -le dernier en date le propriétaire de ma laverie automatique qui fait 12 000 clics par mois sous un pseudo - et il n'y a qu'à moi que ça arriverait !
Bon, comme je ne bloque même plus sur le fait de donner mon identité (comme si l'anonymat existait sur le net et le numérique, encore une légende urbaine, si vous êtes un mauvais garçon et que la maréchaussée vous cherche, elle vous trouve, voici ce qui est arrivé à un djihadiste de Marseille qui twittait sous un pseudo), MAIS sur le fait 1) de faire voyager sur le réseau une pièce d'identité -même ma carte de bibliothèque- avec les risques d'usurpation d'identité que cela comporte, et 2) que je refuse absolument que le Maître du big data stocke une de mes pièces d'identité dans ses serveurs (piratables) en Californie, c'est à dire échappant à la loi française : il va de soi qu'il peut se brosser. C'est de l'abus de pouvoir au plein sens du terme. D'autant plus que FB viole ses propres lois, et la vie privée de ses abonné.es ! Donc wait and see, je ne maîtrise rien du tout, et ce n'est pas de la bouderie de ma part. Je ne peux même pas supprimer mon compte, pour autant qu'un compte FB soit supprimable avec des sauvegardes de toute sa base de données toutes les deux heures, puisque je n'y ai plus accès. En revanche on peut me trouver, outre ici sur Blogger, sur Twitter, Pinterest, exactement sous le même avatar-pseudo. Ces médias ne me demandent pas de carte d'identité. Merci de votre fidélité :)

dimanche 25 décembre 2016

Noël au balcon

Le débat toxique sur les crèches en mairies et espaces républicains font rage, les tweets vengeurs de la cathosphère/fachosphère à destination de Najat Vallaud-Berkacem qui souhaite de "bonnes fêtes" à ses fonctionnaires sans mentionner Noël, comme tout le monde : décidément la fête consumériste se barrant en couilles, let's get mad about it ! Voici une sélection d'images iconoclastes émanant des meilleures épingles sélectionnées sur Pinterest !

Chrismas horror :

" C'est une fille ! " Zut, ça marche du coup beaucoup moins bien ! La question m'a été posée par un de mes lecteurs sur Twitter : si ç'avait été une fille, est-ce que cela aurait été différent ? Mais si c'était une fille, il n'y aurait tout simplement pas de célébration, pas d'histoire, la naissance d'une fille n'est pas une occasion de réjouissance et les femmes sont les anonymes de l'HIStoire. "For most of history, anonymous was a woman". Virginia Woolf. J'ai écrit un billet sur ce sujet il y a deux ans.


" Il l'a tué avec une hache, a traîné le corps jusqu'à sa maison et l'a décoré de façon festive dans son salon "



Révolte dans les étables
" Je me fiche que ce soit un "bébé spécial". Il dort sur mon lunch " !


" Tu mets un arbre dans la maison, et je suis supposé ne pas pisser
dessus ? "


Christmas horror dans la cuisine !

" Mais quelle horreur. Dégage cette chose morte de ma cuisine ! "


Sol Invictus ! 
Noël a été plaqué à dessein par l'Eglise Catholique sur la fête païenne du Solstice d'hiver (la nuit du 21 décembre, la plus longue de l'année), nuit où
le soleil triomphe des ténèbres : Sol Invictus, que célèbrent les druides à Stonehenge par exemple, ce temple de plein air dédié au Soleil. Car le
seul dieu bienfaisant de l'humanité, c'est le Soleil, sans lequel nous ne pourrions tout simplement pas vivre ! Neue Helle, Néo Hélios, No ël, ou Nouvelle Soleille, dans les cultures du Nord pour qui le Soleil (le Seul) est féminin, héritage des déesses -solaires- avant qu'elles ne soient supplantées par des dieux mâles.
Explication sur le lien vers un billet d'Euterpe.

Joyeuses fêtes de solstice !

dimanche 18 décembre 2016

De l'amour, du mariage et du servage - Ti Grace Atkinson

Servage - Définition Wikipedia :
" Succédant à l'esclavage, le servage, dans l'analyse marxiste, représente l'une des trois formes d'exploitation du travail avec l'esclavage précisément et le salariat. Au niveau général, l'exploitation désigne le fait qu'une personne travaille gratuitement pour une autre. Ce travail gratuit peut prendre des formes simples, comme dans l'esclavage, ou complexes. Au niveau du servage, le serf se voit contraint de travailler gratuitement sur les terres du seigneur et de lui donner en nature une partie de sa récolte. Pour indiquer ce travail gratuit on dit qu'il est soumis à la taille et à la corvée seigneuriale : entretien du château, des douves ou des bois."

" L'Histoire n'a connu aucune vraie révolution. Les nombreux incidents qu'on a appelés "révolutions" n'étaient à proprement parler que des révoltes. Ces prétendues révolutions n'ont jamais rien touché à l'oppression des femmes ".  Ti Grace Atkinson - Odyssée d'une amazone -Manifeste féministe radical.

Cette semaine, je vous propose un texte tiré de Odyssée d'une amazone, proposant carrément de détruire le mariage, ce contrat de travail issu du servage, le serf étant une personne (contrairement à l'esclave qui est un bien meuble, comme les animaux actuellement) attachée à un fief, à une terre, liée par un contrat et devant des "corvées" à son suzerain, sans rétribution, sans pouvoir changer sa condition, sans pouvoir quitter sa terre. La seule contrepartie est la protection du suzerain et un lopin pour se nourrir ainsi que sa famille. Ce statut social rappelle furieusement la condition des femmes dans le mariage, condition souvent évoquée sur ce blog, voir mes articles Christine Delphy


" Certaines femmes du Mouvement prétendent que le phénomène de l'amour, en particulier celui de "l'amour romantique" , est relativement récent. Mais avant d'entrer dans la polémique, je dois signaler l'importance même du problème de l'amour. Le trait peut-être le plus pernicieux de la classe des femmes est probablement que, devant la terrible évidence de leur situation, elles affirment obstinément que malgré tout, elles "aiment" leur Oppresseur. Or, quelques féministes soutiennent que les femmes, jusqu'à une date plus ou moins récente, résistaient à leur oppression et que le passage de la haine à l'amour est un phénomène relativement moderne.
Cette condition mentale, si désespérément recherchée par les femmes, ne me semble pas particulièrement mystérieuse. Apparemment "l'amour" est une réponse traditionnelle à l'oppression accablante. De plus, il fait partie du processus d'identification avec "l'Homme". Aimer c'est s'abandonner. C'est probablement pour l'opprimée la seule façon d'échapper à son oppression. Elle "flippe".
La prostitution est le type même de fausse alternative au mariage. Cette sinistre leçon de choses permet à l'Oppresseur de maintenir la femme moyenne enfermée dans la prison du mariage, subordonnée à son Oppresseur.
Le viol est une activité terroriste.
Les rôles, distincts de la fonction, sont l'expression des caractères de classe des institutions.
Ce que le Mouvement appelle les activités pour les "droits civils", par exemple la lutte contre la discrimination dans l'emploi, sont à n'en pas douter des aspects secondaires de l'oppression des femmes dans la mesure où ils reflètent les rôles attribués aux femmes au sein des principales institutions sexuelles. Combattre la discrimination dans l'emploi et en faire le pivot de la lutte contre l'oppression des femmes est plus ou moins analogue au cas des noirs qui combattaient pour la même cause dans les années 1850, croyant attaquer le cœur de leur oppression. Tactique suicide !
La religion est, semble-t-il, le type d'instrument officiel destiné à faciliter l'adaptation de la conscience des femmes à l'oppression. Il ne faut pas oublier qu'une théorie de l'oppression des femmes doit envisager tous les cas, toutes les structures et toutes les institutions de cette oppression.

Je voudrais proposer brièvement un programme* destiné à enrayer l'oppression des femmes. Manifestement, les femmes -le plus grand nombre de femmes- doivent avant tout se couper des institutions sexuelles et s'organiser pour créer un contre-pouvoir opposé à celui des hommes. Aussi, je vous en prie, pour votre bien et celui du Mouvement, ne vous mariez pas. Une fois les institutions majeures minées ainsi, il faut lutter pour trouver les moyens de passer de l'oppression à la liberté.
Les féministes (The Feminists) ont avancé un programme de dédommagements élaboré sur le modèle des programmes de l'Administration des Anciens Combattants. Ceci pourrait être fait par un Ordre de l'Exécutif. Ce programme, comme celui de l'Administration des Anciens Combattants, comprendrait trois catégories de bénéficiaires : femmes célibataires, femmes mariées et femmes ayant des personnes à charge. Ce serait un engagement national à une telle échelle que les dépenses se rapprocheraient vraisemblablement de celles que nous consacrons à la "défense" militaire. Il serait naïf de croire que n'importe quel gouvernement, et à plus forte raison le nôtre, est prêt à admettre la nécessité d'un tel engagement sans une énorme pression.
Quant à la tactique, je crois que la méthode la plus efficace consiste à isoler l'objectif et à l'attaquer sous tous les angles, jusqu'à la chute définitive. Prenons le cas du mariage. Il faudra développer une campagne d'éducation massive. Et ensuite faire un procès au mariage en s'inspirant du Treizième Amendement de la Constitution des États-Unis qui déclare l'illégalité de l'esclavage et du servage involontaires.
Notre gouvernement, comme tous ceux que je connais, peut prétendre que le mariage est une forme de servitude volontaire. Mais les femmes n'étant pas informées des termes du contrat et cette ignorance étant à l'origine de l'annulation de toute autre forme de contrat de travail, force est de déclarer nul le contrat de mariage.
Même les Nations Unies, peu favorables aux points de vue "radicaux" affirment que le servage ne va pas de soi dans la condition humaine. Ainsi, à moins de proclamer que les femmes ne sont pas humaines - idée qui n'est pas neuve- la servitude volontaire est une contradiction dans les termes. "
Ti Grace Atkinson
Odyssée d'une amazone
4 mars 1970 : Kingston, Rhode Island.

*De toutes mes lectures féministes, la théoricienne mais pragmatique Ti Grace Atkinson est la seule à ma connaissance à proposer un programme de lutte contre le patriarcat, toutes les autres sont dans l'analyse et la dissection du patriarcat et de ses conséquences. Ti Grace Atkinson est une féministe radicale qui dès le début affirme que l'oppression des femmes est liée à un affrontement de classe.

dimanche 11 décembre 2016

La ville, territoire masculin

La ville est souvent représentée par une divinité féminine et le vocabulaire qui la décrit s'applique aussi aux femmes. Prendre une ville, pénétrer la ville, routes pénétrantes, "l'espace de la ville apparaît comme le corps d'une femme qu'il faut conquérir et occuper". Les poètes célèbrent ses vieux quartiers et ses maisons closes : Villon, poète pornographe, Breton dans Nadja, Aragon dans Le paysan de Paris et Baudelaire, misogyne et grand amateur de prostituées, dans Le spleen de Paris. La Ville est le territoire de chasse des hommes : les femmes qui s'y déplacent, surtout la nuit, prennent leurs risques. Elles sont des putes, des "trainées", puisque les seules femmes autorisées à arpenter les trottoirs sont les prostituées, les "femmes publiques" que les hommes peuvent acheter pour assouvir leurs "besoins" sexuels et s'y consoler de toutes sortes de cocufiages. Les femmes qui se respectent restent chez elles, à l'intérieur de leurs maisons entre la cuisine et le gynécée. Les chansons populaires témoignent que la ville est le terrain de chasse des hommes : La java de Broadway (Sardou), Les p'tites femmes de Pigalle et Femme, femme, femme (Lama), La jeune fille du métro de Renaud qui nous apprend le b.a.-ba du frotteur/frôleur du métro parisien.


94 % des noms de rues, places, ponts..., portent des noms d'hommes, généraux et fauteurs de guerre la plupart du temps. Les 6 % restants, des noms de femmes, sont généralement affectés à des allées ou des impasses (SIC). Marie Curie est habituellement sur des plaques de rues affectées à Pierre ET Marie Curie, les femmes peinant à exister par elles-mêmes, aussi illustres soient-elles. Sur 302 stations de métro parisien, 3 seulement portent le nom d'une femme.

75 % des budgets d'aménagement et d'urbanisme sont affectés aux hommes : skate parks, terrains de foot, grands stades, souvent vides ou à moitié pleins, mais tous fréquentés par des mâles. Imaginez vous une structure urbaine ayant coûté leur peau aux contribuables, où 60 000 femmes iraient brailler les samedis soirs ? Justifications des urbanistes : il faut calmer ces enragés frustrés ! Euh, pardon, il disent plutôt "dispositifs d'insertion des jeunes", ou "canaliser la violence des jeunes", ça sonne mieux et comme "jeune" n'est ni mâle ni femelle, ni vu ni connu, je t'embrouille. En réalité, il faut entendre "la violence des garçons". Les démagogiques élus et services jeunesse des villes célèbrent les cultures urbaines : skate, graff, hip-hop, toutes occupant des garçons. En pure perte : c'est toujours plus sale, plus occupé par des gars brutaux proférant des insultes.

Les filles ne fréquentent pas les lieux dominés par les garçons, les skate parks notamment, ça vient de la sale réputation des mecs, mais on préfère se réfugier derrière d'autres prétextes : les filles ont autre chose à faire, elles préfèrent rester à la maison. D'ailleurs, si jamais l'envie leur prenait de jouer dans les lieux à dominante masculine, les insultes sexistes fusent : "eh, connasse", "sale pute", "t'es bonne", le harcèlement et le terrorisme sexuel s'y manifestent frontalement.

Les femmes qui se déplacent plus en ville, et différemment des hommes, utilisent majoritairement les transports en commun. Dans les moyens de transport "doux", la bicyclette rime avec Paulette (Yves Montand). Le vélo, lui, rime avec Paulo, virilité, performance, risque, chute. Ils le paient d'ailleurs au prix fort : 80 % des accidents et 85 % des morts sont des mecs. Ici, je vous autorise un ricanement sardonique.

La ville se construit au masculin : les politiques d'urbanisme se discutent entre hommes, si quelques femmes présentes veulent prendre la parole on la leur coupe, on les recadre en prétendant que les sujets qu'elles abordent (enfants, famille) ne sont pas pas des sujets d'intérêt GENERAL, ils provoquent des rires et du brouhaha, suivis de rappels à l'ordre. La ville reste sournoisement le terrain de chasse des mâles hétérosexuels, où les femmes sont des proies.

Ce petit livre de la Collection EgalE à Egal des Editions Belin écrit par le géographe Yves Raibaud est très dense, il fourmille d'informations en 67 pages ! A lire pour balayer les idées reçues sur la ville, surtout si vous êtes élue ou si vous vous occupez de politique locale. Ou juste si vous voulez mesurer l'étendue du désastre.

Lien vers le journal du CNRS : Une ville faite pour les garçons - Yves Raibaud
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Évoquant un backlash terrifiant, le 7 décembre, un sujet de Caroline Sinz au journal de 20 H de France 2 a (un peu) ému les politiques : à Sevran (Ile de France) " T'es dans un café ici, il n'y a pas de mixité ", dit le gérant d'un  bar à des femmes qui veulent s'installer, et à Rillieux la Pape (Rhône), les femmes sont interdites d'espace public par les "grands frères" jaloux de leurs privilèges et défenseurs de la vertu des femmes qui sont mieux à la cuisine (voir plus haut). Des collectifs de femmes remettent au goût du jour les marches de nuits et l'irruption dans les bars pour réinvestir ces lieux de convivialité d'où ils veulent nous chasser. Ils se permettent même de sermonner les femmes qui entrent dans "leurs" cafés, ou alors ils se lèvent et s'en vont. Bon débarras, l'air est tout de suite plus pur. 

Ce billet est dédicacé aux mecs qui ont tapé dans un ballon dans l'espace public pendant son écriture : manifestement, les maires n'ont pas encore assez bétonné les espaces naturels et les terres cultivables avec des terrains de foot, car ils sont toujours trop loin nom de nom ! Faire quelques kilomètres en vélo pour ces pseudo sportifs, ce n'est toujours pas possible !

samedi 3 décembre 2016

Justice animale et justice sociale, même combat ?

Billet inspiré et résumé de la conférence de Frédéric Côté-Boudreau, philosophe québécois, donnée le 25 novembre à l'Université de Rennes 2, à l'invitation de l'association Sentience : une association d'étudiants qui défend les animaux.

Puisque le concept de justice est universel, les luttes sociales revendiquent l'égalité concrète, non formelle, l'abolition des privilèges de classe, la libération de la loi du plus fort, la solidarité. Les mouvements sociaux prennent conscience des autres et de l'oppression qu'ils subissent. Colonisés, femmes, noirs américains ont obtenu de haute lutte leur indépendance et leurs droits civiques contre les oppresseurs, la classe sociale dominante des hommes blancs généralement, pour ce qui concerne ces trois catégories.

Définition du spécisme : Le spécisme est un préjugé, une attitude ou un biais envers les intérêts des membres de notre propre espèce, contre les membres des autres espèces.

L'antispécisme dénonce l'oppression des animaux, sans nuire aux autres mouvements sociaux. Au contraire, les formes d'oppressions se soutiennent entre elles : elles sont généralement justifiées par l'appel à la tradition (on a toujours fait comme ça !), par la naturalisation de l'oppression (c'est ainsi que le monde est fait !), par la séparation ontologique par l'essence (essentialisation) des femmes, des pauvres, des animaux (par essence, ils sont ainsi faits, éternellement incapables et mineurs), par l'appel à ordre des choses, alors que tout est construction sociale dans l'espèce humaine, même l'animal, et par la prétention condescendante à la bienfaisance, (c'est mieux ainsi pour elles/eux) !

" Il est préférable pour tous les animaux domestiques d'être dirigés par des êtres humains. Parce que c'est de cette manière qu'ils sont gardés en vie. De la même manière, la relation entre le mâle et la femelle est par nature telle que le mâle est supérieur, la femelle inférieure, que le mâle dirige et que la femelle est dirigée " - Aristote, qui compare les esclaves, les femmes et les animaux domestiques dans Politique - Voir chez Tribunal animal, pour d'autres citations.

La construction sociale de l'animal : les humains ont des animaux une vision déterministe, -nous nions en permanence les choix complexes qu'ils sont capables de faire-, une vision utilitaire dont la perception change en fonction de la façon dont nous voulons les utiliser ! Le cas de la souris est éclairant : 
- "vermine" quand elle vit sa vie d'animal au seuil ou dans nos maisons ;
- "outil de travail" dans un laboratoire de faculté de médecine ou de recherche médicale ;
- ou animal de compagnie faisant partie de la famille pour de nombreux enfants.
La torture aux animaux est lourdement punie par la loi sauf si vous portez une blouse blanche et travaillez dans un laboratoire universitaire ou pharmaceutique ! Ou si vous habitez dans le sud de la France où l'on montre des spectacles de corrida. Il s'agit bien de relativisme culturel souvent appliqué de façon méprisante à des classes sociales considérées comme non éclairées.
Nous opposons aux animaux ainsi qu'à leur défenseurs notre anthropomorphisme, alors qu'ils sont des individus sentients comme nous, qu'ils ont une vie sociale complexe, qu'ils cherchent à s'épanouir, que leur vie est importante pour eux. Ils subissent la violence, la domination et l'oppression de notre espèce, bien qu'ils fassent partie de nos communautés, de nos familles et de nos voisinages. Et par dessus tout, nous partageons la même planète. Les animaux résistent de multiples façons à l'oppression, ils s'expriment : ils ruent dans les brancards, ils font grève en s'arrêtant au milieu du sillon, ils refusent d'avancer, ils sautent du troisième niveau d'un camion les emmenant à l'abattoir, et quand ils tentent d'échapper au destin que nous leur réservons, nous sommes implacables et ne leur laissons aucune chance

L'humanisme qui ne s'applique qu'aux humains (sophisme, tautologie) cache quelques zones d'ombre : il est communautaire et conservateur, il a de plus tendance à défendre les privilèges de certaines classes d'êtres humains ; il défend le capacitisme (ableism) qui est une discrimination en fonction des capacités, la personne sans handicap étant la norme 
sociale ; il utilise l'argument de la contribution, alors que certaines personnes humaines ne contribuent pas ou contribuent moins parce qu'elles ne le peuvent pas. L'argument de la contribution dévalorise le travail des opprimés (les contributions des femmes, pour ne citer que ces dernières, sont notablement dévalorisées voire invisibilisées) et survalorise celui des oppresseurs. La théorie marxiste fait des animaux des objets, non des sujets d'histoire. Il est usuel que les groupes opprimés soient comparés à des animaux : femmes, noirs, colonisés, tous rejetés dans une altérité radicale, animale en somme. 


La photo et son explication sont sur le site de Christiane Bailey, article Sexisme, racisme et spécisme, intersection des oppressions

On nous oppose à nous défenseurs des animaux le concept de "dignité humaine" et l'alibi de la priorité : "on vit dans un monde de merde, "la société n'est pas prête", ou comme j'entends sans arrêt, "des enfants meurent de faim en Afrique, vous n'avez pas mieux à faire ?", comme si ces causes se nuisaient les unes aux autres, comme si elles étaient opposables ! Il y a évidemment corrélation entre les oppressions, la même logique sous-tend l'oppression des humains et celle des animaux. 


Convergence des oppressions - Convergence des luttes

La cause animale -qui est parfaitement justifiable seule- sert aussi les humains puisqu'elle allume les projecteurs sur l'oppression que subissent les ouvrier.es d'abattoirs, ces autres référents absents de la viande après les animaux : pas plus que nous ne voulons voir nos steaks comme des animaux morts, nous ne voulons voir la violence des abattoirs auprès des gens qui y travaillent et n'ont souvent pas d'autre choix (migrants mexicains sans papiers aux USA, immigrés en situation précaire en Bretagne, tâcherons détachés Bolkenstein roumains dans les abattoirs allemands...), mal payés, dévalorisés, stigmatisés, peu formés, donc peu mobiles socialement. La cause animale inclut aussi les humains puisqu'elle met l'accent sur les dommages causés au climat par l'industrie de la viande grosse pourvoyeuse de méthane, redoutable gaz à effet de serre ; les végétariens et véganes se tuent à dénoncer l'accaparement des terres -pour nourrir des animaux- qui chasse les peuples premiers et les paysans sans titre de propriété de leurs territoires et les clochardise dans des bidonvilles. De la même façon, les défenseurs des animaux ne doivent pas prioriser leur lutte en proclamant "les animaux d'abord", ils doivent au contraire se diversifier, coopérer avec les autres mouvements sociaux, apprendre des autres communautés opprimées. Nous avons, nous défenseurs des animaux, la responsabilité de développer une éthique animale, féministe, multiculturaliste et post-coloniale

Pour aller plus loin : traduit en français,  Zoopolis de Pimlicka - Donaldson


et en anglais : Animal rights, Human rights, Entanglements of Oppression and Liberation par David Nibert


Le blog de Frédéric Côté-Boudreau : philosophie et éthique animale
Le Facebook de Sentience Rennes
Le Parti animaliste, nouvellement créé afin de porter la voix des animaux dans la campagne présidentielle. 

vendredi 25 novembre 2016

#25novembre La violence aux femmes est aussi économique


Pas de titres de propriété des terres qu'elles cultivent pour nourrir leurs familles ; pas d'accès aux prêts bancaires, donc pas de possibilité d'acheter des équipements et des machines qui augmentent la productivité ; moins scolarisées car la famille patriarcale/patrilocale investit toujours sur les garçons ; surchargées d'enfants parce que leurs droits reproductifs et à la santé sont niés (presque) partout ; maintenues volontairement dans l'insécurité économique ce qui permet aux hommes de maintenir une réserve de prostitution pour satisfaire leurs "besoins sexuels" ; corvées gratuites extorquées dans le mariage souvent aussi lieu de violences maritales et d'incestes ; maintien partout d'obscurantismes religieux hostiles aux femmes et à leur émancipation : toutes ces situations induisent une violence de fait, les possibilités de se défendre ou de fuir étant limitées à dessein par la société patriarcale et ses agents principaux bénéficiaires, les hommes.

En ce 25 novembre, je relaie l'appel de Harare de la Via Campesina " Pas une de mois, mettons fin à la violence contre les femmes "

" L’approche féministe de la souveraineté alimentaire contribue à transformer la réalité, sur la base de critères d’émancipation et de justice sociale. Elle nous permet de poser la perspective des femmes en tant que protagonistes de l’amélioration de leur situation. Elle permet aux femmes de contribuer à la transformation des relations de pouvoir aujourd'hui encore inéquitables "

" Nous demandons aussi que les églises, les médias et les états ne cherchent pas à contrôler nos corps par le fondamentalisme religieux et en essayant de limiter nos vies à la maison. Nous lançons un cri de résistance contre toute forme d’exploitation de nos corps et de nos territoires ! "


 

Ôtez vos rosaires de nos ovaires !

dimanche 20 novembre 2016

Laëtitia ou la fin des hommes

Par Ivan Jablonka, écrivain sociologue, Prix Médicis 2016, Editions du Seuil.


Laëtitia Perrais, 18 ans, a été tuée par Tony Meilhon le 18 janvier 2011 à la Bernerie en Retz (44), sans doute parce qu'après une agression sexuelle, elle s'apprêtait à aller déposer plainte à la gendarmerie. Délinquant multirécidiviste et violeur de deux compagnons de cellule, Tony Meilhon, 32 ans au moment des faits, ayant passé la moitié de sa vie en prison, a démembré le corps de sa victime et dispersé les bras, les jambes, la tête et le tronc, qui ont été retrouvés en avril dans deux étangs de Loire-Atlantique sans qu'il ait jamais dit où il les avait déposés. Tuer puis, ensuite, déshumaniser la victime. Quand vous tapez Laëtitia Perrais sur Internet, vous obtenez la page Wikipedia de Tony Meilhon : les victimes de meurtres sont toujours éclipsées/phagocitées par leurs meurtriers.

Alternant le récit chronologique de l'enquête et l'histoire personnelle et familiale des protagonistes, Ivan Jablonka a voulu aborder en "objet sociologique et historique" le meurtre de Laëtitia Perrais, dont il fait une figure de tragédie aux côtés de laquelle il se tient en permanence. Affligées d'une paire de pères défaillants (trop de pères, quand on pense que certains se plaignent de ne pas en avoir !) : Franck Perrais, cogneur, tête brûlée, alcoolique et maltraitant, et Gilles Patron, père professionnel de famille d'accueil, autoritaire, agresseur sexuel, pédophile et tripoteur (l'affaire dans l'affaire), Laëtitia et sa sœur jumelle Jessica vivent une enfance tissée de violence, dans une famille dysfonctionnelle où leur première protectrice est la chienne berger allemand qui tente de divertir la violence du père en jouant au-dessus de la petite Laëtitia.
" On peut dire a minima que Laëtitia a connu, dans sa vie trois catégories de viols : le viol intrafamilial, de son père sur sa mère ; le viol semi-incestueux de son père d'accueil sur sa sœur jumelle ; le viol extrafamilial dont elle accuse Meilhon. La griffe masculine en quelque sorte. "

Est-on victime à vie ? Porte-t-on sur soi le malheur comme un stigmate ? Se signale-t-on comme victime désignée aux prédateurs ? Peut-on avoir son "système de protection désactivé" ? En tous cas, on constate au fil du récit que, malgré une enfance marquée par la maltraitance, l'instabilité et l'insécurité, Laëtitia était résiliente : titulaire d'un CAP restaurant décroché malgré une scolarité chaotique, elle venait d'entrer dans la vie active, avait un travail, et continuait à se former professionnellement. Elle portait bien son prénom : joie, en latin. On ne peut en dire autant de son meurtrier (maltraité dans l'enfance aussi, marqué par le viol de sa mère) : chaque étape de sa vie est une chute sans rémission, ses séjours en prison le rendent plus mauvais, ses actes sont de plus en plus violents, il ne montre aucun signe de rédemption.

Le meurtre de Laëtitia, comme tous les meurtres d'enfants ou de femmes, suscitent une indignation nationale dont le Président Nicolas Sarkozy va essayer de profiter politiquement : accusant les juges de laxisme, il déclenche une grève nationale des magistrats, et les lois sur la récidive seront modifiées vers plus de sévérité. Les hommes politiques ne savent que jouer sur les peurs, faire voter des lois de circonstances, mais ils ne prononcent jamais un mot sur la violence que la société patriarcale inflige aux plus faibles, les femmes et les enfants, ni sur le féminicide (Jablonka emploie le mot) considéré comme une fatalité par la société, non reconnu en droit. Opportunisme politique, tout répressif, mais jamais moyen de nommer le prédateur : impensé de la violence masculine dont ils sont les gardiens, à voir la violence symbolique de leurs pratiques politiques, campagnes électorales incluses.

Avec ses notations sociologiques sur les différents bassins économiques du Croisic et du Pays de Retz, de la Baule, de Saint-Nazaire/Paimbeuf, sa précision sur le fonctionnement de la justice, ses beaux portraits, le livre de Jablonka mérite largement son prix Médicis avec toutefois selon moi une réserve : son côté louangeur pour les policiers, gendarmes et magistrats ; c'est vrai que l'enquête sur le meurtre de Laëtitia Perrais a mobilisé des dizaines de gendarmes, de personnel de justice, et même la coopération de services de police et d'investigation criminelle venant des pays voisins qui ont détaché leurs spécialistes et matériel d'investigation en Loire-Atlantique. Une enquête remarquable a permis deux procès (dont un en appel) exemplaires. Justice a été rendue à Laëtitia, à sa famille et à sa sœur, mais ça me paraît normal en démocratie ; et puis, peut-être que tous ces gendarmes et magistrats dévoués qui avaient en permanence un portrait de Laëtitia sous les yeux dans leurs bureaux, éprouvent de temps en temps de la culpabilité vis à vis de la violence que la société inflige aux femmes ? La police et la gendarmerie se surpassent quand il y a des mortes, mais que fait-on en matière de prévention pour éviter les
meurtres ? Une suggestion : la maltraitance aux animaux dont Meilhon était coutumier, devrait être repérée et prise en considération dans le tableau des symptômes annonciateurs de passages à l'acte sur les humains par tous ces psychopathes et sociopathes !

Tony Meilhon a été condamné pour meurtre, "enlèvement suivi de mort", le viol n'ayant pas pu être établi avec certitude à l'autopsie, à une peine de prison à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté qu'il purge à Vezin le Coquet près de Rennes. Gilles Patron, le père d'accueil a lui été condamné à 8 ans de prison pour viol et agressions sexuelles sur cinq victimes, dont Jessica Perrais.
" L'affaire Laëtitia révèle le spectre des masculinités dévoyées au XXIème siècle, des tyrannies mâles, des paternités difformes, le patriarcat qui n'en finit pas de mourir : le père alcoolique, le Nerveux, histrion exubérant et sentimental ; le cochon paternel, le pervers au regard franc, le Père-la-Morale qui vous tripote dans les coins ; le caïd toxico, hâbleur, possessif, Celui-qui-ne-sera-jamais-père, le grand frère qui exécute à mains nues ; le Chef, l'homme au sceptre, président, décideur, puissance invitante. Delirium tremens, vice onctueux, explosion meurtrière, criminopopulisme : quatre culture, quatre corruptions viriles, quatre manières d'héroïser la violence ".

A l'ombre du château de l'Ogre Gilles de Retz, "Les pauvres tuent les pauvres" selon une déclaration micro-trottoir un brin condescendante d'une quidame ? Moins de trois mois plus tard, début avril 2011, un bourgeois catholique nantais exécutait les deux labradors de la famille en premier, ses quatre enfants et sa femme, ensuite. Il s'appelle Xavier Dupont de Ligonnès, et lui, il court toujours.

Lien : N'oubliez jamais Laëtitia Perrais, site administré par Stéphane et Delphine Perrais. 
Les citations du livre sont en caractères gras, rouges, et entre guillemets.