mardi 24 décembre 2013

2/2 #Shero - Héros au féminin de séries télé et de cinéma

Episode 2 sur mes héroïnes au féminin dans la pop culture : cinéma, BD, séries. Cette semaine, ça va être nettement séries télé, un genre où elles font florès. Birgit NyborgKatrine Fønsmark (Borgen), Katniss Everdeen (The Hunger Games, romans puis transposition au cinéma), Carrie Mathison (série Homeland), et Daenerys Targaryen (série Game of Thrones).

Birgit Nyborg, héroïne de la série Borgen diffusée en France sur Arte, est une femme politique danoise centriste pressentie par son parti politique pour former un gouvernement de coalition (régime non présidentiel comme chez nous où le "roi" est oint du suffrage universel, et ça fait du bien) dont elle sera la première Ministre.


Femme déterminée et intègre, Birgit Nyborg accède donc à la tête de l'exécutif danois après des tractations avec les partis concurrents coalisés. Rien d'évident : après de subtiles négociations, il faut parvenir à former une coalition de gouvernement qui tienne la route et soit d'accord pour proposer et mener ensemble une politique pour le pays. La série a le mérite de bien montrer les approches, les accords, les désistements, bref le consensus qu'il faut obtenir dans une démocratie pour gouverner. Birgit est aussi épouse et mère de famille. Son mari, père de ses enfants, va vite se sentir marginalisé par le rôle écrasant que tient sa femme, d'autant que son propre métier se révèle en conflit d'intérêt entre son statut d'époux et celui de cadre d'une entreprise où il peut tirer profit de sa position de mari du Premier Ministre. Le couple n'y survivra pas.

Birgit Nyborg n'a pas de super-pouvoirs, elle n'est pas une super-héroïne, elle est juste une femme de bonne volonté qui expérimente la charge du pouvoir, cette chose sacralisée par les hommes, charge qui l'éloigne d'eux et s'exerce dans la solitude, même dans une démocratie apaisée comme l'est le Danemark. On la voit au fil des épisodes se colleter avec des dossiers comme le statut des prostituées, l'élevage hors-sol, ou proposer sa médiation (réussie) entre deux belligérants africains. Birgit rentre tous les soirs chez elle, car elle refuse d'habiter dans la demeure de fonction qui lui est réservée : elle surveille les devoirs des enfants, remplit le frigo et assiste à la défection de son mari. Mais Birgit a le virus de la politique et le goût de la conviction et du pouvoir. Elle est trahie, elle pleure, tombe et se relève. C'est une héroïne ordinaire, positive et empowering. Elle inspire peut-être l'actuelle Première Ministre sociale-démocrate du Danemark, Helle Thorning-Schmidt.


En parallèle de Birgit, et en face d'elle, on assiste à la montée en puissance d'une journaliste de la principale chaîne de télévision du pays, Katrine Fønsmark dont l'amant puis père de son enfant est le spin doctor de Birgit Nyborg. Katrine, comme Birgit est une femme qui fait carrière sans état d'âmes, tout en menant une vie de famille à peu près normale. Deux femmes puissantes dans la même série, que demander de plus ?

Katniss Everdeen - Héroïne de The Hunger Games trilogie bestseller de science-fiction (cauchemardesque) de Suzanne Collins. L'adaptation au cinéma était donc inévitable. Nous sommes dans un univers post-apocalypse où règne une dictature effroyable : deux classes sociales, des privilégiés minoritaires et des masses informes qui survivent dans des districts crasseux et doivent fournir une fois par an un garçon et une fille pour des jeux télévisés, les Hunger Games, genre télé-réalité mortelle. Katniss se propose en remplacement de sa jeune sœur dans le premier épisode où elle s'allie avec un garçon de l'équipe adverse, amoureux d'elle, ensemble ils gagnent le concours après avoir éliminé les autres concurrents.


J'ai vu le 2ème film Catching fire (L'embrasement) que j'ai trouvé
mauvais ! Bavard, pesamment illustratif, voire téléphoné, truffé d'effets spéciaux, la plaie du cinéma actuel, on assiste au retour triomphant de Katniss dans son district, en vainqueure à l'abri du besoin. Une sorte de révolte des districts accompagne sa victoire. Les dictateurs décident de nouveaux jeux pour les calmer. Défilés spectaculaires genre Nuremberg nazi filmés à la grue ou en hélicoptère, présentatrice de télévision aux tenues extravagantes, et jeux mortels dans une (fausse ?) forêt truffée de pièges électroniques, de trompe-l’œil, d'images de synthèse qui remplacent la réalité, de brouillards chimiques brûlants, Katniss est à rude épreuve. Le film s'arrête un peu abruptement : Katniss, Peeta, son amoureux, et deux ou trois autres survivants, on devine qu'il va y avoir une suite rapidement.

Katniss est une archère hors-pair (comme Merida), une sorte de belle Artémis qui sort élégamment ses flèches de son carquois, vise et tire à la vitesse de la lumière sans (presque) jamais manquer sa cible. Heureusement qu'elle est là ! Sans elle et son charisme désespéré, il n'y a personne d'autre. Elle écrase l'histoire. Notez que je ne me plains pas. Elle est vaguement amoureuse d'un garçon Peeta (sans roulages de pelles excessifs) son ex-adversaire, et elle est solidaire de sa famille. Elle est empathique mais puisqu'elle vit dans un univers impitoyable, elle joue littéralement le jeu. Il n'y a pas vraiment de contestation chez elle, pas de révolte. Elle survit grâce à ses qualités de combattante : struggle for life. Ne comptez pas sur Les Hunger Games pour faire dans la contestation politique, même embryonnaire. Mais, une gladiatrice dans les jeux du cirque, comme on n'avait jamais vu ça, je prends, d'autant qu'elle est victorieuse. Elle permet aux mecs spectateurs (j'ai vu le film dans une salle où il n'y avait que des hommes dont un nous a enfumés sournoisement, je suis allée le cafter à la caisse à la sortie, mais bien entendu, il n'était plus là, ce misérable !) de remplacer leurs stéréotypes mâles qu'on a vraiment assez vus. Ah oui, le personnage de Katniss doit beaucoup à Jennifer Lawrence, son interprète, belle fille que les standards de beauté faméliques de Hollywood trouvent obèse (c'est elle qui le dit), et que la presse magazine photoshoppe !

Carrie Mathison - Héroïne de Homeland, série diffusée par Canal+ et D8 où je l'ai vue ; Homeland, série paranoïaque, est l'adaptation américaine de Hatufim, l'excellente série israélienne qui raconte le retour de soldats prisonniers de guerre qui ont possiblement été retournés par l'ennemi palestinien, ou Al Qaeda dans le cas de Homeland.


Carrie Mathison est une agente de la CIA traumatisée par les attentats du 11 septembre que son administration n'a pas su prévenir. Elle aurait donc tendance à voir des complots là où il n'y en aurait pas ? En conflit permanent avec sa hiérarchie, atteinte comme son père de troubles bipolaires dont son employeur ne sait rien (sauf son mentor Saul Berenson), elle est soignée en douce par sa médecin de sœur qui lui prescrit régulièrement un stabilisateur de l'humeur. Il arrive à Carrie de lâcher la rampe et de partir en plein délire ; de plus, elle n'hésite jamais à violer les lois américaines de protection de la vie privée ni le règlement intérieur de son service pour arriver à ses fins. Détail supplémentaire : sa hiérarchie tout en la tenant pour brillante, ne croit jamais ce qu'elle prédit. Mais au final ses prédictions se révèlent toujours justes.

Carrie Mathison est une héroïne traumatisée (il n'est pas impossible qu'elle porte un lourd secret), complexée, manquant de confiance en elle, malade (comme Lisbeth Salander), mais ses crises maniaques peuvent déclencher chez elle des trouvailles géniales. Carrie est atteinte du syndrome de Cassandre qui prive les femmes du magistère de la parole : ce qu'elle prédit n'est jamais cru, alors que les faits lui donnent toujours raison : le soldat Brody a bien été retourné. Classique anti-héros, vilain petit canard dans une portée de cygnes, elle doit sans arrêt en faire plus : cynique, carriériste, paranoïaque, elle s'impose toujours. Toutes ces caractéristiques finissent par lui donner un côté positif : têtue, combative, libre de ses choix, obligée de combattre ses complexes, elle en devient sûre d'elle tout en restant humaine.

Daenerys Targaryen - Héroïne (interprétée par Emilia Clarke) de Game of Thrones, une série diffusée par Canal+ et D8, juste derrière Homeland, hélas, à pas d'heure, deux épisodes comme il se doit : le mépris habituel des diffuseurs pour leur public ! Game of thrones est une série de médiéval fantasy ou heroïc fantasy, genre auquel je n'accroche pas. Donc à 23 H 20, à la première coupure pub, je sombre dans le coma. Ce qui caractérise l'heroic fantasy, c'est que malgré les super-pouvoirs de certains, les femmes y sont traitées en butin de guerre et monnaie d'échange, en chèvres autrement dit ! Dès le premier épisode, cette pauvre Daenerys, issue d'une famille déchue et consanguine (explication paraît-il de ses cheveux blancs) est donnée à un rustre qui la viole lors de sa nuit de noces. C'était plus que je n'en pouvais supporter.














Mais une discussion passionnée sur Twitter avec des twittas fans de la série m'a convaincue de persister : Daenerys va monter en puissance dans la saison 3. Pour son mariage, des œufs de dragons non éclos lui ont été offerts. Ses petits dragons vont éclore, grandir avec elle, et lui donner la puissance qu'elle n'a pas. Ses frères, sa famille, tous ses proches sont morts. "Quand mes dragons seront grands, nous reprendrons ce qui m'a été volé et nous détruirons ceux qui m'ont fait du mal !", hurle-t-elle dans la bande annonce. Persistance du mythe de la femme associée au serpent. Du statut de victime (première et deuxième saison), elle gagne en ascendant et en épaisseur : levant une armée puissante après avoir libéré tous les esclaves, tous sont prêts à se battre pour elle. Daenerys serait-elle la prochaine sur le Trône de fer ?



Liens :
Les Martiennes : Game of thrones, une série féministe ? 
Les Martiennes toujours : Séries TV - Top 10 de nos héroïnes féministes préférées.
Daenerys Targaryen : Taking the power back en anglais chez HBO.

mercredi 18 décembre 2013

1/2 #Shero - Héros au féminin, de romans, de séries télé ou de cinéma

Elles font partie de la pop culture, elles nous enthousiasment, nous émeuvent et nous rendent puissantes car elles nous donnent confiance en nous : elles sont empowering et nous servent de modèles. Elles sont héroïnes de romans, de cinéma (ou les deux), de séries télés ou de bandes dessinées. J'en ai sélectionné neuf, dont je propose le portrait en deux billets. Les quatre premières s'appellent Ripley, Lisbeth Salander, Lisa Simpson, et Merida. C'est évidemment un choix arbitraire qui correspond à mes goûts, vous pouvez me signaler les vôtres, dans les commentaires, en disant pourquoi elles sont dignes du titre de shero (héros au féminin). Attention : risque de spoilers dans certaines biographies !

Lieutenant Ripley - Alien film de Ridley Scott 1979 - Rôle joué par Sigourney Weaver - Lieutenante du Commandant Dallas sur le Nostromo, cargo spatial commercial transportant de la marchandise, Ripley devient la commandante du vaisseau à la mort de Dallas, après un atterrissage hasardeux sur une autre planète ordonné par un signal radio, qui détourne les passagers du vaisseau de leur route initiale, et où ils sont contaminés par une créature extra-terrestre.


L'alien (l'étranger) rapporté par l'équipage infeste le vaisseau et supprime 8 passagers, un par un. Le lieutenant Ripley sera la seule survivante (avec le chat Jones), après un combat acharné avec la créature. Elle doit également déjouer un complot machiavélique et une tentative de meurtre de l'officier scientifique adjoint à l'équipage, qui est un allié de l'alien dans la place. Outre son héroïne, ce qui est passionnant dans Alien (le premier, oubliez les trois autres : le numéro deux peut éventuellement se laisser regarder car il reprend les codes du premier, mais les 3ème et 4ème épisodes de la franchise sont de vraies régressions !), c'est que tous les codes habituels du récit épique sont à l'envers : c'est un homme qui accouche littéralement du monstre (Alien "le fils de Kane") et c'est une femme qui terrasse le dragon. Lecture mythologique, lecture sexuelle, lecture psychanalytique : le film est un chef-d'oeuvre !

Ripley est une héroïne froide, déterminée, volontaire, combative, solidaire de son équipage, elle s'oppose sans arrêt à l'indécis Capitaine Dallas qui fait toujours les mauvais choix après de longues hésitations, et au bout du compte c'est toujours à ses analyses que l'histoire donne raison. Rationnelle, elle invoque sans cesse le règlement de la Compagnie, écrit pour protéger l'équipage, le vaisseau et sa cargaison. Elle triomphe finalement seule du monstre après une série d'épreuves où elle l'emporte à chaque fois après un dur combat.

Lisbeth Salander  Héroïne de la trilogie romanesque Millenium de Stieg Larsson : elle arrive au milieu du premier opus, rencontre puis remplace progressivement le premier héros Mickaël Blomkvist qui se met à son service. Ici, incarnée au cinéma par l'actrice Noomi Rapace.


Lisbeth est une héroïne atypique : asociale et autiste, terriblement traumatisée par de multiples agressions sexuelles, après une tentative de meurtre sur son père qui battait sa mère, elle a été "soignée" dans des hôpitaux psychiatriques par des hommes maltraitants. Lisbeth est une survivante. Petite, frêle, se nourrissant très mal, elle montre une résilience et une résistance physique hors normes. Héroïne vengeresse, Lisbeth Salander est une hackeuse informatique hors pair, légende dans le petit monde fermé des hackeurs. Faussaire (toujours pour la bonne cause), elle possède différents passeports, se grime et change d'aspect dans la poursuite de ses ennemis, entre par effraction dans les comptes et codes secrets de ses adversaires. Lesbienne et bisexuelle, elle est très libre et entreprenante dans le choix de ses partenaires, femmes et hommes.

Lisbeth Salander est une héroïne positive, déterminée et empowering pour les femmes et filles. Génie autodidacte de l'informatique, rien ne lui est impossible. Libre de ses choix, têtue, rien ne la fait dévier de sa route, même lorsqu'elle doit affronter les pire brutes et les plus grands dangers. Sorte d'anarchiste libertaire individualiste, elle n'obéit qu'à ses propres lois et motivations.

Lisa Simpson est une héroïne de dessin animé diffusé par la télévision américaine depuis 1987, Les Simpsons, série qui a fait le tour du monde. Lisa est fille d'une famille moyenne américaine, carrément des beaufs, dont le père travaille dans une usine nucléaire et dont les loisirs consistent à se vautrer sur le canapé devant la télé en se goinfrant de burgers et de saucisses : elle a 8 ans, est amatrice de jazz, et joue du saxophone.


Elle est environnementaliste, féministe, défenseure des droits des gays et des tibéthains, et elle est végétarienne. Pour tout dire, c'est une intellectuelle, elle a une conscience politique et elle est bien la seule de la famille à posséder cette caractéristique ! D'ailleurs, elle lit pendant que sa mère cuisine et que ses père et frère s'abrutissent devant la télé !


Lisa Simpson est une héroïne empathique, charismatique, idéaliste, leader : elle tire sa famille vers le haut. Comme c'est une petite fille très jeune et aimante, elle est souvent déchirée entre ses idées politiques et son amour pour ses parents, stupidement conformistes : une mère inepte, un père irresponsable et velléitaire, et son mauvais garçon de frère, futur délinquant. Mais elle sait se faire sa propre opinion et la défendre : elle est engagée. C'est une militante qui dans divers épisodes a su s'engager pour des causes pacifistes. A ces titres, elle est un modèle puissant pour les filles.

Merida : héroïne de Rebelle, des studios Pixar, film d'animation sorti en 2012, dont j'avais fait un billet ici. Merida est la fille d'un roi des highlands d'Ecosse, elle a 17 ans, l'âge de se marier pour les filles, dans toute famille aristocratique.


Mérida est une princesse atypique : archère, elle améliore ses performances au tir à l'arc, cavalière hors pair, elle chevauche dans les forêts et terres de son père son cheval Angus, dont elle bouchonne le poil le soir en rentrant à l'écurie. Elle est très heureuse comme cela. C'est compter sans sa mère qui veut la marier, et convoque les seigneurs voisins pour trouver un bon parti et faire une fin. Mais Mérida ne l'entend pas de cette oreille : elle s'en va consulter une sorcière pour un tuyau qui pourrait lui éviter ce destin dont elle ne veut pas. A la suite d'une erreur de manipulation, la reine-mère est transformée en ourse, alors que la sorcière, partie à un congrès, est introuvable ! Après des épreuves qui vont solidariser la fille et la mère, permettre un échange de connaissances, et dont elles sortent victorieuses, Merida gagne le droit de mener sa vie comme elle l'entend : rester célibataire, puisque c'est son choix. Cas unique dans l'histoire du cinéma et du dessin animé : la princesse est active et aucun prince charmant ne viendra la révéler à elle-même à la fin !

Mérida est entreprenante, active, sportive, aussi indomptable que sa chevelure rousse. Tout en étant une fille aimante et attachée à ses parents, elle sait exprimer sa volonté et imposer ses vues, d'autant plus qu'elle est concernée. Assertive et fidèle à elle-même, elle ne permet à personne d'autre de faire des choix à sa place. D'aucuns y ont vu une héroïne crypto-lesbienne. Pourquoi pas ?

Suite du billet : 2/2 #SHERO Héros au féminin de télé et de cinéma

jeudi 12 décembre 2013

Gyn/ergy - Girlilla

7000 féministes à l'assaut d'une cathédrale en Argentine pour protester contre la négation de leurs droits reproductifs, sur lesquels les hommes d'église font un hold up permanent. Cela s'est produit à l'issue d'une conférence féministe sur les trafics de femmes et sur le droit à l'avortement, principaux sujets évoqués lors de ce rassemblement de
17 000 femmes, selon une agence de presse argentine. Video de l'action ci-dessous : le son n'est pas tout le temps au rendez-vous, mais elle fonctionne !



"Si le Pape était une femme, l'avortement serait légal !"  et " Vos rosaires hors de nos 
ovaires !"scandent-elles, pendant que 1500 hommes se serrant les coudes, font cercle et défendent stoïquement le monument, en récitant des Ave Maria. Une effigie de Bergoglio, premier Pape argentin (François 1er) est même brûlée en place publique. Contrairement à ce qu'ont prétendu les forces de l'ordre qui ont attendu stoïquement sans rien faire -"ce sont des femmes"- que la manifestation se passe, il n'y a pas eu de violence ni de vandalisme. Juste quelques braguettes recouvertes de peinture noire et quelques crachats ! Plus des tags de moustaches sur les visages des protecteurs de la cathédrale, et des petites culottes autour de leur cou. Confirmation que "le féminisme n'a jamais tué personne ! Le machisme, lui, tue tous les jours" !

Grognements de l'évêque, rescapé sans bobos de sa cathédrale où il récitait des prières pendant la manif, qui a déclaré : "Elles ne respectent pas la vie, nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu'elles respectent les monuments" ! Pour une religion qui a converti plusieurs siècles durant les amérindiens au fil de l'épée (grosso modo, le message de tous les Torquemadas de l'HIStoire : tu embrasses la vraie foi ou je te crève !), je qualifierais la remarque de culottée et d'amnésique.

Les mots de mon titre, Gynergy et Girlilla, sont des jeux de mots empruntés au Wickedary, dictionnaire à malices de Mary Daly.
Lien : L'article de Washington Times qui n'est pas en faveur de l'action, les commentaires (en anglais) en témoignent !

vendredi 6 décembre 2013

De l'importance du témoignage des survivants, en récit ou en images



Ce matin (c'est arrivé le 11 novembre 2013 : NDLT), l'histoire d'un jeune chevreuil dont la face a été percée par une flèche de chasseur est devenue virale. L'histoire se termine de façon heureuse : grâce à l'intervention humaine, il a en effet survécu pour voir un autre jour.

Bien que la couverture médiatique soit problématique pour de nombreuses raisons, ridiculement surnommé « Steve Martin » d'après un gagman popularisé par une scène de flèche dans la tête, l'affublant du « it »*, célébrant le Département de la Vie sauvage pour l'avoir sauvé, quand la même agence est responsable de faciliter la « chasse » : l'image est assez puissante pour transcender le spécisme des médias et offrir un coup d'oeil sur les horreurs du meurtre des animaux non humains pour le « sport » et/ou la "nourriture".

« La chasse » (je place le terme entre guillemets pour signaler l'euphémisme) est comme un club privé ou une société secrète pour hommes qui cherchent à consolider leur domination dans des meetings annuels exclusifs, tenus inaccessibles au public. Les hommes se rassemblent dans les bois pour créer des « liens », « apprécier la nature », faire des « balades en plein air », « rencontrer de vieux amis », « apprendre des leçons de vie », etc. Toutes ces charmants sentiments obscurcissent l'activité première qui différencie « la chasse » du camping ou de l'escalade : le massacre de cerfs, ours, ou de tous autres animaux libres et sauvages.

Les hommes utilisent l'isolement de l'arrière pays pour promulguer le patriarcat dans ces espaces dédiés aux seuls mâles. La pratique est renforcée par des comportements hautement ritualisés. « Les chasseurs » dépensent des milliers de dollars en licences, en armes et accessoires, tenues de camouflage, appâts, etc.. Les garçons sont initiés jeunes et forcés (le meurtre n'est pas usuellement chose naturelle ni désirable chez les enfants) à tirer et utiliser des armes contre des animaux non-humains qu'ils ont, ailleurs, considéré comme des amis. Souvent, les tueurs terminent le rituel en consommant la chair de leurs victimes.

Contre nous, les défenseur-e-s (femmes en particulier), qui sommes non-initié-e-s à ces rassemblements masculins secrets, ces tueurs prétendent que « nous n'y comprenons rien » quand nous protestons contre cette violence. Comme tous les étalages de pouvoir mâle, « la chasse » est présumée nécessaire et toute opposition serait supposée indiquer une ignorance crasse. Cette déflexion/déviation de la résistance des femmes renforce « la chasse » (une pratique suprémaciste mâle) comme pratique pour les seuls hommes, et elle légitimise leur pouvoir.



Les survivants proposent un aperçu de ce monde caché. Les leçons de « chasse » recommandent aux tueurs de tenir leurs sales activités hors de la vue du public qui en serait offensé. La taxidermie des corps portraitise des animaux alertes et en vie. Mais les survivants nous montrent les horreurs de l'idéologie patriarcale pro-«chasse » que les nettoyages de scènes de crime obscurcissent. Le fait que de nombreux parcs et forêts nationales soient pratiquement fermés au public pour que les hommes puissent y entrer avec des armes et infliger un génocide à d'innocents habitants des bois démontre le hold-up, cautionné par l'état, des hommes, ayant-droit des espaces féminins. Comme l'expliquent les éco-féministes, les animaux non-humains et l'environnement, comme les femmes, sont traités comme des ressources qui existent pour le bon-plaisir des hommes consommateurs.

Les récits dont témoignent les survivants de la « chasse » ne sont pas différents de ceux des animaux réfugiés, vivant dans des fermes-sanctuaires, ou des survivantes du viol et de l'esclavage : illes survivent pour nous raconter l'histoire de la violence masculine. Illes rendent visible une oppression invisibilisée.

*It : neutre anglais. Appliqué aux choses et aux animaux, il les exclut du «il » ou « elle » réservé aux humains. Traduction : ça.
Les caractères en gras sont de moi.

Traduit, avec leur accord, de l'article Arrow Pierces Deer's Face and Lives to Tell the Tale : The Importance of Survivor Images sur le blog Human-animals studies images, blog de l'ONG Animals and Society Institute qui étudie les relations humains-animaux au prisme de la domination et du spécisme.

Lien supplémentaire : Le massacre des globicéphales (grindatrap) aux Iles Féroés, Danemark, un rituel viril ancien. "Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de Danemark" William Shakespeare.