mercredi 25 juin 2014

Non, le masculin ne l'emporte pas...

Avant le français, il y avait le latin, et avant l'imprimerie il y avait des moines copistes qui écrivaient en latin. L'invention de l'imprimerie a bouleversé tout cela : comme lors de l'arrivée d'Internet, on a, à l'époque, spéculé sur la mort des langages vernaculaires, des patois régionaux (dont le français) qui devaient disparaître au profit du latin. C'est exactement le contraire qui s'est passé. La France féodale est  composée et entourée de pouvoirs régionaux, duchés, comtés, seigneureries, qui défendent âprement leurs prérogatives contre un embryon d'état centralisateur, où seuls savent lire quelques lettrés, et l'Eglise en concentre la majorité, la clergie : seuls les chrétiens de sexe masculin ont le droit de passer des diplômes. Cela leur ouvre toutes sortes de postes prestigieux.


La "vitupération des femmes" par la "forteresse assiégée"

"Parce qu'elle est la première a construire un état, la France est pionnière dans les progrès de la domination masculine". Il y a eu quantité de souveraines et de gouvernantes : quand la loi salique (mythe masculin) ne les empêchait pas de monter sur le trône, elles étaient vilipendées, leur mémoire gravement salie dans les livres d'histoire "afin d'illustrer le bien-fondé de la prétendue décision des fondateurs du royaume : les femmes qui ont régné, toutes usurpatrices, ont toujours engendré des catastrophes". Il a pourtant de grandes intellectuelles, autrices,
poétesses : Marguerite de Navarre, Christine de Pisan, Hélisenne de Crenne...), malgré cela, "en France toutes les femmes sont soumises à leur mari, même les reines". La forteresse assiégée (les mâles menacés dans leurs prérogatives) se défend pied à pied : les reines deviennent des productrices d'héritiers.

"On dit que si les femmes savaient, elles voudraient commander" ! (François Béroalde de Verville - 16ème siècle). Comme on le voit, les assiégés par l'excellence des dames développent des discours légitimant la répartition inégale des pouvoirs. Pourtant en 1607, Charles Maupas, auteur d'une grammaire françoise énonce que tout nom d'office d'homme est masculin et tout nom d'office de femme se met au féminin (accessoirement, le féminin procède du masculin, tout comme Eve a été formée de la côte d'Adam, vieux fantasme de l'engendrement masculin) : "avocate, clergesse, dompteresse, apprentisse, doyenne, emperière, financière, officière...". Elles font des tas de métiers, vous remarquerez qu'elles ne sont pas timides comme aujourd'hui ! Il édicte des règles : demandeur, demanderesse, défendeur, défenderesse (ces deux derniers persistent en langage juridique), docteur, doctoresse (dans les campagnes encore aujourd'hui on dit doctoresse, sagesse de la langue populaire qui refuse de nier les femmes), philosophe, philosophesse, peintre, peintresse... Inventeur, inventrice, procureur, procuratrice, vainqueur, vainqueresse, capitaine, capitainesse, libraire, libraresse. Elles excellent dans tant de métiers que cela ne peut plus durer : tous ces mots en esse disparaîtront, dont pilosophesse qui les fit ricaner car il se terminait en "fesse". Sans rire, on a "l'humour" qu'on peut quand on est assiégé. Autrice, aussi, va leur causer de gros soucis. Arrive Louis-Nicolas Becherelle en 1834 qui édicte que, bien que les femmes exercent ces métiers : "on ne dit pas professeuse, graveuse, compositrice, traductrice, etc., par la raison que ces mots n'ont été inventés que pour les hommes qui exercent ces professions". Après qu'un Sylvain Maréchal, poète et militant politique, ait défendu un Projet de loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes en 1801 ! Les  vilains jaloux. Bescherelle, encore : "La masculinité annonce toujours une idée grande et noble". Et puis : "Les femmes poètes sont de mauvaises ménagères ; la rime s'accorde mal avec l'économie" d'un certain Boiste.

Le masculin l'emporte.

Comme dans le mal nommé "Club des Lecteurs" de ma médiathèque : j'ai beau dire qu'il n'y a que des femmes à la plupart des réunions, ou alors un seul homme et 6 femmes : moi j'appelle cela un Club des Lectrices, mais rien à faire, les bibliothécaires (des femmes, mais mot épicène) me regardent noir. Je suis une affreuse féministe castratrice. Le masculin l'emporte partout : dans les pronoms attributs-barbe au menton. Je suis malade, je suis enrhumé, dit un de ses amis à Madame de Sévigné : "je LA suis aussi" répond celle-ci très rationnellement. Le monsieur la tance en disant qu'on doit dire "Je LE suis aussi". Madame de Sévigné rétorque que si elle employait LE pour parler d'elle, elle aurait l'impression d'avoir de la barbe au menton. Bescherelle (encore lui !) cautionne : le pronom LE doit être généralisé. Le genre des inanimés : ne cherchez pas là non plus de logique, mais sont généralement féminin, les "sons mols", et masculins, les "sons durs". Et de genre féminin, les mot se terminant par un e MUET ! Il y a plein d'exceptions : aigle par exemple, qui était un féminin jusqu'au 1er empire, et qui devient masculin quand Napoléon décide d'identifier cet oiseau avec son pouvoir ! Eliane Viennot évoque également l'accord des participes présent ou gérondifs. Aujourd'hui il sont invariables, mais il ne l'ont pas toujours été : au XVIIIème siècle on trouve des testaments de femmes "couturière, âgée de 25 ans, native de Paris, demeurante Rue Neuve Saint-Sauveur n° 329" ou "y demeurante et étante en bonne santé" ! Là également, le prétendu "neutre" masculin a prévalu.

Je me souviens de certaines de mes profs (groupies) qu'enchantait la langue française, tellement logique et tellement précise, selon elles ! Mais il n'y a aucune logique : il s'agit de conventions imposées de force par le pouvoir masculin assiégé qui utilise tous les moyens, même les plus déloyaux, pour mieux nier le féminin, donc les femmes. La langue française est genrée. Pour la précision, elle repassera aussi : refuser de dire pompière ou croupière quand c'est une femme qui endosse la fonction, j'appelle cela de l'imprécision organisée. Aujourd'hui, les pronoms relatifs lequel / auquel sont en passe de remplacer laquelle et lesquel-les, auxquel-les, qui s'accordent obligatoirement avec ce qui a été énoncé avant eux : toustes les femmes et hommes politiques font désormais la faute, y compris les nationalistes crispés, suivez mon regard.

Passionnant à lire, ce livre est l'histoire de la formation et de l'harmonisation du français, ce patois du latin, par un pouvoir politique masculin centralisateur. Je sais que plein de gens pensent que cette querelle du féminin est futile : comme illes se trompent ! Refuser la féminisation des noms de fonction, par exemple, est loin d'être innocent. Sur 90 métiers environs, les femmes sont cantonnées à une douzaine, mal payés, et tous au service des hommes et de la collectivité. Il y a un siècle, dans les administrations et les écoles en Bretagne, on voyait affiché "Défense de cracher par terre et de parler breton". Quand on veut nier, diffamer, péjorer, distinguer, renvoyer à l'altérité, on utilise la langue. Le français est misogyne, spéciste et, en ce qui concernait le breton, raciste. Lisez ce petit livre : la langue est politique, et n'oubliez jamais que le langage humain est performatif, il crée le réel. En l'espèce : la détestation du féminin, donc des femmes.

Non le masculin ne l'emporte pas sur le féminin - Editions iXe

jeudi 19 juin 2014

Des fachotes et fachos, les VG défenseurs des animaux ?

Comme j'en ai un peu assez de voir arriver des remarques sur les intentions de vote FN de certains défenseurs des animaux et végétariens, lors des manifestations anti-corrida pour ne citer que celles-là, je vais tenter une courte histoire de la compassion envers les animaux démontrant que ce sont des humanistes qui s'intéressent à la question. Il n'y a rien à gagner à défendre les animaux : aucun bénéfice politique, il n'y a que des coups à prendre, suivis de l'oubli. Le féminisme et la protection de l'environnement, opportunément aiguillés, peuvent éventuellement conduire vers une carrière politique, le végétarisme et la protection animale, je ne crois pas. Je n'en connais pas, en tous cas.

Le XIXème siècle
Delmas de Grammont : général de cavalerie sous Napoléon III et député de droite libérale de la Loire, deux ans de mandat. Il initie la première loi de protection animale en France en 1850, punissant d'une amende tout acte de cruauté envers un animal, 30 ans après les anglais. Je n'ai aucune sympathie pour les généraux du Second Empire, pas plus que du Premier, ni d'ailleurs pour les notables de province. Delmas de Grammont n'a même pas de page Wikipedia, il a laissé son nom à un collège du Sud-Ouest, il y a une Avenue Grammont à Tours (mais je ne sais même pas si c'est lui), bref, cet homme est bien oublié aujourd'hui. On apprend sur ce lien qu'il était taxé de socialisme par son camp politique car il demandait des salaires décents pour les ouvriers, et qu'il payait correctement son personnel, même quand ils étaient vieux. Il semble que sa compassion s'exerçait aussi bien envers les animaux qu'envers les humains, ce qui est normal, il n'a rien du facho ou de l'extrémiste de droite. 

Le couple Mary et Percy Shelley - Mary Shelley, née Mary Wollstonecraft Godwin, d'une mère philosophe féministe (Mary Wollstonecraft) qu'elle perd à onze jours, est une écrivaine anglaise de l'époque romantique dont le roman le plus connu dans une production importante est Frankenstein ou le Prométhée moderne, œuvre par laquelle elle invente le roman d'anticipation gothique, genre qui fera fortune dans la littérature et le cinéma. Mary est féministe, et réformatrice radicale. Son mari et elles sont des végétariens convaincus. On peut lire son Frankenstein à différents niveaux, mais incontestablement, il dénonce déjà la croyance irrationnelle dans le progrès technique, et le fait que lorsque des hommes (mâles) se mêlent de donner la vie, ils produisent des monstres. La Créature du Docteur Frankenstein est fabriquée de l'addition de morceaux de cadavres et d'organes sélectionnés et trouvés dans des abattoirs : sa monstruosité fait fuir les humains qui la rejettent. En fuite et mourant de faim, la Créature renonce à manger de la viande en prenant conscience de quoi elle est fabriquée. Monstrueux, mais plus humain et empathique que les
humains : elle souffre tellement ! Les prétentions désespérées de la Créature à être admise par l'espèce humaine reflète la position des féministes et des végétariens de son époque : ils sont toutes et tous confrontés à un monde qui refuse de les accueillir et qui les sépare entre "eux" et "nous", selon Carol J Adams dans son ouvrage "The sexual politics of meat". Mary Shelley, bien ignorée malgré le pillage de son œuvre fait par le cinéma, est sortie de l'oubli dans les années 1970 grâce à des critiques féministes qui refusaient qu'elle sombre dans le néant patriarcal réservé aux autrices talentueuses.


Le comte Tolstoï, écrivain russe majeur du XIXème siècle, pacifiste végétarien qui prônait la compassion envers tous les êtres vivants, mais de réputation sexiste et misogyne notoire (nobody's perfect) après la publication de son pamphlet anti-mariage, cette "prostitution légalisée" selon lui, "La sonate à Kreutzer". Mais bon, l'homme était ainsi fait qu'il resta marié et fit de multiples enfants à la comtesse Sophie sa femme, qui lui servait à tout, y compris de secrétaire et d'agente littéraire ! Elle lui répondit en écrivant "A qui la faute ?" publié tardivement. Tolstoï était végétarien, pas sa femme, qui ne comprenait même pas son végétarisme, et rajoutait du bouillon de volaille en douce dans ses plats ! Bref, le mariage, cette association improbable de deux personnes qui passent leur vie entière à s'énerver l'une l'autre en se jouant des coups tordus, rien d'anormal, les Tolstoï ne pouvaient échapper à cette règle universelle. Ce qui est tout de même culotté, c'est de se plaindre tout en profitant des avantages de cette institution patriarcale étouffante pour les femmes. Tolstoï : un homme assez ordinaire en somme, mais humaniste, comme le souligne cet article qui le montre levant des fonds pour nourrir des paysans affamés, un activiste avant l'heure, un pionnier. Et qui démontre que l'empathie n'est pas sélective.

Le XXème siècle
Isaac Bashevis Singer - Ecrivain juif polonais naturalisé américain car fuyant l'antisémitisme de son pays, conteur d'expression Yiddish, prix Nobel de Littérature pour son œuvre en 1978. Végétarien militant, "Les gens disent souvent que les humains ont toujours mangé des animaux, comme si c’était une justification pour continuer la pratique. Selon cette logique, nous ne devrions pas essayer d’empêcher les gens d’assassiner d’autres personnes, puisque ceci existe aussi depuis les tous premiers temps.” “Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka ". Dans ses romans, il y a quelques héros végétariens. Une de ses nouvelles Yentl a été adaptée au cinéma en 1983 par Barbara Streisand : très beau film musical contre le sexisme et l'intolérance des religions révélées, il raconte la volonté d'une fille à devenir rabbin. Elle doit se déguiser en homme pour parvenir à ses fins. Humaniste, avec des traces de féminisme : lisez Isaac Bashevis Singer.

Jacqueline Gilardoni, une "petite dame de la Protection animale" comme les appelle affectueusement Florence Burgat. Se prendre inlassablement des murs et des portes d'abattoirs dans le nez, affronter la violence, l'arrogance et le mépris des directeurs de ces établissements de mort, défricher des terres inconnues où personne ne s'était jamais risqué, se faire une culture sur le terrain sur un dossier qui n'intéressait personne, et surtout pas les pouvoirs publics, persévérer, et finalement arracher aux députés en 1967 une loi sur l'étourdissement avant saignée, Jacqueline Gilardoni l'a fait. Elle crée l'OABA qu'elle dirige et préside pendant 40 ans jusqu'à sa mort en 2001. Aujourd'hui cette ONG a pignon sur rue et est bien connue des professionnels : elle est dirigée par un homme.


Samedi 14 juin, à Paris, avait lieu la 3ème marche pour la fermeture des abattoirs : ci-dessous une photo de die-in sur le parcours de la Marche.


Liens supplémentaires : Estivales de la question animale du 25 juillet au 1er août, département de la Loire, avec des intervenants intéressants.
Non, Hitler n'était pas végétarien.
et de Elizabeth Hardouin-Fugier : la protection animale sous le nazisme, réponse à Luc Ferry.

mercredi 11 juin 2014

Coupe de Monde de foot & PIB masculins



Si vous n'avez pas entendu parler du super Evènement de ce mois de juin, la World Cup 2014 au Brésil, c'est que vous vivez sous une pierre dans les Monts d'Arrée ! Pubs vociférantes pour bagnoles, jingles braillards dans les radios et télés, hystérie dans les aéroports et gares routières sur le car débleus, je n'en peux déjà plus depuis un moment. Même les économistes mâles en quête de la croissance-graal, alpha et oméga de toute économie (formule : N, L, K affectés d'un signe ascendant) qui fait tellement défaut depuis 6 ans, se disputent sur le-s point-s de croissance apportés par le mythique évènement masculin (pas une femme à l'horizon) qui peut peut-être guérir les écrouelles.

Pour rappel, les PIB marchands (Produits Intérieurs Bruts, autrement dit total des richesses produites par un pays), sont le fruit du pillage organisé des ressources naturelles et matières premières non remplaçables, les services rendus par la nature (le N de la formule ci-dessus, L étant le travail et K, le capital) sans aucune contrepartie, hormis le mépris et la condescendance : les sociétés de forage pétrolier et d'exploitation de mines ont la sale habitude de laisser les autochtones se débrouiller avec une décharge à ciel ouvert quand ils ont vidé le filon, n'est-ce pas Shell et Areva ?

Deux exemples : l'abeille (apis mellifera) exploitée depuis le néolithique, première vache à traire mise en esclavage de l'HIStoire, première pollinisatrice de nos récoltes, qu'ils trimballent en ruches sur des milliers de kilomètres, dont ils piquent la nourriture, le miel qu'elle produit, pour la remplacer par de la vulgaire eau sucrée, et comme si cela ne suffisait pas, les mêmes la matraquent avec des toxiques censés protéger leurs (mono)cultures. Ses services et apports aux PIB de la planète chiffrent en milliards de dollars, mais... ne sont pas comptabilisés. 2ème exemple : le travail domestique (non marchand) des femmes à l'intérieur de leur foyer : la soupe est prête, le linge lavé, repassé, les enfants sont élevés et propres et la maison aussi, mais ça ne compte pas dans les PIB, vu que ce travail (70 % des corvées de la planète) est invisible et que les mecs ne le font pas. Les mecs travaillent, les femmes se dévouent pour leur foyer, dans une grande abnégation. Pour des prunes.

Je suis évidemment contre une rémunération pour rester à la maison élever des enfants, ce serait le pire enfermement pour les femmes. Mais les règles de comptabilité sont des conventions qui s'aménagent et se modifient selon ce que l'on veut mesurer. Les services des abeilles et le travail ménager des femmes pourraient être agrégés aux PIB, et les richesses produites pourraient être partagées équitablement. Mais non, les gouvernements viennent d'ailleurs de trouver la parade à leurs PIB en berne, à croissance minus : et si on ajoutait les profits considérables dégagés par le trafic de drogue et la prostitution ? La prostitution, le trafic d'êtres humains, les ventes d'armes et de drogues, le trafic d'animaux sauvages : en voulez-vous en voilà des activités marchandes ! Bon, pour le moment la France fait la fine bouche, mais les pressions sont fortes au sein de l'Europe comme le démontre cet article du Point. Avec l'inconvénient que si ces activités rentrent dans les comptabilités nationales, pourquoi les combattre, au contraire cela les rend normales et légitimes. Mesdames, si vous voulez compléter vos retraites minables, vous pourrez vous louer un mètre carré de trottoir et vendre votre corps à la découpe !


Quel rapport avec la Coupe du Monde 2014 au Brésil ? La bétonnisation du monde, la construction de stades et de structures d'accueil en ne laissant jamais retomber la pression (ces pauvres brésiliens sous-développés y arriveront-ils à temps = néocolonialisme pas mort), en chassant des pauvres de leurs favelas, voire en les tuant selon cet article du Tribunal du Net, l'afflux de prostituées aux abords de l'Evènement, puisque l'offre va là où se masse la demande, d'ailleurs en bons commerçants, on dispense des notions d'anglais aux prostituées brésiliennes, toutes ces activités sont marchandes et vont aller gonfler le PIB du Brésil qui en a bien besoin. En effet, la croissance brésilienne à 2 chiffres n'est plus qu'un souvenir, la pression sur les terrains constructibles fait monter les prix des loyers, voire dépossède les classes moyennes de leur logement, il y a toujours autant de pauvres et la vie est de plus en plus chère dans un pays nationaliste qui met des taxes douanières sur les produits importés. D'où les manifestations et le mécontentement des brésiliens qui déplaisent tellement aux dirigeants de la FIFA, selon cet article du site FrancetvInfos.

La dictature du foot masculin étend son emprise sur la planète. Les dirigeants de la FIFA sont des corrompus ? La fête populaire promise est une mascarade qui dissimule toutes sortes de trafics de drogues et d'animaux sauvages ? (A l'attention des hordes de supporters, bas vos pognes poilues, the world is watching et le trafic d'animaux est puni lourdement par la loi !). Si vous faites le nez, vous êtes taxé-e des qualificatifs de pisse-vinaigre, d'aigri-e, de très mauvaise camarade. Les femmes que tout cela n'intéresse pas ou peu, vont se faire piquer leurs économies pour acheter le poste de télé dernier cri pour voir des matches qui n'intéressent que les garçons. Et la violence domestique risque de culminer les jours de défaite des équipes nationales comme l'indique ce lien vers le site Sofoot.


Ce parasitisme planétaire du foot masculin (et du sport masculin en général) n'est possible que parce que les hommes au pouvoir partout confondent leurs intérêts étroits de caste dominante avec les intérêts généraux de l'humanité. Et cela commence dans les clubs locaux : la chaîne HD1 a rediffusé opportunément cette semaine la comédie de Jean-Jacques Annaud Coup de Tête (1979), avec le regretté Patrick Dewaere dans le rôle principal. Il fait dire à son Président de Club de Trincamp (joué par Jean Bouise, parfait comme toujours) : "Je finance 22 imbéciles pour en calmer 700 " ! Le film montre bien que la corruption commence à ce niveau. Et que le football est devenu le nouvel opium du peuple. Il faut en finir avec ces messes planétaires, ces projets inutiles imposés qui pourrissent ensuite sur pied, une fois la messe dite -JO d'Athènes, de Sotchi, la liste est longue de ces projets dévoreurs d'espace et de biodiversité qui servent au plus 15 jours ou un mois après avoir été présentés comme des progrès économiques.

Liens supplémentaires :
Throw FIFA out of the Game dans le New-York Times sur la corruption de la FIFA, en anglais.
Le Qatar a acheté la Coupe du Monde 2022 dans Slate, en français.
Et deux blogs de filles sur le sport pour vous reposer les yeux et les oreilles :
Entrées en lices
Sportissima

Et Si les femmes comptaient : Marilyn Waring en français

Street art brésilien en illustration

Actualisation 12/6/14
La loi d'abolition de la prostitution votée par le parlement cet hiver devait passer devant le Sénat avant cet été. Or un petit lobby masculin puissant est à la manœuvre pour bloquer cette loi : Europe 1 en a parlé le 7 juin en citant nommément les sénateurs Jack Lang et bien sûr, Robert Badinter, momifié dans la cire des grands zomes, statufié de son vivant pour avoir aboli la peine de mort en France, ce qui en fait la statue du Commandeur oracle. Lien vers le podcast de l'émission d'Europe 1. Robert Badinter, "marié à une féministe" ce qui lui vaut automatiquement le label selon lui, a été auditionné devant la commission sénatoriale qui planche à son tour sur la loi d'abolition. Cette audition, qui vaut son pesant de sexisme et de misogynie, a été commentée par Isabelle Alonso ICI sous le titre Les belles histoires de Tonton Robert.  Allez lire, c'est édifiant, argumenté et... drôle.

mardi 3 juin 2014

Pour un Parti des Femmes

Je laisse généralement la plume à d'autres pour des billets politiques : illes le font mieux et ont du goût pour ça, pas moi. Mais vu les résultats des derniers scrutins -municipales, européennes-, il faut commencer à voir ce "cadavre à la renverse" qu'est le pouvoir masculin, quasi sans partage. Il serait temps d'envisager un Parti Féministe ou un Parti des Femmes (dans le sens qui prend le parti des femmes) qui préparerait les élections longtemps à l'avance et qui serait un vrai parti politique avec une idéologie et des moyens ! C'est tout à fait indispensable de revendiquer la parité, l'égalité des salaires et des chances, le droit à la contraception et à l'avortement. Il nous faut aussi un parti féministe surplombant, top down, big picture qui travaille sur des dossiers moins considérés comme féministes parce qu'on a toujours laissé les hommes s'en occuper, avec les résultats que l'on sait. Outre les droits précédents, la lutte contre les mafias et la prostitution, les femmes ont leur mot à dire en économie : elles sont les premières et les plus pénalisées quand les récessions (généralement provoquées par les hommes au pouvoir partout) frappent. Et les remèdes proposés sont en général pires que le mal.

En écologie/agriculture : plus de 40 % du budget de l'Europe c'est la PAC, Politique Agricole Commune. En France, c'est un petit lobby d'un million de personnes (en majorité des hommes - je visite des élevages et je rencontre la profession, je suis rarement de présence de femmes, sauf pour servir les cafés) malgré une femme-alibi à la vice-présidence de la FNSEA, principal syndicat agricole français représentant de la profession. En fait, elle sert deux fois d'alibi Christiane Lambert : une fois comme femme dans un monde impitoyable de mâles, et une deuxième fois comme petite éleveuse dans un monde industriel dévoré par la finance.
Cette agriculture industrielle manipulatrice du vivant, et destructrice d'emplois, de ressources limitées et de paysages, de course à la très grande taille, dévoreuse de terres cultivables pour nourrir des animaux, produire des agro-carburants, et manipuler puis vendre le vivant, est-ce que nous en voulons ? L'accaparement des terres, les guerres pour l'eau et les ressources naturelles, les minerais, est-ce que nous en voulons ? Cette organisation d'une profession d'un petit million de personnes qui fait la pluie et le beau temps dans les institutions politiques, est-ce que nous la voulons telle qu'elle est ?


En politique étrangère, diplomatie, arrêt des conflits armés, 
immigration : les femmes, rarement associées à ces problématiques, sont très concernées. Désormais, les femmes migrantes sont égales en nombre aux hommes dans l'émigration pour raisons de pauvreté ou de persécution spécifique à leur genre (viols communs ou viols de guerre, mariages forcés, etc...) et des femmes cela signifie aussi des enfants. Les femmes rarement associées à la résolution des conflits et des guerres dans les processus de peace keeping, sont les premières à souffrir dans leurs corps et leur environnement immédiat des conflits armés, alors qu'elles ne les déclenchent pas. On sait également que quand des femmes sont associées aux processus de paix dans les régions en guerres, ceux-ci ont davantage de chance de porter des fruits et d'aboutir à une paix durable.

Résolution des problèmes de violence en général et donc de sécurité : les principales victimes de la violence masculine sont les hommes eux-mêmes. Pour une femme tuée, il y a 10 hommes, même à Ciudad Juarez, "la ville qui tue les femmes", les femmes sont tuées à raison de
4 pour 10, soit 4 fois plus que la moyenne mondiale, d'où sa réputation. Le machisme tue donc aussi les hommes. Mais la violence contre les femmes est spécifique : ce sont des crimes de haine pour diverses raisons, mais généralement pour rappeler aux femmes qu'elles ne sont que des sous-êtres, que les hommes ont accès de droit divin à leur corps, et parce que tout progrès féministe s'accompagne d'un redoublement de cette guerre universelle contre les femmes. La violence masculine prend racine dans l'histoire et la société : goût pour le jeu, donc la guerre, irresponsabilité, endurcissement et insensibilisation des garçons pour en faire des hommes désinhibés, complaisance sans limites pour leurs comportements destructeurs, la violence des hommes s'exerce contre les animaux d'abord, les femmes et les enfants ensuite. J''ai trouvé cette phrase dans l'ouvrage collectif "De la violence et des femmes" (Albin Michel 1997).

Les rituels masculin de violence sont parfaitement tolérés par la société. Quelques exemples : la chasse, droit aristocratique arraché pour le peuple par la Révolution Française, la Corrida dans le Sud de la France, en Espagne et au Portugal pour rester dans les limites de l'Union Européenne, le grindatrap des Iles Féroés, déjà évoqué sur ce blog, où l'on voit de très jeunes garçons accompagner leur père pour un bain de sang sur de pauvres mammifères marins piégés. La chasse à la baleine au Japon et en Finlande, les trappeurs traditionnels, etc..., les exemples sont infinis. Les hommes célèbrent leur entre-soi masculin, leurs occasions spéciales dans le sang des animaux. Ils vont aussi au bordel, communier en se partageant des prostituées, dans le même ordre de célébrations spéciales et de rituels d'initiation. Les minuscules lobbies violents qui infiltrent une classe politique masculine vieillie et consanguine ne veulent pas qu'on touche à leurs privilèges de mâles : tu me fous la paix avec la corrida, Danemark, je ne dis rien à propos de tes Iles Féroés ! Je te tiens par la barbichette, ça tombe bien, ils en ont une, pas nous. Inutile de vous expliquer que se défaire ainsi de l'empathie que n'importe quel enfant éprouve envers un animal, plus le fait que se comporter de la sorte est glorifié par la société, et que pour chasser il faut posséder une arme, il, n'est pas étonnant qu'ils escaladent rapidement l'échelle hiérarchique, puisqu'en plus, hiérarchie il y a ! Ils tuent des femmes, ils tuent des enfants, ils se tuent entre eux. Je n'arrive pas à me défaire de l'idée qu'une société plus paritaire en terme de pouvoir serait forcément plus pacifique. Il est temps d'arracher des lois qui rejettent ces petits accommodements d'entre-soi masculin consanguin. Les femmes sont plus courageuses en politique : ce serait donc possible. Il faut essayer en tous cas, c'est une question de démocratie.



La Suède est en passe d'envoyer une députée du Parti Initiative Féministe au Parlement européen : ce parti a atteint et même dépasse le seuil de
4 % de voix pour conquérir un siège à Strasbourg, et il a fait campagne sur des propositions féministes, anti-facistes et anti-racistes. La nouvelle députée européenne s'appelle Soraya Post (ci-dessus), elle est féministe radicale selon le quotidien espagnol El mundo. Première députée européenne d'un parti féministe, Soraya Post ouvre la voie, espérons que d'autres tenteront le défi. Le temps des femmes est venu.
Liens :
Féministes pour une Europe solidaire
Leur politique est à la dérive, un nouveau cap est possible chez Christine Le Doaré
The heirs of grandfathers (Les grands-pères et leurs héritiers -en anglais) sur l'opposition sclérosée au Brésil par Sonia Mossri, journaliste Brésilienne


Traduction pour celles qui en auraient beoin ICI.  Et pour le texte d'Hillary Clinton, c'est ICI.