lundi 28 février 2011

Le Président


Ce film d'Yves Jeuland propose une descente en apnée au cœur du pouvoir masculin et de ses campagnes électorales. Pouvoir masculin tellement compétent,  immuable et incontestable, tellement puissant qu'il peut par exemple diriger la mairie de Bordeaux ET reconstruire le ministère "dévasté" des affaires étrangères, fingers in the nose, un jeu d'enfant. Je l'ai vu avec deux mois de retard ce film, mais franchement, ça valait le coup d'attendre !
C'est vrai qu'avec 35 copies du film prévues pour la France entière, dont une quinzaine pour le Languedoc-Roussillon dit Montpellier Journal, il ne faut pas que je me plaigne, j'ai encore de la chance de l'avoir vu passer chez moi !


LE PRÉSIDENT : BANDE-ANNONCE HD (Georges Frêche)
envoyé par baryla. - Regardez des web séries et des films.

La dernière campagne électorale de Georges Frêche donc (Régionales de 2010) filmée librement et sans aucune censure, dit Yves Jeuland. Exclu du PS pour propos racistes, l'investiture du Parti s'était reportée sur Hélène Mandroux, maire de Montpellier, chair à canon envoyée au casse-pipe face à Frêche. Selon une habitude des grands partis, les femmes sont envoyées au front quand les carottes sont cuites. Elle n'avait aucune chance. La suite, on connaît : Frêche vainqueur, 54 % au deuxième tour, et Mandroux éliminée au premier tour avec 7,7 % des voix. Taux d'abstention remarquable : 50, 27 % (données Ministère de l'Intérieur).

Le film est édifiant : jamais une femme dans le champ de la camera, ou alors seulement si elle est maquilleuse, secrétaire porteuse des piles de parapheurs, serveuse de petits fours derrière le buffet, ou femme de ménage nettoyant au chiffon le bureau du Président, ses statuettes de granzomes et son jeu de cartes. Et en arrière-fond, très floues, sa femme et sa fille plus son éditrice, lors d'un repas. Les plans en légère contreplongée sur l'Hôtel de la Région sont aussi très intéressants : le style architectural en est nettement stalinien tendance Ceaucescu, le syndrome-du-grand-homme-voulant-laisser-une-trace-en-béton-pour-la-postérité est saisissant, et il est à la petite (Ceaucescu faisait mieux !) démesure du Président.

Hélène Mandroux en prend pour son grade : attaques physiques ("Mandroux, vous avez vu sa tête ?" ; quand on a soi-même un air de ressemblance avec Jabba the Hut, le méchant qui contrôle la pègre de la Galaxie dans le Retour du Jedi, 3ème volet de la Guerre des Etoiles, c'est cocasse !) et intellectuelles :  « Mandroux, elle ne mérite pas. C’est une femme. Elle n’a jamais rien compris à la politique. Tant qu’elle me suivait, elle savait où elle allait parce que je la guidais. Mais maintenant qu’elle est seule, elle fonce dans le brouillard".

Ou encore : "Mandroux, je la connais, c'est moi qui l'ai faite ; je l'ai prise comme première adjointe, si elle avait eu ne serait-ce qu'une idée, je m'en souviendrais !" Il n'y a rien à rajouter. Sauf que si ce film passe dans vos parages, courez le voir, il a un intérêt archéologique incontestable.

Pour plus d'extraits : suivre le lien Montpellier Journal : il en propose huit de la même saveur que la bande annonce.

Selon Les nouvelles News, les choses ne changent pas : pour les prochaines cantonales de mars 2011, les hommes sont candidats et les femmes.... suppléantes. La parité à la française, en somme.

Georges Frêche est décédé le 24 octobre 2010. Son remplaçant à la présidence de la Région Languedoc Roussillon est Christian Bourquin. 

mardi 22 février 2011

Sans offenser le genre humain

Sans offenser le genre humain * et puisque je vais passer une journée au Salon International de l'Agriculture (SIA) Paris Porte de Versailles, côté défense des intérêts de toutes les vaches-à-traire exploitées et parasitées, et des poules pondeuses esclaves encagées, voici quelques maternités animales et quelques bébés non humains :



 



Ce petit veau Charolais, je l'ai rencontré au Space ; ça ne se voit pas précisément sur la photo, mais il n'est pas blanc : il a réellement des poils irisés tirant sur l'argent, ce qui fait qu'il brillait à la lumière des spotlights !



L'amour est un comportement qui a été inventé et mis au point par l'Evolution, amélioré et affiné en permanence pour nous permettre d'élever nos petits.

Nous ne sommes pas si différents : comme disait Darwin qui utilisait un vocabulaire que les vétos modernes considèrent comme éhontément "anthropomorphe", voici deux enfants qui jouent ensemble.



J'ai trouvé ce paragraphe dans le livre de Jonathan Safran Foer Eating animals (ou Faut-il manger les animaux en français) que je suis en train de lire :
"Des technologies de guerre ont été littéralement et systématiquement appliquées à la pêche industrielle. Radars, écho-sondes (utilisés en leur temps pour localiser les sous-marins ennemis), systèmes de navigation électronique développés par la Marine, et dans la dernière décennie du Vingtième Siècle des satellites GPS qui donnent aux pêcheurs des capacités sans précédent d'identifier et localiser les lieux poissonneux. Des images des températures océaniques générées par satellites sont utilisées pour détecter les bancs de poissons".  
Nous ne leur laissons vraiment aucune chance.
Ses descriptions de thons et autres gros poissons (sans oublier les autres, remontés par tonnes dans des chaluts et qui se "noient" à l'air libre) se tordant de douleur car remontés à la gaffe plantée dans le crâne, laissent à penser que, sur ces abattoirs flottants que sont les navires de pêche et les thoniers senneurs,  travaillent quelques sociopathes sadiques relevant au minimum de la psychiatrie lourde ! C'est la guerre contre tous et contre la nature : dans le dernier demi-siècle, 90 % de la ressource des océans de la planète a été détruite.

La guerre continue par d'autres moyens : les thoniers et autres bateaux-usines bretons et boulonnais vont pêcher avec l'Armée française à bord pour répliquer aux attaques des pirates au large des côtes somaliennes. Les Européens achètent en toute légalité des autorisations de pêche aux états africains qui les leur vendent. (Ces états ont quelquefois à leur tête des tyrans redoutables qui se fichent de leur peuple comme de leur première paire de chaussettes). Mais les méthodes de pêche des somaliens et celles de européens ne sont pas les mêmes ; pendant que les somaliens pratiquent une pêche vivrière avec des petits filets, les européens arrivent avec des filets de plusieurs kilomètres et des bateaux-usines congélateurs ! Donc la piraterie somalienne serait bien une réponse à l'exploitation de leurs eaux par les européens.

Autrement, vous pouvez aussi aller faire un tour sur les blogs de dessin de blogueuses aussi talentueuses que Insolente Veggie (qu'on ne présente plus), Veggie Poulette et Anicée.

Autre lien : Rapport Agrimonde : une étude de l'INRA

* Sans offenser le genre humain : Essai philosophique d'Elizabeth de Fontenay - Albin Michel

Crédit photos : CIWF, HS US et IFAW

lundi 14 février 2011

Les putains du diable


















A la suite d'une petite controverse il y a quelques temps entre blogueuses au sujet de la sorcellerie et des sorcières, de l'arrêt de la répression, j'ai retrouvé le titre de ce livre dont j'avais entendu la promotion à sa publication, livre que je n'avais jamais acheté mais dont j'avais noté les coordonnées sur un document aussitôt perdu. J'ai fini par retrouver le nom de l'auteure par miracle en fouillant dans un vieil ordinateur ! Cette auteure, c'est Armelle Le Bras-Chopard (ALC), son livre a été publié en 2006 et on ne le trouve plus (ou alors à des prix de bibliophilie), décidément ces ouvrages concernant l'histoire des femmes (Herstory) ont des tirages limités et ne sont pas réimprimés ; j'ai pu l'acheter pour un prix modique, sur un site d'enchères en ligne.
La lecture en est passionnante : sa thèse est que la sorcellerie fut "un phénomène plus politique que religieux, aboutissant à la construction au masculin de l'Etat moderne, phénomène qui disparaîtra une fois les femmes assujetties sous la loi", selon la quatrième de couverture.

La répression va naître du fantasme d'une montée en puissance des femmes au XVème siècle : les inquisiteurs Institoris et Sprenger en 1486 constatent catastrophés : "Ce temps-ci est le temps de la femme" ! Si ça vous rappelle un slogan contemporain, sachez qu'il a déjà eu cours, ce qui n'est pas rassurant ! Et effectivement, elles prennent une relative autonomie en dehors de la maison, elles tiennent boutique, elles ont leurs propres corporations, elles sont "courtières", "graillonneuses", "regrattières", "laboureuses", "brasseuses", "limonadières". Elles sont sages-femmes, matrones, guérisseuses et médeciennes, elles connaissent les herbes qui soignent et soulagent ; les médeciennes ont le quasi monopole sur les maladies des femmes. Pire, si possible, ce pouvoir que les femmes ont acquis va être mis en lumière par l'accession au trône de plusieurs reines, écrit ALC que je cite : "... à la fin du XVème siècle, Isabelle soeur d'Henri IV pour la Castille, Marguerite d'Autriche, puis au XVIème siècle Marie Stuart en Ecosse, Marie et Elizabeth Tudor en Angleterre, Jeanne d'Albret en 1555 en Navarre, alors royaume indépendant entre la France et l'Espagne. En France, la régence est confiée à des femmes soit pour minorité du roi, soit lors de son absence temporaire du pays : ainsi fait François 1er en faveur de sa mère, Henri II pour son épouse, Catherine de Médicis qui sera de nouveau régente en 1574, lors de la minorité de son fils Charles. Les femmes jouent un rôle dans la diplomatie, comme Marguerite de Navarre, soeur de François 1er ; Louise de Savoie pour la France et Marguerite d'Autriche concluent en août 1529 la "Paix des Dames" qui met fin au conflit entre leurs états respectifs".
C'en est trop ! Pour des êtres dont la nature femelle doit les porter à la soumission, à quoi s'ajoute la double hantise masculine toujours latente de l'émancipation des femmes, sexe faible, et de leur prise de pouvoir, les mâles se doivent de réagir sous peine de se faire spolier !

Ils vont donc convoquer le diable.
Au début, on ne sait pas bien qui il est : il va apparaître "après une longue gestation". Sa première mention est dans le Livre d'Enoch situé entre l'Ancien et le Nouveau Testament, et il a les traits du serpent dans la Bible quand il se manifeste à Adam et Eve. Ange omniscient, créature noire, Prince des Ténèbres, il dévoile au creux de l'oreiller, des secrets aux femmes. On va très vite associer Diable, femme, acte sexuel, danger pour les hommes. De pur esprit, il va finir par prendre corps dans l'imagination enfiévrée des inquisiteurs et des artistes du Moyen Age sur les tableaux, les sculptures avec la naissance du Purgatoire et de l'Enfer ; les clercs, les hommes vont vite lui trouver des caractéristiques tombant fort à propos :  
il est mâle et... hétérosexuel, ce qui permet d'éviter qu'il soit sodomite, qualité qui lui permettrait de mouiller aussi les hommes dans le coup, et ça ils n'en veulent à aucun prix. Il a toutefois un curieux appareil uro-génital (froid et pointu !) dont je vais vous épargner les descriptions toutes plus farfelues et stupides les unes que les autres (on est habituées aux fantasmes masculins sur le sujet) sauf une caractéristique tout de même (je résume ce que dit ALC) : tout en étant lubrique, il est un très mauvais coup au lit et au sabbat ! Il ne donne aucun plaisir sexuel aux sorcières qui sont quand même très attirées par lui, ne cherchez pas à comprendre. De toutes façons à l'époque les femmes sont considérées comme irrémédiablement stupides et déraisonnables. Comme elles sont faibles et ne savent résister, elles vont avoir le diable au corps.

Basée sur les textes péjoratifs à l'endroit des femmes d'Aristote, de Platon, de Rabelais, sur les écrits délirants et gynophobes des inquisiteurs et des juristes, la répression va être féroce et durer des siècles. Elle va s'attaquer aux vieilles femmes (hantise des hommes de la masculinisation des femmes ménopausées), aux sages-femmes (qui pratiquent les herbes et la médecine qui guérit et ne sont pas à l'abri d'un accident de parcours -en effet, la mortalité pendant les accouchements et péri-natale est importante), aux prostituées puisque le sexe est diabolisé. Il y aura 80 femmes pour 20 hommes sur 100 accusés de pratiquer la sorcellerie. Les femmes pauvres des campagnes paieront un lourd tribut à la haine. Elles seront torturées, noyées, brulées, sans qu'aucune se soulève et malgré quelques voix qui disent que tout cela ce sont des superstitions, voix inaudibles et vites tues. Au milieu du XVIIème siècle, la répression flambe : basée sur des dénonciations, les tribunaux fonctionnent à plein régime, le système s'emballe et on commence à dénoncer des enfants et.... des hommes. A ce moment-là, tout va basculer : brûler massivement des femmes, passe encore, mais des enfants et surtout des hommes, ça ne passe plus. Même les curés les plus féroces commencent à renâcler devant le massacre.

Le système fonctionne par des tribunaux spéciaux et inquisitoriaux d'abord, puis provinciaux et locaux ensuite ; mais le patron à l'époque c'est quand même le roi. Même si rien n'est centralisé comme de nos jours, et que l'état n'existe pas. L'autorité du roi, sa juridiction n'atteint pas ou ne s'applique pas dans toutes les provinces de la royauté pendant l'ancien régime, il n'arrive pas à s'imposer partout. Et c'est là, selon la thèse d'ALC, que la répression contre les sorcières va jouer un rôle déterminant dans la création de l'État.

Ce sont d'abord des confessionnaux mobiles puis des tribunaux inquisitoriaux religieux qui jugent les sorcières ; les parlement locaux ont aussi leurs propres juridictions que le pouvoir royal ne contrôle pas toujours et enfin, il y a les juridictions royales. Tous ces "tribunaux" vont se faire concurrence. La répression constitue un instrument pour mater les autorités locales, mais peut aussi être utilisée par ces mêmes instances pour affirmer leur propre pouvoir par rapport au souverain national. Les sorcières deviennent un enjeu de pouvoir ! Au fil du temps les tribunaux séculiers vont détrôner les tribunaux ecclésiastiques, puis les tribunaux provinciaux  vont évincer les locaux et après des siècles de répression, ce sont les états centraux qui vont gagner la bataille. Dans le même temps, "l'émergence d'un esprit scientifique entend percer les mystères de la nature en tenant Dieu et le Diable à l'écart des réflexions fondées sur la seule Raison". L'homme "devient maître et possesseur de la nature ; la Science récusant tout  dogme assené et non démontré s'affranchit de Dieu et de l'Église ; la politique prend aussi ses distances et son autonomie par rapport à la religion". En ce qui concerne les femmes, dit ALC, le premier soin est de les rejeter dans l'Ordre de la Nature. Selon le syllogisme : un homme est un être humain ; une femme n'est pas un homme ; donc une femme n'appartient pas à l'humanité, du moins pas tout à fait, donc elle ressort de cette nature à maîtriser. Ce nouveau discours est dans la continuité des assertions misogynes multiséculaires, sauf qu'au lieu de mettre à mort les sorcières, il est préférable d'assujettir préventivement par la loi toutes les femmes vivantes. "C'est sur ces bases que s'établira l'Etat moderne, mâle comme Satan" conclut ALC.
Établie sur le modèle de pouvoir du Pater familias, la souveraineté s'organise au masculin ; si le mari n'est plus le chef de famille, de même que si le pouvoir "tombe en quenouille", c'est la "gynécocratie", autrement dit la mort du politique et de toute souveraineté, car la gynécocratie conduit au despotisme et à l'anarchie qui ne sont plus des régimes politiques, ou à la disparition de la famille si ce n'est plus le mari qui commande, décrit un théoricien du pouvoir. La puissance entre les mains d'une femme s'exerce dans la cruauté et le meurtre, conclut-il. Le code Napoléon, code civil unificateur de 1804 entérinera l'incapacité de la femme mariée, incapable au sens juridique du terme comme les fous et les mineurs, elle sera placée sous tutelle avec devoir d'obéissance à son mari ; son statut n'aura eu de cesse de se dégrader depuis la fin du Moyen Age. La grande hantise des hommes que constitue la liberté des femmes : puisque toutes les femmes sont sous la tutelle de la loi, il n'y plus besoin de sorcières, elles peuvent donc disparaître. Le balai, véhicule des sorcières  vers le lieu du sabbat est remplacé par l'inoffensif balai des ménagères, il ne sert plus désormais qu'à balayer, affectation qu'il n'aurait jamais dû perdre. 
La putain du diable est partie en fumée au profit de la Fée du logis.

Armelle Le Bras-Chopard se demande toutefois, dans la conclusion de son ouvrage, si on ne peut pas craindre un retour des sorcières et de leur répression : les revendications des femmes à l'accès à la sphère publique et aux enceintes politiques comme les hommes, le retour du refoulé des religions, les mouvements féministes revendiquant l'exercice partagé du pouvoir partout sur la planète, la domination masculine contestée et battue en brèche pourraient favoriser un retour de flamme des bûchers ? Sous une autre forme ?

Les Putains du Diable : Le procès en sorcellerie des femmes. Armelle Le Bras-Chopard - Editions PLON 2006
On peut aussi lire sur le sujet Le sexocide des sorcières de Françoise d'Eaubonnne - Editions L'esprit Frappeur

Et un lien signalé par Euterpe vers une conférence d'Eliane Viennot, agrégée d'histoire, prononcée en mars 2009 à l'Institut Emilie Du Châtelet qui est en plein dans le sujet, si vous n'avez jamais rien compris à la loi Salique qui a bel et bien une destination politique. C'est absolument passionnant.

"La fortune est femme, et il est nécessaire pour la tenir sujette, de la battre et heurter".
Machiavel - Le Prince

mercredi 9 février 2011

Spéculation sur les matières premières et le foncier : la déraison à l'oeuvre

La taille d'un département qui disparaît de la surface cultivable en France tous les 7 ans, l'essor des biocarburants obtenus sur des terres arables à coups de pesticides et à la place des céréales que nous mangeons et qui deviennent rentables hélas devant l'envolée du prix du baril de pétrole, la spéculation des traders voyous des banques que nous laissons accomplir leurs méfaits qui achètent et revendent du blé, du riz, du maïs et du soja sans jamais recevoir leur marchandise puisqu'il s'agit d'achats spéculatifs uniquement, l'accroissement de la population humaine et des classes moyennes (tant mieux !) qui veulent manger de la viande (tant pis !), la planète et ses terres émergées suffiront-elles à satisfaire notre goinfrerie de logements et de nourriture sous forme de viande ?


La sécheresse de cet été en Russie, les inondations exceptionnelles qui frappent le Queensland en Australie, celles du Pakistan aussi pèsent sur la production de céréales (blé, riz...) et légumineuses. Plus 80 % pour le prix du blé, 86 %  pour le maïs et plus 90 % d'augmentation pour le café. Les pays arabes devant les révoltes de rues de Tunisie et d'Égypte achètent des tonnes de blé pour satisfaire la demande de leurs peuples pour éviter la propagation des émeutes, il va falloir aborder une nouvelle contrée, celle de la rareté alors que nous sommes habitués à la surabondance et au gaspillage. Qu'est-ce qu'on attend pour adopter plus de sobriété et de frugalité ?

Lien : Green et vert.
Crédit image : Queen of Happy Endings Queensland Australia.

On en est au même point pour le foncier : les terres cultivables reculent devant les besoins de logement d'une population croissante et la spéculation foncière fait que le logement devient inaccessible pour les classes moyennes : trois générations endettées pour le mythique pavillon que tout ménage se doit de posséder selon la propaganda du "tous propriétaires" ! Et les spéculateurs qui se réjouissent que le marché soit à ce point dynamique, sous -texte, que personne ne peut plus s'offrir sauf quelques privilégiés selon Axel de Tarlé d'Europe 1. Si la sagesse commandait, il serait temps de faire baisser la pression. D'autant que selon une sinistre habitude, les humains laissent des friches industrielles et urbaines derrière eux sans rien réhabiliter comme si la place était sans limites, et quand les friches sont nucléaires, la terre devient inhabitable pour des décennies ! Voir ici Résidues et là Tchernobyl Reactor4.

Liens : L'agence d'urbanisme de Toulouse, Terre-netLe Figaro

Le
Forum Economique de Davos s'est terminé, éclipsé par la rue égyptienne. Il s'est attaqué cette année à la "nouvelle réalité du monde" que ses dirigeants semblent découvrir : arrivée de la Chine et de l'Inde dans l'économie mondiale, nouvelles technologies et nouveaux médias et leur impact sur la réalité politique : Google, Facebook entre autres.
En fait de nouvelle réalité du monde, ses riches participants ( 33 000 euros le billet d'entrée individuel et 390 000 euros par entreprise multinationale venant chercher des contacts d'affaires !) sont à 80 % des hommes, comme le rappellent Les Nouvelles News : 2000 "hommes d'affaires" et 100 multinationales. C'est vrai que les femmes représentent la majorité des pauvres de la planète dans l'indifférence générale. Réseautage, échange de cartes de visites, cooptation, remplissage de carnets d'adresses : ce club masculin fermé prétend "améliorer l'état du monde" ! Au vu des membres du club, les femmes peuvent attendre.
Il y avait toutefois une femme qui n'a pas pu se déplacer mais qui a été entendue par liaison radio depuis son pays la Birmanie : Aung San Suu Kyi dont on peut entendre la communication ICI sur le site de The Economist (en anglais) fait appel aux investisseurs afin qu'ils ne négligent pas la Birmanie mais en prenant en compte toutefois les impacts environnementaux et sociaux, message à destination de la Chine principalement, puisque la Chine achète partout : elle a d'énormes besoins en terres cultivables et en matières premières pour accompagner son expansion industrielle.

Parfaitement illustratifs du thème abordé dans ce billet : trois sujets vus à la suite au 20 heures de France 2 le 1er février dernier ; une jolie vieille dame parisienne très digne habitant sous les combles d'un bel immeuble Haussmanien de Paris intramuros, 1000 euros de loyer et 1000 euros de retraite, incapable de se nourrir car elle a épuisé toutes les économies d'une vie à payer son loyer ; une tribu amazonienne de quelques personnes aux corps couverts de pigments rouges levant avec appréhension les yeux vers nos hélicoptères, fuyards primitifs dont le territoire est cerné et détruit sans pitié par les tronçonneuses et les bulldozers des déforesteurs ; enfin les orangs-outangs (Homme des Bois en malais) captifs du Parc zoologique de Vincennes dont on "enrichit le milieu" en leur donnant la possibilité de se façonner des outils pour dénicher des friandises cachées dans des boîtes comme du miel dans des ruches sauvages, TOUS promis au saccage, au pacage entouré de barbelés parce qu'on n'en veut plus, qu'ils encombrent et que notre impérialisme les condamne à l'intégration pour les primitifs ou à la disparition pour les Orangs outangs -ce qui revient exactement au même, et à la maison de retraite pour les vieilles femmes, tou-t-e-s considéré-e-s comme improductifs et gêneurs ! La mort de la diversité et des plus fragiles broyés par le brutal sapiens occidentalisé. C'était triste à pleurer.

Liens : Survival Le mouvement pour les peuples indigènes et Uncontacted Tribes 

On apprend dans la THEMA d'ARTE Les Insurgés de la Terre, que l'éco-terrorisme a été inventé par l'administration Bush parce qu'après le 11 septembre 2001 et le Patriot Act, les filets policiers américains restants désespérément vides de tout terroriste islamiste (Ben Laden court toujours !), on les a remplis opportunément avec les écowarriors, ces résistants activistes qui défendent Mother Earth et les droits des animaux.
Décidément, rien ne se perd et les lois scélérates finissent toujours par servir. Les condamnations ont été très lourdes pour certains : jusqu'à 23 ans de prison !

Et comme je n'arrive pas à laisser passer, voici un lien vers un article de Rue89 publié par une avocate dans une affaire de viol en réunion, signalé à mon attention par un éditorial d'Arrêt sur Image.

jeudi 3 février 2011

Hypathie à la ferme

Oubliez vos souvenirs bucoliques d'enfance, elle est hors-sol et industrielle la ferme en question ! Le "progrès" est passé par là. Une exploitation vide pour l'instant, avec des cages et des caillebottis tous neufs, des mangeoires avec dispositif électronique pour identifier le cochon qui mange, combien il mange et combien il faut lui en resservir, parce qu'elle -c'est une femelle- a environ 17 bébés cochons* dans le ventre, identification grâce à une puce RFID** qui enregistre tous ses déplacements : dans certains endroits on avait expérimenté un collier avec puce intégrée, mais on s'est aperçu que quelques gourmandes malignes, trouvant un collier d'une congénère tombé par terre, le ramassaient et allaient se resservir une ration au détriment de la copine dans sa mangeoire, donc à l'oeil ! Pas de ça Cocotte, finie la triche avec ces puces implantées dans l'oreille ! L'éleveur a trouvé la parade, il est plus malin que les cochons, pour l'instant, un point partout.

Inauguration et visite portes ouvertes d'une ferme industrielle pour 900 truies gestantes produisant 22 000 porcelets par an, (et des tonnes de déjections provoquant des proliférations d'algues vertes !), le tout à la norme de la nouvelle Directive européenne 91/360/CEE, directive applicable à tous les élevages au 1er janvier 2013. Nous sommes donc allés voir comment ça se présente un élevage sous la nouvelle directive :
3 nanas et deux mecs, de vrais dangers publics ! En tous cas, c'est ce que pensaient les gendarmes qui nous ont trouvé-e-s au point presse et nous ont prié de les suivre : ils nous ont escorté-e-s vers la sortie et ont bien veillé à ce que nous nous éloignions du théâtre des opérations ! Quel honneur pour 5 militants de la cause animale ! On ne rigole pas dans le lobby de l'élevage industriel. J'y ai droit presque à chaque fois : espérons que pendant ce temps là, il n'y ait pas de femmes en détresse qui attendent tous leurs soins ?

Nous sommes revenu-e-s par la même porte l'après-midi, il n'y avait plus de gendarmes !

Mon propos n'est pas d'ennuyer mes lectrices avec les détails techniques et fastidieux des textes européens ; je souhaite juste faire prendre conscience (si tant est que ce soit appréhendable sans se rendre sur place !) de la réalité de l'élevage industriel, par juste un exemple. Pour 900 truies il est prévu 3 verrats m'a dit l'éleveur. Ils servent à faire revenir les chaleurs après la mise bas, ils n'auront jamais le loisir de les approcher ; je vous laisse imaginer leur frustration. En effet, elles seront inséminées artificiellement par un technicien, coincées dans une stalle d'où elles ne pourront pas bouger pendant 5 jours, le "temps que ça prenne". Comment sait-on qu'elles sont en chaleur ? C'est là que les verrats interviennent : ils sont trois dans leur stalle. A hauteur du groin de la femelle, il y a un trou cylindrique de 20 cm environ laissant passer l'odeur du mâle ; elles viennent donc y tourner dès la reprise des chaleurs (désormais en 2013, elles seront conduites en groupe, désincarcérées de la stalle qui les emprisonnait à vie jusqu'à maintenant -une victoire des défenseurs des animaux) devant la stalle des mâles. Au-dessus du cylindre, il y a un lecteur de puce (RFID**, rappelez vous) qui va identifier la truie et décompter ses passages et son temps de stabulation devant les mâles. Au bout de 3 passages et/ou de 14 minutes de stationnement, la machine lui envoie un jet de peinture sur le groin, jet de peinture qui va permettre à l'éleveur ou au technicien de l'élevage de la repérer et de l'inséminer artificiellement lui-même avec des paillettes de sperme -voir plus haut.
Pas le droit de faire chabadabada, chabadabada, alors ? Ce n'est pas possible dans les élevages industriels : attendre les sentiments, ça fait perdre du temps, justement. Et le temps, c'est de l'argent comme dit mon banquier.
L'animale niée dans ses besoins comportementaux et sociaux, enfermée dans un élevage concentrationnaire va vivre une vie de mises bas (2,8 par an en moyenne), d'allaitements de 21 jours et de ré-inséminations, et au bout de trois ans, à condition qu'elle "coopère" en "prenant" sans barguigner les inséminations, on va la réformer, en technolecte, l'envoyer à l'abattoir dans le langage commun. Les porcelets de 21 jours seront sevrés et brutalement enlevés à leur mère : ils iront à l'engraissement dans des exploitations industrielles sur caillebottis elles aussi, produisant des "porcs charcutiers" abattus eux vers l'âge de 4 à 6 mois, c'est à dire très jeunes ! Ce sont nos règles pour le parc animal.








Merci à Yves et Brigitte pour les photos. Double cliquer pour agrandir.

* Dans un élevage normal, elles auraient entre 7 à 10 petits -elles ont 12 tétines, 6 de chaque côté, mais dans un élevage hors-sol avec la stimulation ovarienne, elles peuvent mettre bas de 17 à 21 tout petits porcelets qui occasionnent des pertes : ils sont très petits et certains meurent dans la journée car ils ne sont à peine viables.
** RFID : Radio Frequency IDentification

Lien vers le blog de Clumsybaby qui a lu le dossier des Inrockuptibles sur la viande qui tue.

Je laisse la conclusion à Elizabeth de Fontenay qui citant Jacques Derrida, philosophe qui rappelle "qu'un anéantissement des espèces est à l'œuvre. Sans la prise en compte du silence des bêtes, les chemins de l'humanisme ne mènent nulle part. "

Bibliographie et ressources :
Eating animals ou Faut-il manger les animaux en français de Jonathan Safran Foer
Règles pour le parc humain de Peter Sloterdijk***
L'Animal que donc je suis de Jacques Derrida
Le silence des bêtes et Sans offenser le genre humain de Elizabeth de Fontenay (ces 4 derniers sont des ouvrages de philosophie)
Bidoche de Niccolino dont j'ai parlé ICI.
Notre poison quotidien de Marie-Monique Robin, prochaine diffusion sur Arte le 15 mars 2011 à 20 H 40.


*** Je l'ai dévoré en une heure : après avoir constaté la mort de l'humanisme en 1945 à Auschwitz, le philosophe allemand Peter Sloterdijk  jette un regard impitoyable de lucidité sur l'avenir du troupeau humain -aka le parc humain.
PS Je ne suis pas parrainée par Amazon pour les liens vers son site.