lundi 23 février 2015

Trivia, prédécesseure de la "Sainte" Trinité masculine


Je vous propose cette semaine la traduction d'un texte tiré de Gyn / Ecology sur la mystique de la Trinité masculine : Père, Fils et Saint-Esprit. Mary Daly, l'auteure (1928-2010), est une féministe radicale américaine, docteure en théologie, philosophe et professeure d'université. Les dieux mâles mentent, les dieux des mâles racontent l'HIStoire d'une revanche sur les femmes.

"J'ai déjà discuté de la Trinité chrétienne comme étant le paradigme des processions, représentant le système clos de la communion auto-congratulatoire, yeux dans les yeux, entre les pères et les fils. C'est la fusion modèle, le comité central, le conglomérat suprême. Quelques théologiens ont généreusement alloué aux femmes une vague identification avec la troisième personne, si nous acceptons l'implication fausse que la féminité du Saint Esprit a quelque chose à voir avec les femmes. [...] La Triple Déesse pré-héllénique est parfois identifiée comme Hera-Demeter-Korê, et dans le mythe irlandais, il y a une triple déesse Eire, Fodhla et Banbha... Le modèle basique selon certains est Fille, Nymphe et vieille femme, et selon d'autres, Fille, Mère et Lune. Ces trois volets ne sont en aucune façon un modèle familial. Ils sont signification temporelle, spatiale, cosmique. [...]

Le fait est que le monde ancien ne connaissait pas de dieux. La paternité n'était pas honorée. Quand le patriarcat devint la structure sociale dominante, un moyen commun de légitimation de cette transition d'une société gynocentrique fut le mariage forcé de la Triple Déesse, dans ses différentes formes, à une trinité de dieux. Ainsi Hera fut remplacée par Zeus, Demeter par Poséidon, et Korê par Hadès.

Quand nous regardons la Triple Déesse dans le panorama des différentes trinités de dieux qui ont précédé la Trinité chrétienne, d'autres symboles chrétiens se présentent comme de pâles dérivés : ainsi le mythe Pélagien de la Création, Eurynome, la Déesse de toutes choses, est représentée sous la forme d'une colombe et elle pond l'Oeuf universel. Son nom sumérien était Iahu, signifiant "noble colombe". Ce titre passera plus tard à Yahvé (il y a similarité phonétique, y compris avec Jupiter), Créateur. Quand nous voyons le symbole du Saint Esprit représenté sous la forme d'une colombe dans ce contexte, son absurdité devient évidente. On est tenté de se demander comment il pourrait pondre un oeuf ! [...]

Statue "Hecate Chiaramonti", sculpture romaine 

Mais il y a plus à considérer concernant la triplicité de la Déesse. Kerényi fait allusion au fait étonnant qu'un des noms de la Déesse était Trivia -nom utilisé de façon équivalente à ceux d'Hécate, Artémis et Diane. La figure classique d'Hécate, Déesse des sorcières, était construite sous forme de triangle, les trois faces regardant trois directions différentes (remplacées plus tard par trois jeunes filles dansant). Les statues d'Hécate étaient installées aux croisements de trois routes : d'où le nom Trivia (Trois voies, en latin). L'idée du croisement de trois routes était naturellement cosmique, car ces croisement pointent la division possible du monde en trois parties -ce que faisaient les anciens. Ainsi Hésiode dans la Théogonie acclame la Déesse comme la maîtresse de trois royaumes -terre, ciel et mer- une suzeraineté qui a été sienne bien avant l'ordre de Zeus. Même au Moyen Age, les croisements*, spécialement les endroits où trois routes convergeaient, étaient vus comme des lieux de prédiction et d'avènements surnaturels. En Suède, par exemple, les sacrifices aux elfes étaient faits à la "rencontre de trois routes". Dans les Highlands d'Ecosse, la divination devenait possible si on s’asseyait sur un tabouret à trois pieds** à la rencontre de trois routes quand l'horloge sonnait 12 coups de minuit à Halloween (le sabbat des sorcières). De telles croyances n'ont évidemment pas totalement disparu.

Les Trois Grâces 

A la lumière de la signification cosmique du terme trivia, croisement de trois routes et Déesse qui porte ce nom, la signification contemporaine du terme en anglais (en français aussi) doit être réexaminée. Le terme anglais (français aussi) est selon le dictionnaire Merriam Webster, dérivé du latin Trivium (croisement, carrefour, littéralement, trois voies), défini comme "choses sans importance", "triffles" (des nèfles ou tripette en français populaire). L'adjectif trivial est défini comme "commun, ordinaire, sans distinction"..., de peu de valeur ou d'importance : insignifiant, faible, mineur, léger". Naturellement, selon les valeurs patriarcales, ce qui est "commun' est "de peu de valeur", car dans une société hiérarchique basée sur la compétition, la rareté est intrinsèquement associée à la "valeur". Donc, l'or est plus important que l'air frais, et par conséquent, nous sommes forcé-es de vivre dans un monde où l'or est plus facile à trouver que l'air pur !

L'étrangeté de cet état d'esprit / mythologie devient évidente quand nous réalisons que la Trinité chrétienne est dogmatiquement déclarée "omniprésente". Cette omniprésence n'est jamais équivalente à la trivialité, inutile de préciser. Cependant, il y a une apparente contradiction dans le fait que l'androcratie, qui fait de la rareté un prérequis inhérent à la grande valeur, trouve convenable de nommer son prétendu infini, parfait et suprême dieu "omniprésent". L'apparente contradiction disparaît quand nous réalisons l'implication du fait que le Patriarcat est la Religion des Retournements. Le dieu "omniprésent" n'est pas "un lieu commun" parce qu'il n'a pas de lieu. Correctement nommée, son "omniprésence" est une "omni-absence". Son absence de partout est nommée "présence" partout, et la "présence" consiste précisément en nommer-faux. L'ubiquité du nommer-faux masque la menaçante Absence, qui est l'essence du dieu patriarcal. Elle lui confère une valeur infinie dans le royaume raréfié du système de valeurs de la Religion des Renversements. L'infinie absence de la divinité du dieu patriarcal est l'ultime rareté - raréfiée jusqu'au Point Zéro. Il y a un sens caché dans l'appellation "Omega" qui, décodée, signifie Rien Ultime.

Le nom de la Déesse, Trivia, devrait alors fonctionner comme un rappel constant de cette réduction du réel par la religion patriarcale, multidimensionnelle présence du Rien, créé par les pères à leur image et à leur ressemblance. Quand les femmes entendent les termes trivia, trivial, trivialiser, ils devraient leur rappeler l'omniprésence du Retournement, dont l'ultime signification est le re-tournement de l'énergie de l'engendrement de la vie, symbolisé par la Déesse, en un nécrophilique Amour du Rien. Dans la terre des pères, les femmes sont triviales, concernées par la trivialité, méritant d'être trivialisées. Dans le Temps Préhistorique des femmes, l'espace-temps de Trivia, les femmes sont libres de trouver la trivialité cosmique de leur propre génie créatif. "
MARY DALY - GYN / ECOLOGY

Mes propres commentaires sont en italique.
*En Bretagne, les calvaires sont toujours placés aux croisements de routes ou chemins, ils sont évidemment postérieurs et remplaçants de rites plus anciens que l'Eglise chrétienne n'a pas réussi à éradiquer
** Dans un passage des Guérillères, Monique Wittig parle d'un fourneau à trois pieds "Je reste aussi ferme que le fourneau à trois pieds", écrit-elle. Je n'hésite pas à faire le lien. Elle fait sans doute allusion à cette triplicité de la Déesse.

lundi 16 février 2015

Guerilla girrrrrls !


Il n'y a pas que dans les sphères industrielles et dans les nouvelles technologies que l'entre-soi masculin fait des ravages : les musées ne sont pas en reste. Savez-vous qu'il y a moins de 5 % de femmes artistes dans les sections d'art moderne des musées ? Est-ce que les femmes doivent être nues pour être dans les musées, se demandent les Guerilla Girls, un groupe de féministes anonymes (et masquées de têtes de gorilles) qui dénoncent le tout masculin dans les musées et les expositions d'art. Quelques-unes de leurs nombreuses productions peuvent être vues en suivant ce lien : 

LES AVANTAGES A ETRE UNE FEMME ARTISTE 
(Au deuxième degré) 


- Travailler sans la pression du succès
- Ne pas figurer dans des expositions avec des hommes
- Pouvoir s'échapper du monde de l'art en ayant 4 jobs en free-lance
- Avoir l'assurance que, quelle que soit la matière où vous excellez, elle sera labellisée "féminine"
- Ne pas être coincée dans des boulots contractuels d'enseignement
- Voir vos idées vivre dans les travail des autres
- Avoir l'opportunité de choisir entre carrière et maternité
- Ne pas devoir s'étouffer avec de gros cigares, ni peindre en costume italien
- Avoir plus de temps pour travailler après que votre compagnon vous a laissée tomber pour une plus jeune
- Etre incluse dans des versions révisées de l'HIStoire de l'art
- Ne pas connaître l'embarras d'être appelée "génie"
- Avoir votre photo dans les magazines d'art, portant un costume de gorille.

Deux oeuvres de Man Ray : artiste photographe surréaliste, il représentait ainsi Vénus dans ses wrappings (emballages) : 1936 "Vénus restaurée", un buste, sans bras, ni jambes et sans tête, ligotée par des cordes !


et Vénus 2, une tête de femme emmaillotée dans un filet ! On peut interroger, au-delà de la prestation artistique, ce qui passe par la tête de ces hommes quand ils représentent ainsi les femmes ! La peur, la détestation, les deux ?


lundi 9 février 2015

Rôles-modèles : les femmes pionnières du codage informatique

Pour compléter le billet précédent sur l'entre-soi masculin en informatique software, tant dans les écoles que dans l'industrie, et montrer aux filles qu'en codage informatique les garçons ne sont pas plus légitimes que nous, voici quelques modèles de pionnières scientifiques mathématiciennes et cryptologistes qui ont tracé le chemin. Sans elles, l'informatique et l'électronique, telles que nous les connaissons, ne seraient pas ce qu'elles sont.


Adélaïde (Ada) Lovelace - 1815-1852 - Premier programmeur de tous les temps, elle invente le premier algorithme (une suite d'instructions à plusieurs paramètres qui toutes exécutées dans le bon ordre permet d'obtenir un résultat), trouvé dans ses notes, et destiné à être exécuté par une machine. Au début, personne ne sachant qui elle était, on la présumait fiancée ou maîtresse de l'ingénieur Charles Babbage dont elle contribuait aux travaux, jusqu'à ce qu'on trouve sa formule mathématique ! Le diminutif de son prénom est donné au langage de programmation ADA, conçu pour le Ministère de la Défense américain entre 1977 et 1983, par CII Honeywell Bull.


Grace Hopper - 1906-1992 - Dite la Sauterelle (grasshopper en anglais), surnom donné par ses camarades. Scientifique mathématicienne et amirale de la US Navy. Conceptrice du premier compilateur en 1951, et du langage COBOL (langage de programmation indépendant pour les machines) en 1959. Elle popularise les termes "bug" et "débuguer", et laisse son nom à un super ordinateur Cray.


Ann Caracristi -1921-2016 - Scientifique spécialiste de la cryptanalyse : elle travaille sur les messages de l'armée japonaise en 1942, et sur des applications de crypto-analyse pour ordinateurs. Elle est nommée Directrice adjointe de la NSA, l'agence nationale américaine de sécurité, entre 1980 et 1982.

Hedy Lamarr - 1914-2000 - Actrice, productrice et SCIENTIFIQUE mathématicienne américaine - Conçoit un code de brouillage de fusées sur 88 différentes fréquences, code encore utilisé aujourd'hui sur les systèmes GPS et Wi-Fi Bluetooth.




Les Women Code breakers de Bletchley Park, (code breaker : aujourd'hui on dit hacker) Milton Keynes, Buckinghamshire (sud UK) pendant la 2ème guerre mondiale. Elles étaient 9000 (80 % des 12000 personnes qui travaillaient dans ce service de renseignements), ces premières codeuses qui travaillaient à casser le code d'Enigma, la machine qui cryptait les messages radio du IIIème Reich et de l'armée allemande (149 milliards de milliards de probabilités changées toutes les 24 H) : à ce titre, elles ont participé à la Victoire des Alliés en 1945. Priées de rentrer chez elles en gardant le secret défense sur leurs activités pour le MI6 de l'Intelligence Service britannique, elles ont littéralement été effacées de l'histoire pendant 70 ans. Parmi celles qui travaillaient dans l'équipe d'Alan Turing :

Joan Clarke - 1917-1996 - Mathématicienne, cryptologue, elle travaillait à Bletchley Park sur la machine Enigma, qui codait les messages radio stratégiques de l'armée allemande. Son rôle auprès de Turing dans le film Imitation Game est tenu par Keira Knightley : sortie janvier 2015.
Et
Mavis Batey - 1921-2013 - Crypto-analyste - Code breaker  
Margaret Rock - 1903-1983 Crypto-analyste - Code breaker

Elles ont inspiré la minisérie britannique Enquêtes codées, où, démobilisées, tenues au secret (officiellement, elles étaient secrétaires !) même vis à vis de leur famille, elles tentent de mener une vie de ménagères soumises quand des meurtres se produisent, elles se remettent au travail pour tenter de trouver des "patterns", sortes de séquences répétées dans les comportements humains des meurtriers. Excellente série de 2 saisons pour l'instant.






Les programmeuses américaines de l'ENIAC, premier ordinateur entièrement électronique (leurs ancêtres étaient électro-mécaniques) "Turing complet", programmable pour résoudre tous problèmes calculatoires. Le codage était considéré comme subalterne, donc confié à des femmes, les hommes préférant le hardware : résistances, tubes à vide, condensateurs, câblage et soudures de la machine. Comme quoi, tout est relatif, en fonction des époques et du prestige accordé au poste de travail ! Quand un poste de travail s'anoblit, les hommes l'investissent et l'industrialisent, renvoyant à l'oubli les premières à avoir fait le travail de défrichage. C'est même une sale habitude.
Betty Jean Bartik (à gauche sur la photo) - 1924-2011- et Betty Holberton -1917-2001- en étaient parmi les 6 premières programmeuses. Elles sont bien oubliées aujourd'hui, effacées de l'HIStoire, alors qu'elles ont inventé les technologies modernes de l'information.

Irène Greif  - Première femme à obtenir un doctorat en informatique au MIT. Rencontre en 1964 son premier ordinateur qui ne parle qu'en langage machine à base de 0 et de 1. Son domaine de recherche sera l'interface homme-machine. Autrement dit, c'est grâce à elle si nos ordinateurs d'aujourd'hui sont accessibles à tout le monde.


Margaret Hamilton 1936- Mathématicienne, informaticienne. Responsable de projets pour la NASA. Ingénieure génie logiciel, elle dirige le service qui développe le programme embarqué pour les missions Apollo et Skylab. C'est à elle qu'on doit l'expression software engineering. En photo ci-dessus devant la totalité du programme embarqué de la mission
Apollo : des dizaines de milliers de lignes de code !

Evidemment, cette petite liste n'est pas exhaustive : il en manque. J'accepte toutes suggestions. Les hommes ne sont pas plus destinés ni légitimes que nous à la programmation software et il est important que les femmes y investissent leur génie et leur sensibilité, c'est une question de démocratie. Laisser toute la place aux hommes dans des technologies qui engagent notre avenir est une faute.  Je termine par une citation du Feminist Cyborg Manifesto de Donna Haraway : The INFORMATICS of DOMINATION : nous sommes engagés dans la mutation transition d'une société organique et industrielle vers une société d'information polymorphe travail/jeu qui peut s'avérer mortelle si nous n'y prenons garde. Dans une tentative épistémologique et politique, le graphique ci-dessous (en anglais) donne un aperçu du changement de domination en train de s'accomplir sous nos yeux :

Representation       Simulation
Bourgeois novel, realism        Science fiction, postmodernism
Organism       Biotic Component
Depth, integrity     Surface, boundary
Heat      Noise
Biology as clinical practice        Biology as inscription
Physiology        Communications engineering
Small group       Subsystem
Perfection       Optimization
Eugenics       Population Control
Decadence, Magic Mountain        Obsolescence, Future Shock
Hygiene      Stress Management
Microbiology, tuberculosis         Immunology, AIDS
Organic division of labour     Ergonomics/cybernetics of labour
Functional specialization      Modular construction
Reproduction        Replication
Organic sex role specialization       Optimal genetic strategies
Biogical determinism        Evolutionary inertia, constraints
Community ecology        Ecosystem
Racial chain of being      Neo-imperialism, United Nations humanism
Scientific management in home/factory       Global factory/Electronic cottage
Family/Market/Factory        Women in the Integrated Circuit
Family wage       Comparable worth
Public/Private      Cyborg citizenship
Nature/Culture       Fields of difference
Co-operation    Communications enhancement
Freud        Lacan
Sex         Genetic engineering
labour      Robotics
Mind        Artificial Intelligence
Second World War        Star Wars
White Capitalist Patriarchy       Informatics of Domination
The mode is the message - The code is the collective

lundi 2 février 2015

Entre-soi masculin et exclusion des filles

Ce blog et mes deux autres comptes sur les réseaux sociaux me servent, entre autres choses, à dénoncer l'entre-soi masculin : celui du Festival du Film de Cannes et ses sélections masculines, les plateaux de C dans l'air, les Conseils d'administrations exclusivement masculins des entreprises, la hiérarchie vaticane, la non mixité de l'Assemblée Nationale et du Sénat, et les écoles de techniciens et d'ingénieurs qui excluent les filles et les femmes ainsi que les technopoles qui les emploient. "Madame, chez nous, c'est très technique et très spécifique", ai-je entendu pendant toute ma carrière, que je sois candidate à un poste dans l'industrie ou l'électronique/informatique, ou que je sois commerciale/consultante dans ces mêmes disciplines. Sous-texte : les bonnes femmes, ça ne comprend RIEN à la technique.

Quand je suis sur Twitter, généralement, je n'ai pas de réponse ni d'objections des boîtes citées, sauf de certains masculinistes et des teigneux qui ne supportent pas une telle pierre dans leur jardin. Ils trollent. Soit sollicités par l'entreprise ou école dont ils sortent, soit en ouvrant un compte pour faire poids aux féministes honnies qui, forcément, disent des bêtises avec de mauvaises intentions, celles de mettre l'accent sur leurs injustices, qu'ils nient farouchement. Ces trolls me renvoient, croient-ils, le super argument qui tue, genre "mé dans les écoles d'esthéticiennes, y a pas de mecs, ces vilaines discriminent les hommes, tiens prends ça !", assorti pour les plus branchés d'un #facepalm qui se veut désobligeant (synonymes : #fail, #stupid, #epicfail, #failure #retarded) vengeur.

Ces ignares posent A PRIORI que toutes choses sont égales par ailleurs, que les relations entre les hommes et les femmes sont SYMETRIQUES, ce qui bien sûr est faux, il n'y a qu'un technicien de mauvaise foi, qui prend Pearl Harbour pour une actrice américaine qui ne le sait pas.

Les esthéticiennes, les coiffeuses, les infirmières ne mettent pas en place de stratégies d'évitement pour ne pas avoir de mecs chez elles ; je pense même que pas mal d'entre elles seraient contentes d'en accueillir. Mais les mecs, eux, ne veulent pas faire de "boulots de gonzesses", peu ou mal payés. Voire pénibles et mal payés, comme dans le cas des infirmières ou des aide-soignantes.
Alors qu'informaticien, développeur informatique, électronicien ou mécanicien..., c'est bien payé, et selon la légende urbaine des patriarcaux, on en manquerait cruellement. D'où l'intérêt d'ouvrir des écoles partout et de les mettre en concurrence. La compétition il n'y a que cela de vrai, mais entre eux, des fois que les filles seraient meilleures ! Des infirmières, on n'en manque pas, et ça se trouve sous le sabot d'un cheval, bien sûr ?

Voyons quelles stratégies ils mettent en place pour que les filles ne viennent pas, de la plus bénigne à la plus criminelle, de l'exclusion institutionnelle, à l'exclusion purement individuelle sexiste.

L'exclusion institutionnelle :

- Entendu en permanence dans l'industrie : "chez nous, ya pas de chiottes et de vestiaires séparés, on ne peut pas avoir de femmes". Locaux insalubres, sales, moches, INHOSPITALIERS, graisseux, sont les marques des industries masculines. Ça peut sentir le renfermé aussi, voilà ce que c'est que de ne jamais ouvrir une fenêtre, au propre et au figuré. Quand ils n'ont pas de raison formelle pour que ça renifle, ils s'arrangent pour vous mettre trois gros sacs poubelles devant les lavabos où vous voulez aller vous laver les mains quand vous êtes en visite et que vous avez fait 500 bornes pour venir les voir, ces misérables ;
- L'uniforme de travail : les flics et CRS notamment (mais pas qu'eux), sont habillés de combinaisons d'un seul tenant : quand ils vont pisser, ils se dézippent la braguette et ça le fait ; quand ils recrutent des filles (si les filles veulent venir, elles doivent accepter toutes les règles de l'institution, serinent-ils), les filles doivent se désapper pour aller pisser. Il y a eu amélioration -grâce aux filles, maintenant, c'est chemise pantalon en deux pièces. Si c'est la seule braguette-zip qui fait la/le CRS, je refuse de payer la TVA et mes impôts, bordel.
- L'occupation de l'espace et du temps : entassements en open space merdique de grande camaraderie masculine où s'isoler est impossible, sans parler des envahissements de l'espace des femmes qu'ils se permettent sans arrêt, ces saigneurs seigneurs de la terre. Tout leur est dû, le bureau, l'ordinateur de maman, l'espace public avec leurs encombrants et brutaux jeux de ballons et leurs planches de skate, etc...  Occupation du temps : ils "travaillent" de 9 H à 21 H, ils réunionnent après 19 H, réunions où il ne se dit rien mais qui durent des plombes, puisque le service est assuré par des femmes de ménage et des domestiques, des cuisinières, "mamans" chez qui aller épancher ses bobos à l'âme, bref, le repas est prêt. Plus qu'à se mettre les pieds sous la table ! On appelle ça la division sexuée du travail.

Certaines écoles de techniciens et d'ingénieurs dont le cas Epitech documenté par un mémoire de @sweetyclem, mais également, l'école 42 fondée par Xavier Niel, le patron de Free, sont à ce titre parfaitement éloquents : ces écoles de techniciens sont nées de la peur du chômage qui désormais menace tout le monde : même ceux qui ont un beau diplôme peuvent rester sur le carreau, ils garantissent donc un taux d'emploi de plus de 95 % à la sortie. Mais avec prix fort à payer : scolarité chère dans un cas (les parents se saignent ou s'endettent, et les élèves aussi) et surtout dans tous les cas, omniprésence dans l'école : pas d'horaires, pas de vacances, école ouverte tous les jours, samedis, dimanches, fériés, NUIT et JOUR. Car la menace du chômage sert aussi à formater des futurs salariés bien dociles et suiveurs, elle entretient la peur. Le présentéisme, cette plaie, est valorisé : vous faites de l'informatique, vous développez du code, vous mangez dans l'école, vous y vivez, vous ne la quittez plus. Cela crée des liens, renforce, croient-ils, la sacro-sainte cohérence des équipes, le ciment de l'amitié masculine, tant pis pour ceux (CELLES) qui ne sentent pas l'intérêt d'un tel investissement stérilisant. Car évidemment, c'est stérilisant : pas de métissage, et tout ce qui n'est pas enseigné à l'école/entreprise, ne sert pas les buts de l'école est banni, c'est le contraire d'un enseignement généraliste qui append à PENSER, qui développe l'esprit critique, ce que doit faire tout enseignement. Mais au fait qui assure l'INTENDANCE dans ces endroits ? Des femmes, éternelles pourvoyeuses de "services" bénévoles ou mal payés : repas, ménage, nettoyage du linge, secrétariat,... car il faut bien que quelqu'un le fasse. Avec un tel partage des tâches, je ne vois pas comment les femmes pourraient y aller. Donc, l'argument "mais que les femmes viennent, nous on ne demande pas mieux" est faux-cul et foutage de tronche. Indiscutablement, ces pratiques sont des méthodes d'exclusion des femmes pour les deux raisons évoquées.

- Les pratiques rituelles d'intégration : les bizutages où il est difficile de distinguer ce qui relève de la fête bon enfant et ce qui relève du sévice, au besoin sexuel : les premières victimes sont des garçons bouc émissaires, les plus faibles, les différents..., victimes de la mâle-traitance corporelle et psychologique, voire d'agressions sexuelles. Si les filles ne veulent pas y participer, elles seront taxées de faire cavalière-seule, de ne pas vouloir "s'intégrer".

Les stratégies individuelles d'exclusion : 

- Remarques sexistes, blagues lourdes, sous-entendus d'incompétence, refus de travailler avec les femmes, "climat général hostile aux filles", zéro pointé parce qu'une a protesté qu'elle a réparé (corrigé un bug) le programme d'un mec et que le mec se l'est attribué, ne supportant pas qu'une fille soit plus compétente que lui.
Ces stratégies peuvent devenir violentes : harcèlement, pratiques perverses et humiliantes, le viol même est une pratique qui fait régner la terreur (deux affaires récentes de viols dans l'armée et les CRS ont conduit à interpeller les ministres), le terrorisme machiste fait que des comportements d'évitement se mettent place. Les femmes, tout en niant les discriminations, soit n'y vont pas, soit se tiennent à carreau quand elles ou une camarade est agressée, et ne sont pas solidaires entre elles de peur d'être exclues de ces milieux machistes. Evidemment, l'agression sexuelle est paroxystique, mais elle a l'avantage de faire régner préventivement la terreur, et d'être dissuasive. Le "tu l'as bien cherché" est dans l'air. Fréquenter des lieux masculins pour une femme est forcément transgressif, la société nous le rappelle tous les jours.

J'ai personnellement expérimenté plusieurs de ces situations (outre les plafonds de verre, salaire spécial femme...) : pas de toilettes pour les femmes généralement, soupçons de ne "pas s'intégrer dans l'équipe" de joyeux drilles, poussant à l'alcoolisation voire à la délinquance routière dans deux cas, et aussi un pervers harceleur que j'ai supporté 4 jours : j'ai rompu ma période d'essai en lui disant son fait et suis partie avec mes affaires sous le bras en tonitruant dans le couloir. Six mois après, le type était traîné devant un tribunal et mis en retraite anticipée : j'ai la faiblesse de penser que j'ai peut-être ouvert une brèche, sans avoir de certitude, mais la situation pourrissait la boîte depuis longtemps.

Qui peut témoigner de comportements sexistes symétriques dans des établissements à majorité de femmes ? Dans des proportions telles et d'une telle gravité ? Personnellement, je n'en ai pas connaissance ; les principaux reproches sont que les femmes sont mesquines et pestes entre elles, accusations qui relèvent davantage de la misogynie ambiante, et de la haine de soi que développent tous-tes les colonisé-es qui doivent survivre dans un monde qui n'a pas été fait pour eux. Tout cela est parfaitement documenté, personnellement je n'en ai ai pas vécu et j'ai toujours trouvé les milieux majoritairement féminins plus confortables. L'argument que les deux camps sont à égalité dans la discrimination à caractère sexiste, est donc parfaitement spécieux et orienté, donc irrecevable.
Les chercheures et scientifiques femmes qui ont permis l'informatique telle que nous la connaissons aujourd'hui - "Les pionnières qui ont rendu l'informatique possible, mais les filles ne devraient pas faire des trucs de garçons, naturellement".

Liens supplémentaires : Open source, closed minds (en anglais) sur le milieu sexiste des développeurs open source.
Sexiste, l'informatique ? aborde l'absence de modèles féminin et/ou l'effacement HIStorique de ces modèles.
Témoignage d'une étudiante à 42 ; ce qu'elle traverse ressemble assez à de la privation sensorielle, méthode d'endoctrinement ou de torture : 42, les chroniques d'une noyée